Les bibliothèques universitaires

L’histoire des constructions de bibliothèques universitaires est une histoire relativement courte. S’il est possible de la faire remonter à la construction de la bibliothèque de la Sorbonne, alors bibliothèque de l’université de Paris, en 1770, c’est essentiellement à partir de la IIIe République (1870-1940) que l’idée de doter les universités de bibliothèques spécifiques voit le jour. L’histoire de la construction des bibliothèques universitaires est ainsi marquée par trois grands moments : la IIIe République, où apparait la notion de bibliothèque universitaire au sens moderne, c’est-à-dire en tant que service commun de documentation ; la Grande Reconstruction qui s’opère à la suite de la Seconde Guerre mondiale, où près de 3/4 des bâtiments recensés en 1993 ont été construits[1] ; et enfin la mise en place des plans Université 2000 (U2000), Université du IIIe Millénaire (U3M), Plan Campus et Grand Emprunt à partir des années 1990. Ainsi une vingtaine de bâtiments environ ont été mis en service entre 1870 et 1940 (dont la bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg ou la bibliothèque municipale et universitaire de Clermont-Ferrand) ; 95 bibliothèques sont édifiées entre 1955 et 1975 (440 000 m2 de surface leur ont été dédiés[2] dans le cadre des IVe et Ve plans de reconstruction), enfin, 466 000 m2 sortent de terre entre 1990 et 2010[3]. Il est à noter qu’entre 1975 et 1990 aucune construction n’est programmée et que, bien souvent, d’anciens bâtiments, mal adaptés, font office de centres de documentation.

Désormais les bibliothèques universitaires affichent leur présence et leurs ambitions. L’accroissement exponentiel du nombre de leurs missions, de plus en plus importantes à mesure que les parcours universitaires se diversifient, appelle la construction de nouveaux lieux, plus adaptés, plus modernes et plus en adéquation avec les évolutions technologiques et sociales. « Dans les universités, [les bibliothèques] brillent d’une présence particulière[4] » et la forme extérieure de l’établissement  se doit d’être particulièrement riche en symboles rendant les lieux visibles, lisibles et remarquables. Une large utilisation du verre est ainsi faite comme à la bibliothèque de Droit et d’Économie de l’université Rennes 1 ou à la bibliothèque Droit-Lettres de Dijon. Le verre permet de fournir des bâtiments esthétiques et symboliquement très forts tout en favorisant l’utilisation de la lumière naturelle dans un environnement polymorphe qui se veut propice à l’étude comme aussi à la détente. L’utilisation de la lumière comme générateur d’ambiance peut être accompagnée de celle des couleurs comme, par exemple, à l’université de Poitiers. Inspirée des learning center[5], l’intégration des nouveaux services à l’espace de travail est ainsi perçue comme une priorité. Les aménagements doivent être différenciés en fonction non seulement de l’objet de l’étude mais surtout des moyens mis à disposition par la bibliothèque. Les nouveaux bâtiments valorisent les vues d’ensemble sur la totalité des espaces et des services (hall d’accueil, studio multimédia, zones de travail) afin de favoriser l’autonomie des usagers. Dans la signalétique, le mobilier ou directement sur les murs, la couleur apporte la variété, la chaleur et la touche d’identité qui peut parfois manquer aux bâtiments de verre et de béton.

Les nouveaux bâtiments doivent par ailleurs répondre à des impératifs de flexibilité, d’évolutivité ou d’extensivité. La flexibilité et l’évolutivité, indispensables pour « accueillir des activités aux impératifs contradictoires[6] », sont facilitées par une homogénéisation et une normalisation des charges d’exploitation au sol[7] qui permettent d’envisager, idéalement dès la conception, l’adaptation ou la transformation des espaces. La construction de grands plateaux facilite elle aussi la transformation des lieux et fluidifie la circulation des usagers. L’extensivité, autre impératif et enjeu commun à toutes les bibliothèques conservant des fonds vivants, est, pour des raisons de rareté et de cherté des terrains en zone urbaine, un problème plus aisément surmontable à l’extérieur des villes. Les bâtiments situés dans ces zones d’implantation sont mieux mis en valeur et plus facilement évolutifs. Plébiscitant de larges horaires d’ouverture, conçues pour fonctionner efficacement avec un minimum de personnel, ces établissements doivent composer avec l’arsenal législatif qui accompagne traditionnellement l’usage d’un établissement recevant du public (ERP). La sécurité des biens et des personnes devient de plus en plus contraignante depuis l’arrêté du 12 juin 1995 et impose aux bibliothèques de naviguer entre la sécurité d’un « bunker » et la facilité de circulation d’une « passoire[8] ».

La construction de bibliothèques universitaires est donc largement contrainte par des éléments extérieurs. Les professionnels affichent leur volonté de proposer à leurs publics l’offre de services la plus large possible dans un cadre le plus adapté possible mais celle-ci ne peut être réalisée sans l’existence d’un dialogue entre les différents partenaires, bibliothécaires, maîtres d’œuvre et maîtres d’ouvrage.

« Pour les architectes qui ont eu la chance d’en construire, les bibliothèques figurent toujours parmi leurs plus belles réalisations, les plus maîtrisées, comme si une fine osmose s’opérait entre ce livre – objet précieux entre tous – et la forme qui l’enveloppe et le protège.[9] ».

 

[1] BISBROUCK, Marie-Françoise (dir.). Construire une bibliothèque universitaire : de la conception à la réalisation. Paris : Éd. du Cercle de la Librairie, 1993, p.15.

[2] Ibid.

[3] En 1989 les bibliothèques universitaires comptabilisent seulement un total de 635 000 m2, elles en comptent 1 101 003 m2 en 2010 à la suite des différents plans de modernisation de l’université française. In BISBROUCK, Marie-Françoise (dir.). Ibid.

[4] Bibliothèques universitaires. Nouveaux bâtiments, nouveaux services. Paris : ministère de l'Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie, Direction de l'Enseignement supérieur, 1998, 27-36-32 p., p.11-12. Citation de Pierre Riboulet.

[5] « Centre de ressources axé sur l’apprentissage », concept né dans les années 1990 pour qualifier l’expérience de l’université de Sheffield Hallam dans le Yorkshire.

[6] BISBROUCK, Marie-Françoise. Bibliothèques d’aujourd’hui : à la conquête de nouveaux espaces. Paris : Éd. du Cercle de la Librairie, 2010, p. 71.

[7] Idéalement 1200 à 1500kg/m2, au minimum 600 kg/m2.

[8] BISBROUCK, Marie-Françoise (dir.). Les bibliothèques universitaires : évaluation des nouveaux bâtiments. Paris : La documentation française, 2000, p.71.

[9] Bibliothèques universitaires. Nouveaux bâtiments, nouveaux services. Op cit.