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La collection de 3000 livrets bleus de la Bibliothèque des Arts et Traditions populaires

1990

    La collection de 3000 livrets bleus de la Bibliothèque des Arts et Traditions populaires

    Fin XVIe - fin XIXe siècle

    Par Monique Lambert, Conservateur en chef de la Bibliothèque Musée des Arts et Traditions populaires

    Créée en 1937 (1) en même temps que le Musée national des Arts et Traditions populaires, la Bibliothèque des A.T.P. conserve de riches collections de documents sur les arts et traditions populaires, l'artisanat et les techniques, le folklore et l'ethnologie de la France, la muséologie, l'ethnographie, 1 ' anthropologie sociale et culturelle, la méthodologie des sciences sociales, la connaissance des sociétés européennes.

    Elle offre un centre de recherches privilégié dans quatre domaines spécifiques : le folklore (bibliothèque d'Arnold Van Gennep), les contes populaires (bibliothèque de Paul Delarue), le régionalisme (legs Jean Charles-Brun), et les ouvrages en occitan (2) .

    Mais le plus beau fleuron de son fonds est incontestablement constitué par sa prestigieuse collection de 3000 livrets bleus de la fin du XVIe siècle aux dernières années du XIXe, l'une des deux plus belles de France avec celle de la Bibliothèque nationale.

    GENESE DE LA COLLECTION

    Dès les toutes premières années de sa création, la Bibliothèque des A.T.P. commence à recueillir quelques impressions populaires : 1 en 1938 (Le Maréchal expert, publié à Néac : chez Nipolach [Caen : Chalopin] ) donnée par Georges Henri Rivière, fondateur et directeur du Musée ; 8 en 1941 données par J. Deschamps ; une vingtaine achetées entre 1942 et 1945. La première acquisition relativement importante est effectuée en 1948 à la librairie Ritti avec l'entrée de 101 impressions. A partir de cette date les achats, tantôt modestes tantôt plus conséquents, vont se succéder de manière quasiment ininterrompue. Parmi ceux-ci, il convient de citer particulièrement : en 1949, achat de 112 impressions (Paris, Troyes, Limoges et Tours) à la librairie Deschamps, et de 80 (Epinal) à R. Saulnier ; en 1950, achat de 173 impressions, esssentiellement troyennes, à la librairie Deschamps ; en 1952, achat de 136 impressions de l'imagerie Pellerin à Epinal, surtout des contes (série brillante, série écossaise, série mignonne, ...) ; en 1967, achat de la collection Bureau : 136 impressions ; en 1976, achat de la collection François Bernard : 68 impressions de Paris et d'Epinal, et de la collection Nourry-Saintyves : 42 impressions ; en 1978, achat de la très belle collection Flocon, ayant appartenu à Georges Heilbrun : 245 impressions de Troyes et de divers autres centres de production; en 1987, achat d'une partie de la collection du Dr René Hélot, chez Gérard Oberlé au Manoir de Pron : 147 impressions rouennaises principalement; en 1989, achat de l'importante collection réunie par Louis Ferrand : 602 impressions en provenance de très nombreux centres de production, souvent peu connus, et particulièrement de Lille (Blocquel-Castiaux).

    Comptant 9 impressions populaires en 1941, plus de 300 en 1949, quelque 650 en 1954 quand Pierre Brochon écrivait : «La Bibliothèque du Musée national des Arts et Traditions populaires a entrepris une collection des oeuvres de colportage. C'est une tâche de longue haleine qu'on ne peut que lui souhaiter de mener à bien» (3) , la collection des A.T.P. comptait 700 unités en 1959 et dépassait le chiffre de 1000 dix ans plus tard en 1969.

    Après l'achat de la collection Flocon, le nombre de livrets bleus conservés s'élevait à plus de 1600 en 1978, et à 2100 en 1981. Enfin les deux importantes acquisitions récentes en 1987 et 1989 nous font atteindre le nombre de 3000 impressions populaires, ce qui est tout-à-fait considérable compte tenu de la rareté de ces documents.

    Pourtant nous pouvons espérer compléter encore à l'avenir ce prestigieux ensemble. En effet Geneviève Bollème estimait en 1975 (4) que le nombre de livrets différents de la Bibliothèque bleue, parus du XVIIe au milieu du XIXe siècle, pouvait s'établir «autour de 5000».

    LE LIVRET DE COLPORTAGE ET LA BIBLIOTHE-QUE BLEUE

    Exemple typique de littérature populaire, le livre de colportage : impressions populaires et almanachs populaires (la Bibliothèque des A.T.P. en possède aussi une collection non négligeable) était diffusé par les colporteurs qui outre ces petits livrets à bon marché proposaient également, dans leur ballot ou leur panier suspendu à leur cou, du fil et des aiguilles, des cotonnades, et des images en provenance des grands centres d'impression de la gravure sur bois (Paris [rue Saint-Jacques], Amiens, Lille, Orléans,...).

    Mal imprimés sur un mauvais papier à la chandelle avec des caractères usés, reproduisant les mêmes coquilles d'une édition à l'autre, illustrés de bois gravés de réemploi, les livres de colportage ont pourtant pénétré jusque dans les campagnes les plus reculées. «De la fin du XVIe siècle à la fin du XIXe siècle, de la France des rois Bourbon à la Troisième République, pendant près de trois siècles, la Bibliothèque bleue a constitué, pour la majorité de la population, le moyen le plus commun d'accéder à la culture écrite» (5) .

    Traditionnellement les historiens font remonter l'origine de la Bibliothèque bleue - ainsi nommée en raison de sa couverture en papier bleu - à un imprimeur-libraire de Troyes, Nicolas Oudot qui, à l'Enseigne du Chapon d'or couronné, se mit à publier, dès les toutes premières années du XVIIe siècle, de petits livrets, de quelques pages le plus souvent, à l'intention des colporteurs. Le succès fut immédiat et rapidement nombre d'imprimeurs se mirent en France à imiter Nicolas Oudot. «La bibliothèque de colportage constituée à Troyes, copiée, plagiée, reprise dans toutes les grandes villes de France, est la bibliothèque des milieux populaires, seuls intéressés par ces méchants petits livrets, impossibles à décompter dans un inventaire après décés, indignes de figurer sur les rayons d'une bibliothèque, avec leurs pages mal coupées, leurs images reproduites avec des bois fatigués, sans lien avec le texte qu'elles illustrent» (6) .

    Toutefois, antérieurement aux éditions troyennes, des livres de colportage de même nature avaient déjà paru dans le dernier tiers du XVIe siècle (fig. 1), à l'initiative de certains imprimeurs-libraires qui s'étaient mis à publier des romans de chevalerie issus de la littérature médiévale mais parfaitement intégrés au bagage culturel du peuple. Ces premières impressions semi-populaires sont, tout comme l'imagerie populaire (7) , les prédécesseurs des nombreux livrets qui commenceront à foisonner au début du XVIIe siècle pour connaître leur apogée dans la deuxième moitié du XVIIe, durant tout le XVIIIe siècle et la première moitié du XIXe. La référence à la Bibliothèque bleue est d'ailleurs utilisée comme argument «publicitaire» à la fin du XVIIIe; un libraire parisien présentant en 1781 la nème édition de La Vie de Lazarille de Tormes, sa bonne fortune et ses adversités (8) n'écrit-il pas dans l'avertissement : «Voici un livre de réputation ; il en est peu de plus connu dans les Bibliothèques bleues de toutes les langues. On ne suffiroit pas à citer toutes les éditions et traductions dont on a eu la bonté de l'honorer depuis près de deux cents ans» (9) .

    Le déclin de la grande vogue des impressions populaires s'amorce dans la deuxième moitié du XIXe siècle. L'un des plus grands fonds d'édition de colportage, celui de Baudot, disparaît en 1863. Le Petit journal, premier grand quotidien moderne, est fondé l'année suivante; il ouvrait largement ses colonnes à une autre forme de littérature populaire, le roman feuilleton.

    RICHESSE DE LA COLLECTION DES A.T.P.

    Outre le fait de posséder les toutes premières éditions parues, la richesse du fonds d'impressions populaires réuni par la Bibliothèque des A.T.P., depuis cinquante ans, se caractérise par plusieurs autres critères.

    Aspect matériel des livrets.

    La majorité des impressions ont conservé leur aspect originel : couvertures de colportage, bleues le plus souvent, mais aussi de couleurs beige, grise, jaune, marron, mauve, orange, rose, saumon ou verte ; couvertures en papier dominoté, dont beaucoup sont en parfait état de conservation, offrant un bel échantillonage de dominoterie notamment du XVIIIe et de la première moitié du XIXe siècle ; un papier fleurdelysé habille même Le Chansonnier des amis du Rois et des Bourbons, Lille : Vanackère, [c. 1820]. D'autres exemplaires sont simplement à l'état de parution, en feuillets non rognés telle cette Civilité honnête pour les enfans (fig. 2). Certaines impressions de la deuxième moitié du XIXe siècle portent un timbre de colportage (fig.3) en vertu de la loi de 1852 qui imposait une estampille obligatoire apposée par les préfectures. La Commission permanente des livres de colportage existera du 30 septembre 1852 au 4 septembre 1870 ; les cachets ne disparaîtront cependant définitivement qu'en 1880. D'autres encore sont revêtues d'une reliure en parchemin ou d'une couverture en vélin d'antiphonaire (notamment des Bibles de Noëls et des ouvrages de dévotion).

    En revanche, un certain nombre de livrets de colportage ont été habillés par leurs possesseurs de reliures plein veau aux XVIIe ou XVIIIe siècles, ou bien de reliures plus récentes telle cette Histoire des nobles prouesses et vaillances de Galien restauré publiée à Troyes, à l'Enseigne du Chapon d'or couronné, chez Nicolas Oudot en 1606 avec une superbe reliure romantique anglaise en maroquin bleu à grains longs, filets dorés et dentelle à froid. Le Recueil général des caquets de l'accouchée, Troyes, 1630, possède lui une reliure de Trautz-Bauzonnet.

    Certaines impressions ont même des reliures armoriées, comme celle aux armes de la Duchesse de Brancas pour une Histoire des quatre fils Aymon, publiée à Troyes chez Jean Oudot.

    Quant aux collectionneurs contemporains, ils ont généralement préféré des habillages plus modestes : bradels en demi chagrin ou demi percaline, ou encore en papier dominoté ou maroquiné.

    Ex-libris.

    De nombreux ex-libris figurent sur les livrets. Celui du collectionneur Georges Heilbrun (collection Flocon) est particulièrement original : il n'est autre que la reproduction d'un bois ornant deux des livrets de sa collection : Le Marchand arrivé,... 1624 (fig. 4) et Les Statuts, règles et ordonnances de Herpinot réformé, Paris : Feue la Vve de N. Oudot, 1723. Outre les ex-libris du Cardinal Dubois, du Duc de la Vallière, de Lord Camden, de Lord Gordon, de René Herluison ou René Hélot, pour ne citer que ceux-là, il convient de signaler par exemple celui de Fouge-roux de Bondaroy sur la Description du semoir à bras de Languedoc, Avignon : Jacques Garrigan, [1763]. Quant à la collection Ferrand, ses exemplaires portent une simple étiquette avec le numéro dans la collection du bibliophile.

    Thèmes traités.

    Tous les thèmes habituellement traités dans les livrets bleus sont représentés dans la collection des A.T.P. : vies de saints (fig. 5), Bible et Passion de Jésus, ouvrages de dévotion, cantiques et Noëls anciens ; romans de chevalerie, belles princesses et preux chevaliers (Hélène de Cons-tantinople, Huon de Bordeaux, les Quatre fils Aymon, Robert le Diable,...) ; voleurs et bandits (Cartouche, Mandrin, Nivet...) ; faits divers et canards comme par exemple la Relation historique... des événements funèbres de la nuit du 13 février 1820 [assassinat du Duc de Berry] d'après les témoins oculaires, Lille : Martin-Muiron, 1820 ; héros vrais ou imaginaires (Gargantua, Fortunatus, Eu-lenspiegel (fig. 6), le Bonhomme Misère, le Juif errant,...) ; légende napoléonienne ; magie, devins, astrologues (fig. 7) ; facéties, argot, calembours et énigmes ; gastronomie et ivrognes (Sermon de Bacchus, la Troupe des bons enfants assemblée à l'Hôtel des Bons ragoûts,...) ; satire des sexes (La Malice des femmes, La Malice des hommes, Catéchisme des grandes filles pour être mariées,...) ; satire des conditions sociales (Peine et misère des garçons-chirurgiens, le Catéchisme des maltotiers,...) ; pédagogie, civilités, abécédaires, arithmétique, fables d'Esope,...) ; modèles de lettres ; jeux comme l'Excellent jeu de trictrac,... ; théâtre, par exemple le Barbier de Séville ou la précaution inutile, ...par M. de Beaumarchais, Paris: Ruault, 1778 ; ariettes et chansons comme la Chanson du Tiers-Etat dédiée à M. Necker sur Y air de la prise de Grenade ; contes de fées (Perrault, Mme de Beaumont, Mlle de La Force, ...) ; vie à la campagne (le Maréchal expert, le Jardinier françois, le Parfait bouvier,...) ; médecine (L'Escole de Salerne,...).

    Mais d'autres thèmes plus inattendus y sont également abordés. Citons par exemple : Eloge de la coiffure à la Titus pour les dames par J.N. Palette, coiffeur à Paris, 1810 ; Histoire de Deburau, Paris : Théâtre des Funambules, 1832 (il s'agit de Jean-Baptiste Deburau, 1796-1846, le célèbre même qui créa le type de Pierrot). Panorama parisien ou indicateur général de toutes les nouvelles voitures pour Paris..., Paris : chez l'éditeur rue Mazarine, 1829 ; Traité sur la parure des femmes chrétiennes en forme d'entretien entre un curé et Mélanie, Louvain: J. Meyer, 1809 ; M. Villiaume peint par lui-même et travesti par d'autres ou son Agence et ses mariages par Claude Villiaume, Paris, [c. 1860] ; (Claude Villiaume est le fondateur de la première agence matrimoniale «générale et centrale pour Paris et l'Empire» établie à Paris au 34 rue Neuve Saint-Eustache.

    Centres de production.

    On peut estimer à plus de 150 le nombre de centres français de production représentés dans la collection des A.T.P. durant cette période de trois siècles. A côté des principales villes d'impression bien connues: Troyes (les André, les Garnier, les . Oudot, ...), Paris (Bernardin-Béchet, Bornemann, Delarue, N. Le Clerc, Tiger...), Epinal (Pellerin, Pinot,...), Rouen (Labbey, Lecrêne-Labbey, Seyer etBéhourt,...), Lille (Blocquel, Castiaux, Martin-Muiron, Vanackere,...), Caen (les Chalopin, Hardel, Le Roux,...), Limoges (les Ardant, les Chapoulaud, les Farne,...) ou Montbéliard (les Deckherr,...), figurent d'autres moins réputées (Metz, Lyon, Tours, Toulouse, Beau-vais, Avignon, Carpentras, Orléans,...). La Bibliothèque des A.T.P. conserve également des impressions populaires en provenance de centres plus rares tels Albi, Bernay, Condé-sur-Noireau, Cambrai, Dreux, Laon, La Flèche, Montargis, Niort, (fig. 8), Quimper, Redon, Tarascon, Toulon, Vimoutiers, Vouziers, etc.

    Le fonds comporte aussi des livrets en occitan telle la Seconde partie du Triomphe de Béziers au jour de l'Ascension contenant la colère ou furieuse indignation de Pepesuc et le discoursfunèbre de son ambassade,... Béziers : Jean Martel, 1644, ou en breton comme Taolennou ar mi-sion,... Kemper [Quimper]: Ar. de Kerangal, [s.d.], ou encore en basque comme Jésus-Christoren Evanyelio saindua S. Mathuren, ... Bayonan : Lamaignere, 1825.

    Des adresses fantaisistes, souvent fort imagées, figurent sur les pages de titres de ces brochures éminemment populaires. Certaines sont fréquemment utilisées, telles A Néac : chez Nipolach [Caen : Chalopin], ou A Lelis : chez Goderfe, rue Nemenya [Sillé : Deforge, rue de Mayenne]. D'autres sont plus ponctuelles et adaptées au sujet traité dans l'impression : A Ménage : chez Jean Trop Tôt Marié, à l'Enseigne de la bonne femme sans tête, pour U Impeifection des femmes (fig. 9) ; ou A Mer-dianopolis : au Bureau des vidangeurs (Lille : Blocquel) pour Mer-diana ou manuel des chieurs : ou encore A Amboise : chez Jean Coucou, à la Corne de Cerf, pour le Sermon pour la consolation des cocus. Beaucoup d'impressions ont d'ailleurs paru sans aucune mention de lieu, d'imprimeur-libraire, ni de date mais cette dernière peut néanmoins être déduite par approximation dans la majorité des cas.

    Une quarantaine de centres étrangers (anglais, catalans et espagnols, flamands, italiens, portugais ou suisses) figurent également, en nombre restreint, dans le fonds. Leur présence est indispensable pour permettre aux chercheurs de mener à bien des études comparatives sur la pérennité des thèmes par-delà les frontières, et de situer la littérature de colportage en France par rapport à ce genre en Europe.

    Iconographie.

    La riche iconographie de certaines de ces impressions, parues de la fin du XVIe à la fin du XIXe siècle, mérite aussi d'être soulignée. Une politique d'acquisition systématique des différentes éditions d'un même livret permet en effet d'étudier, non seulement les variantes d'un même texte au fil des nouvelles éditions, mais encore la rémanence des thèmes et des bois dans l'imagerie populaire essentiellement caractérisée, rappelons-le, par le réemploi de bois usés et périmés, gravés à l'origine le-plus souvent pour la littérature savante (10) .

    L'achat en 1952 de 136 impressions populaires de l'Imagerie Pellerin, fondée en 1796 à Epinal (11) , a fait entrer dans les collections des A.T.P. un bel ensemble de contes pour enfants joliment illustrés en couleurs. La Bibliothèque conserve aussi des livrets publiés chez Olivier Pinot (Epinal), Gangel et Didion (Metz), ou Marcel Vagné (Pont-à-Mousson). L'acquisition de la collection Ferrand en 1989 a enrichi le fonds d'un assez grand nombre d'impressions de la deuxième moitié du XVIIIe et du début du XIXe siècle, ornées d'une ou plusieurs gravures sur bois coloriées, parmi lesquelles on peut citer notamment : Les Admirables secrets d'Albert le Grand, Lyon : chez les héritiers de Beringos [Lille : Blocquel] : 5 bois coloriés ; Enchiridion Leonis Papae = Enchiridion du Pape Léon, Rome [Lille : Blocquel], 1740: 2 éditions différentes publiées la même année, comportant chacune 7 pages de planches coloriées; Grimoire du Pape Honorius, Lille : Blocquel, 1760 : 11 pages de planches coloriées (fig. 10) et un frontispice en couleurs ; Le Parfait catéchisme poissard, Paris : chez les Marchands de Nouveautés [c. 1830]: 3 bois coloriés.

    L'UN DES MEILLEURS CENTRES DE RECHERCHE SUR LES IMPRESSIONS POPULAIRES.

    Cette exceptionnelle richesse de la collection de 3.000 livrets bleus conservée à la Bibliothèque des A.T.P. doit être comparée à celle pourtant réputée de la Bibliothèque municipale de Troyes qui ne rassemble que 1.200 brochures (chiffre communiqué le 23 novembre 1988 lors de la journée sur Troyes et la Bibliothèque bleue, organisée à Troyes par Marie-Dominique Leclerc), et à celle de la Bibliothèque nationale dont les exemplaires se trouvent dispersés dans diverses cotes selon le thème du livret (D, Lb4, Li5, Li28, Ln27, R, S, Te, V, X, Y, Ye, Yf, Y2, Z, Zp, ...) et restent difficiles à repérer dans les fichiers de la Salle des Catalogues où leurs notices sont noyées au milieu de celles des autres documents.

    Aux A.T.P., en revanche, tous les livrets sont regroupés sous une cote «R». Divers instruments de recherche permettent de les retrouver facilement : fichiers titres, auteurs, et thématique. Des registres classés par centres d'impression donnent la reproduction de la page de titre, avec la cote, de près de 2.000 impressions. Geneviève Bollème, spécialiste de la Bibliothèque bleue, qui a souvent eu l'occasion d'apprécier l'extrême facilité de consultation de ces documents aux A.T.P., a bien voulu donner à la Bibliothèque en janvier 1986 ses différents fichiers de travail : Premier repérage des titres ; Fichier alphabétique de laBibliothèque bleue (donnant les cotes des A.T.P., de la B.N., de l'Arsenal, de la B.M. de Troyes, et mentionnant en outre des exemplaires vus chez des collectionneurs privés) ; Impressions populaires, thèmes. Les chercheurs peuvent, de plus, interroger la banque de données mise au point par Marie-France Noël (consulter son article publié dans ce même numéro).

    Aussi de nombreux chercheurs français et étrangers (allemands et américains notamment) viennent-ils chaque année consulter la collection des A.T.P., sans cesse enrichie par de nouvelles acquisitions, pour préparer mémoires de maîtrise ou de D.E.A., thèses et livres sur ce sujet de plus en plus étudié. Des impressions populaires sont d'ailleurs fréquemment présentées maintenant dans des expositions réalisées par des musées nationaux ou d'autres organismes officiels, qui font appel à notre fonds pour leurs emprunts ; pour ne citer que les plus récentes : les Clefs de la Fortune, en 1987 au Musée national des Arts et Traditions populaires, le Loto et la Loterie nationale en 1988 à la Monnaie, Pâques fleuries au M.N.A.T.P. de février à avril 1990, ou bien Champfleury (1821-1889) qui doit se tenir au Musée d'Orsay de mars àjuin 1990. Parallèlement, dans le but de permettre un début de vulgarisation des livrets bleus, un premier fac-similé d'une impression troyenne a été réalisé à l'occasion de l'exposition les Clefs de la Fortune (12) . Il s'agit du fameux Miroir d' astrologie ou le passe-temps de la jeunesse par Sinibal de Spadacime, astrologue de l'Etat de Milan, publié à Troyes : chez la Cit. Garnier, pendant la période révolutionnaire (13) .

    Ainsi, après avoir été méprisés et ignorés pendant longtemps, les petits livrets sont-ils maintenant devenus l'objet d'études historiques et littéraires nombreuses menées par des spécialistes tels que Lise Andriès, Geneviève Bollème, Roger Chartier, Jean Hébrard, Marie-Dominique Leclerc ou Robert Mandrou pour ne citer que les plus connus.

    «La Bibliothèque de colportage représente sans doute la meilleure information sérielle, dont l'historien puisse disposer à l'heure actuelle, pour approcher la culture populaire sous l'Ancien Régime» (14) . Adoptant les procédés narratifs propres à lalittérature populaire, véhiculant des images naïves, abordant les thèmes principaux qui constituaient l'essentiel du bagage culturel du peuple, les impressions populaires n'ont cessé de jouir d'un succès prodigieux pendant trois siècles. «Aux époques qui ont précédé la diffusion des romans par le journal à bon marché, le livre populaire était la grande lecture du peuple, et son influence était d'autant plus considérable que souvent dans un village, il y en avait deux ou trois seulement qu'on se prêtait et que les personnes assez peu nombreuses, qui savaient lire, répétaient ensuite avec plus ou moins de fidélité à leurs auditeurs illettrés» (15) .

    Grâce à sa superbe collection de 3.000 livrets bleus couvrant plus de trois siècles, de la fin du XVIe à la fin du XIXe siècle, et à l'importante documentation (livres, brochures, articles de périodiques ,et extraits d'ouvrages) réunie autour du thème de la littérature de colportage, la Bibliothèque des Arts et Traditions populaires constitue en France, à l'heure actuelle, le meilleur centre de recherches sur les impressions populaires françaises.

    1. Monique LAMBERT. «La Bibliothèque du Musée national des Arts et Traditions populaires» in Bulletin de l'Association des bibliothécaires français, n° 138, 1er trimestre 1988, pp. 40-43. retour au texte

    2. Danielle SCHMIDT. Catalogue des ouvrages en occitan du XVIIe siècle à 1945 conservés à la Bibliothèque du M.N. A.T.P. Ce répertoire recensantplus de 800 notices doit être publié en 1990 par le Centre international de documentation occitane à Béziers. retour au texte

    3. Pierre BROCHON. Le Livre de colportage en France depuis le XVle siècle : sa littérature, ses lecteurs. Paris : Gründ, 1954, p. 144. retour au texte

    4. Geneviève BOLLEME. La Bible bleue : anthologie d'une littérature populaire. Paris: Flammarion, 1975, p. 18. retour au texte

    5. Daniel ROCHE. «Les Livrets bleus». Les Contes bleus : textes présentés par Geneviève Bollème et Lise Andriès. Paris : Montalba, 1983 (Bibliothèque bleue), p. 3. retour au texte

    6. Robert MANDROU. De la culture populaire aux 17e et 18e siècles: la Bibliothèque bleue de Troyes. Paris : Imago, 1985, p. 20. retour au texte

    7. Nicole GARNIER. «Aux origines de l'imagerie populaire : la gravure de la rue Montorgueil à Paris au XVIe siècle». La Revue du Louvre et des musées de France, 4, oct. 1989, pp. 225-232. retour au texte

    8. Monique LAMBERT. «Filiation des éditions françaises du Lazarille de Tormes, 1560-1820". Revue des sciences humaines, 120, oct.-déc. 1965, pp. 587-603. Monique LAMBERT. «Les Diverses continuations du Lazarille de Tormes en France (1598, 1620, 1678, 1697, 1765, 1781). Revue française d'histoire du livre, 29, 4e trimestre 1980, pp. 3-36. retour au texte

    9. La Vie de Lazarille de Tormes, sa bonne fortune et ses adversités. Paris : au Bureau rue Neuve Sainte-Catherine et chez Gueffier, 1781 (Bibliothèque universelle des romans; 1). retour au texte

    10. Pierre-Louis DUCHARTRE et René SAULNIER. L'Imagerie populaire: l'imagerie de toutes les provinces françaises du XVIe siècle au Second Empire. Paris : Librairie de France, 1925. Pierre-Louis DUCHARTRE et René SAULNIER. L'Imagerie parisienne : l'imagerie de la rue Saint-Jacques. Paris : Griind, 1944. retour au texte

    11. Jean MISTLER, François BLAUDEZ, et André JACQUEMIN. Epinal et l'imagerie populaire. Paris: Hachette, 1961. retour au texte

    12. Les Clefs de la Fortune : exposition-dossier, Paris, M.N.A.T.P., 6 mai-15 juin 1987. Paris: Ed. de la Réunion des Musées nationaux, 1987. retour au texte

    13. Fac-similé réalisé d'après l'original par l'imprimerie Union, Paris, et publié par les Ed. de la Réunion des Musées nationaux en 1988. retour au texte

    14. Robert MANDROU. Op. cit., p. 19. retour au texte

    15. Paul SEBILLOT. «La Littérature orale, les livres de colportage et l'imagerie». Revue des traditions populaires, T. K, 7, juil. 1894, p. 362. retour au texte