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Cette journée d'étude est la première d'une série centrée sur les métiers de cartographe.
L'intention est de mettre en évidence des invariances dans les façons dont le cartographe pense ou pensait son métier et sa production, au-delà d'évidentes divergences historiques. Il s'ensuit qu'une approche comparatiste, articulée autour des notions d'autonomie et de dépendance, est possible.
- Par exemple en matière d'esthétique et de sémiologie graphique, la norme peut être tour à tour respectée et oubliée, imposée et détournée. Sur ce point, un Bertin n'apparaît pas plus chanceux qu'un Prony.
- En matière technique et intellectuelle, l'ingénieur d'hier comme d'aujourd'hui reproduit un savoir codifié et tente de s'en émanciper, tout en subissant une triple contrainte: il doit être compris par des personnes étrangères à sa corporation; il est lié à ses confrères par le caractère collectif de l'aventure scientifique dans laquelle il est engagé; comme eux, il est pris dans une culture et des représentations qui dépassent largement son métier et son savoir.
Cette tension entre nécessité et liberté invite parfois le cartographe à conquérir une autonomie politique face à ses hiérarques, voire à s'interroger sur ses fonctions de serviteur de la nation, du peuple, ou encore de défenseur du bien commun, au point de relier son travail à un projet socialiste. Ainsi le cartographe peut être tiraillé entre obligation de décrire le monde et désir de l'écrire ; il peut réaliser des cartes utopiques et les abandonner au profit d'un projet d'utopie sociale; se sentir partagé entre les statuts d'ingénieur et d'artiste, avec toutes les nuances de sens qu'ont et qu'ont eues ces deux termes.
Sous ses angles, le lien est moins ténu qu'on ne l'imagine entre le cartographe informaticien (qu'il réalise des atlas en ligne, des plans de jeux vidéo ou des cartes de l'internet) et l'élève des Ponts et Chaussées de la fin du XVIIIe ; et de même, entre ces deux premières figures et un Sebastian Münster qui dessinait monstres et navires de Magellan sur ses mappemondes, ou un Waldseemüller qui décida d'inscrire un « America » en bas d'un territoire à demi imaginé.
Note : à l'occasion de cette journée, l'enssib expose en ses locaux le cartographe Philippe Rekacewicz sur le thème : « Frontières, migrants et réfugiés » (20 cartes très grand format, actualisant l'exposition du même nom au Muséum de Lyon de 2006-2007). L'exposition est ouverte au public du jeudi 28 mai au 12 juin de 8h00 à 20h00 du lundi au vendredi.
En moyenne, une conférence dure 20mn, suivie d'un débat de même durée.
Cette manifestation scientifique est ouverte à tous : étudiants de toutes disciplines, enseignants, chercheurs, professionnels, etc.