Biblio Remix : l’esprit Lab en bibliothèque

Par Delphine MERRIEN le 15 avril 2014

« Un Lab est un espace de co-construction – physique, virtuel ou relationnel, temporaire ou permanent, ponctuel ou récurrent – permettant l’émulation par l’expérimentation d’une communauté hétéroclite autour de projets innovants, et participant d'un écosystème décloisonné et évolutif. »[1]

Éric Pichard, directeur-adjoint des bibliothèques de Rennes a bien voulu revenir pour enssibLab sur son expérience de logique participative avec les usagers, à l’occasion de la préfiguration des services d’une nouvelle bibliothèque, dont l’ouverture est prévue en 2018.
Il a également partagé plus largement ses questionnements et les jalons de sa démarche méthodologique concernant l’évolution du réseau des bibliothèques de quartier.

Le projet originel est celui de l’Antipode, une structure qui intègre actuellement dans le même bâtiment une bibliothèque, une MJC et une SMAC (musiques actuelles). L’ensemble va être agrandi et déplacé vers un quartier nouvellement créé à Rennes.
L’un des objectifs de cette opération est d’intégrer non seulement l’espace mais aussi les services de la bibliothèque à la nouvelle structure, en adoptant dès à présent un mode de fonctionnement plus rapproché et plus fluide avec la MJC et la SMAC, notamment au travers de la musique.

Comment définir des services autour de la musique dans une bibliothèque en 2018 ? Y aura-t-il encore des rayonnages de CD ? Les usages seront-ils entièrement dématérialisés (streaming, écoute sur smartphone, etc.) ? Comment intégrer les différentes activités présentes dans le bâtiment (écouter, jouer, se documenter sur… la musique) ?

L’idée de préfigurer la création de nouveaux services en s’interrogeant avec les usagers et ceux qui ne le sont pas (encore) sur les outils, les pratiques, les supports, etc. s’est alors imposée. Néanmoins la méthode de consultation restait à trouver.
Pour ce faire, Éric Pichard s’est inspiré des méthodes participatives à l’œuvre dans d’autres cadres, comme Museomix, dont le principe est de réunir en un lieu des participants aux multiples compétences, qui travaillent en équipe et produisent ensemble. Il a également suivi avec attention l’initiative de Lezoux autour des usages de la médiathèque.

La méthode Biblio Remix est ainsi née en juin 2013, à la faveur de plusieurs sessions, organisées dans des contextes différents, avec l’objectif de fabriquer ensemble des prototypes selon le déroulé suivant (sur une journée) :

1. une phase de recherche approfondie d’idées, avec tous les participants (une quinzaine, présentant des profils équilibrés et diversifiés de bibliothécaires, designers, artistes, développeurs, usagers intéressés, etc.) ;
2. un temps de sélection des idées jugées les plus intéressantes, innovantes, porteuses, et qui recueillent une adhésion significative des participants : 3 idées sont ainsi choisies pour être approfondies l’après-midi ;

3. des équipes sont alors constituées autour des idées retenues, avec l’objectif de produire chacune un prototype à la fin de la journée. Ce prototype doit pouvoir être matérialisé (maquette en Lego®, roman-photo, vidéo, BD, carte, scène jouée, etc.) L’objet doit pouvoir servir de base à une diffusion et à une documentation constituée tout au long du travail.

Un accompagnement est nécessaire pour gérer le planning de la journée et imprimer un tempo à l’ensemble des groupes, qui peuvent ainsi se concentrer sur l’aspect créatif de leur projet. L’ensemble est volontairement conçu pour être convivial et « fun », avec des mini-jeux.
L’objectif est de sortir les participants de leur cadre de travail habituel, en dehors des réflexes de la réunion, du groupe de travail, de la représentation institutionnelle, des contraintes fonctionnelles et budgétaires, etc.

Les projets documentés sont mis en ligne (biblioremix.wordpress.com) et partageables. Cependant, le point fort de Biblio Remix reste sa méthode et une base d’idées.
En effet, pour aller plus loin en termes de résultat et produire des « prototypes aboutis », dispositifs innovants grandeur nature et prêts à tester, il faut prévoir au moins 3 journées.

Chaque événement Biblio Remix est de plus adossé à un événement grand public (fête du numérique, fête de quartier…), ce qui permet à d’autres participants de s’investir plus ponctuellement au cours de la journée.

L’avantage de la méthode Biblio Remix réside dans l’émulation qu’elle crée :

  • les personnels des bibliothèques qui participent à cet événement sont remotivés, tout en ayant découvert une nouvelle manière de travailler, intensive et stimulante, dans une ambiance détendue ;
  • les autres participants repartent avec un nouveau regard sur les bibliothécaires et sur les bibliothèques : les partenaires potentiels développent une meilleure compréhension, les usagers se sentent impliqués et actifs, (re)viennent plus volontiers à la bibliothèque et souhaitent continuer à s’investir et à participer aux suites des projets.

Tout l’enjeu réside ainsi dans la volonté d’impliquer les publics de bout en bout dans un projet, et pas seulement dans une phase de définition des besoins. Pour faire venir, ou revenir, les usagers, il est important de ne pas décevoir les attentes générées en amont et de les rendre actifs lors de tous les moments-clés, jusqu’au fonctionnement qui suit l’ouverture du/des nouveau/x services.

Il s’agit de conserver l’intention de faire « avec » et non plus seulement « pour » les usagers.


[1] Définition proposée par Coline Blanpain dans son mémoire d’étude « Un lab en bibliothèque, à quoi ça sert ? » (janvier 2014).

 

Tags : Fablab, BiblioRemix, Museomix, participativité, Prototypes, bibliothèque participative, France, Innovation numérique, Entretien

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