Julie Le Denmat, élève conservatrice en stage à Berkeley

Publiée le 23 janvier 2018

Julie Le Denmat est élève conservatrice, promotion 26 Nina Simone. Elle a réalisé son stage professionnel aux Etats-Unis, en Californie, à Berkeley. Elle revient sur son expérience professionnelle américaine.

 

Pouvez-vous nous parler d’une des missions qui vous ont été confiées à Berkeley ?

Entre autres, j’ai mené une enquête auprès des usagers de la bibliothèque afin d’identifier leurs besoins, ce qui leur plaît et ce qui leur déplaît, et de déterminer les axes d’amélioration pour la bibliothèque. Cette enquête se voulait fortement utilisable, non-intrusive et donc aussi simple et rapide à renseigner que possible. Les questions semi-ouvertes, portant sur des sujets sur lesquels la bibliothèque pouvait agir, ont ainsi été privilégiées. L’enquête comportait deux volets successifs : une enquête papier sous la forme de quatre courts questionnaires, puis une enquête électronique dont le lien a été envoyé aux répondants ayant accepté de la renseigner et donc d’être sollicités par courriel. Cette enquête servait aussi un objectif indirect, dans un contexte budgétaire délicat : prouver aux membres du Social Sciences Council, une instance consultative devant laquelle j’ai présenté les résultats de l’enquête, l’intérêt des petits espaces dont la convivialité reste appréciée.

Dans votre environnement de travail, avez-vous été étonnée par des pratiques ou perspectives professionnelles différentes des habitudes françaises ?

De nombreuses pratiques professionnelles américaines sont étonnantes d’un point de vue français : l’importance de la place du mécénat dans le budget de la bibliothèque (bien que l’Université de Californie soit publique), l’évaluation des bibliothécaires par les pairs, la méfiance vis-à-vis de la médiation plutôt perçue comme intrusive hors contexte événementiel, etc. Ce que j’ai trouvé le plus surprenant, de manière positive, c’est à quel point la recherche du consensus peut être privilégiée dans des situations tendues. Par exemple, le désabonnement à des ressources électroniques est une décision difficile à prendre mais aussi à faire accepter. La direction ayant fixé à chaque division une somme à économiser sur son budget propre avant la fin de l’année, les acquéreurs en sciences sociales se sont réunis à plusieurs reprises pour discuter à ce sujet, jusqu’à parvenir à un consensus. Cela demande du temps, mais le principe de collégialité aide à établir un compromis satisfaisant pour tout le monde.

Parmi les bibliothèques visitées ou centre de documentation (celle de votre stage ou une autre), pouvez-vous nous raconter une chose que vous avez trouvée particulièrement surprenante, innovante ou enthousiasmante ?

Parmi les nombreux événements organisés à la bibliothèque, mon coup de cœur va aux dispositifs de valorisation des livres d’artistes. La bibliothèque possède en effet un très beau fonds, régulièrement alimenté grâce à une dotation qui lui est dédiée. Comme ces livres sont exclusivement consultables sur place, leur promotion est essentielle. J’ai eu la chance de participer à deux activités de type différent. La première était une discussion informelle avec des étudiants en architecture, autour de livres exposés dans une salle de formation, organisée à la demande d’enseignants désireux de les faire réfléchir aux parallèles entre l’architecture d’un livre et celle d’un bâtiment. Le deuxième événement était une soirée « Wine & Cheese » : comme son nom l’indique, du vin et du fromage y étaient proposés à la dégustation avant ou après déambulation entre les livres exposés. Dans les deux cas, la convivialité a aidé les publics à s’approprier des œuvres généralement méconnues.

Au final, que vous aura apporté votre mobilité internationale ?

Mon stage californien m’aura permis de porter un nouveau regard sur notre métier et de mettre en perspective mon expérience française et mes connaissances théoriques en confrontant celles-ci à une autre culture de travail. De plus, il m’aura permis de mieux comprendre les habitudes des Américains et leurs attentes vis-à-vis des bibliothèques, ce qui aide à mieux répondre aux besoins de ceux qui fréquentent ponctuellement les bibliothèques françaises dans le cadre de leurs études ou de leurs recherches. En termes d’encadrement, ce stage m’aura amenée à prendre conscience des enjeux et des difficultés des relations interculturelles dans un contexte professionnel. Cela aura été l’occasion aussi de rencontrer de nombreux collègues dynamiques et enthousiastes, de discuter avec eux de nos pratiques et expériences respectives et de comparer les systèmes de formation et de recrutement américain et français.

Catégorie de l'actualité : Parole à l'international