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    Pierre Josserand (1898-1972)

    Par René Rancoeur

    LA mort de Pierre Josserand, survenue le 23 avril 1972, à la suite d'une longue maladie, atteint l'Association des bibliothécaires français dont il était l'un des anciens présidents et nous devons évoquer, quoique brièvement, son passage à la tête de l'Association.

    Elu président de l'A.B.F. le 25 février 1953, P. Josserand, qui était alors conservateur en chef du Département des Périodiques à la Bibliothèque nationale, succédait au Dr Hahn. L'un de ses soucis immédiats fut de doter l'A.B.F., dont les activités étaient en développement constant depuis la fin de la guerre, d'une publication digne de son renom et de son influence. Il eut le mérite de mettre au point la formule nouvelle, remplaçant les feuillets ronéotés par un bulletin imprimé, d'une excellente présentation, dont le premier fascicule (n° 13) porte la date de mars 1954.

    La présidence de P. Josserand qui devait durer deux ans (délai réglementaire à cette époque), fut marquée par sa présence aux réunions du Conseil de la F.I.A.B. à Vienne (juin 1953) et à Zagreb (septembre-octobre 1954). Il eut aussi la tâche délicate de préparer la participation française au Congrès international des bibliothèques de Bruxelles (septembre 1955), auquel il assista lui-même, bien qu'ayant déjà quitté ses fonctions de président depuis plusieurs mois. Il représenta aussi l'Association à la réunion annuelle des bibliothécaires suisses à Lucerne (octobre 1953) et, parmi les autres manifestations qui sont mentionnées dans ses rapports annuels, nous ne retiendrons que la réunion organisée, en novembre 1954, à la Bibliothèque Mazarine, pour accueillir M. Stummvoll, directeur général de la Bibliothèque nationale de Vienne. La séance débuta par un brillant exposé de notre président, sur « Anatole France et les bibliothèques ». Le texte n'en a pas été publié dans le Bulletin, mais il figure dans un périodique peu connu, Tours-France, de novembre 1954.

    Ce fut aussi à son initiative que des liens plus étroits commencèrent à s'établir entre bibliothécaires provinciaux et parisiens : à Troyes (1953), à Auxerre (1954), de courts mais fructueux voyages, qui engageaient l'A.B.F. dans une voie nouvelle, facilitèrent des contacts dont il reconnut volontiers qu'ils élargissaient son expérience personnelle, limitée au cadre d'une grande bibliothèque parisienne - sa chère « maison » de la rue Richelieu - et lui ouvraient des perspectives intéressantes sur les problèmes généraux des bibliothèques françaises.

    D'autres de nos collègues retraceront sans nul doute sa carrière à la Bibliothèque nationale, au Département des Périodiques, mais surtout à celui des Imprimés, où il remplaça André Martin, après y avoir fait ses premières armes sous la direction de Ch. de La Roncière, son rôle dans les grandes expositions (Chateaubriand et P. Mérimée), ses travaux littéraires entièrement consacrés au XIXe siècle. Rappelons encore qu'il était l'un des deux vice-présidents de la Société d'histoire littéraire de la France et qu'il dirigea pendant plus de 25 ans le Bulletin critique du livre français.

    P. Josserand ne comptait que des amis dans tous les milieux qu'il a fréquentés, où l'on aimait à bénéficier de sa grande courtoisie, autant que du charme et de là-propos de sa conversation. Aussi nous laisse-t-il le souvenir d'un bibliothécaire lettré et érudit, l'un des témoins d'un monde qui tend à disparaître sous la pression de méthodes et de techniques nouvelles. Sans doute en a-t-il souffert, mais il savait dissimuler sous des propos parfois désabusés - ou ironiques - des inquiétudes dont il lui arrivait de reconnaître qu'elles étaient peut-être excessives.

    Il n'a pas écrit de « Mémoires », mais les propos de ce « mémorialiste » vivant, si curieusement informé des détails d'un temps qu'il avait profondément vécu, demeureront gravés dans notre souvenir reconnaissant et ému.