Economie du livre
Par Pierre Moison, le 02 février 2012
La Cour suprême des États-Unis vient de prouver que l'entrée des oeuvres dans le domaine public n'était pas irrémédiable : au terme d'un imbroglio juridique, elle vient de prononcer le retour dans le régime du copyright d'oeuvres qui étaient déjà tombées dans le domaine public aux Etats-Unis. Les diffuseurs d'oeuvres du domaine public, comme Wikimedia Commons, Wikisource ou Google Books, vont donc devoir retirer des millions d'oeuvres qu'ils avaient rendus accessibles. C'est notamment le cas des derniers écrits de Gandhi, de Gaston Leroux, de Rudyard Kipling, de Sigmund Freud ou de Federico Garcia Lorca.
Lire la suite : Aux USA, des oeuvres sortent du domaine public. Guillaume Champeau. Numerama, 23 janvier 2012

Rythme - 1932 - Robert Delaunay (1885 - 1941). Cette œuvre quitte le domaine public aux États-Unis.
Pour aller plus loin :
- Faut-il respecter le droit en bibliothèque ? Lionel Maurel. BBF, 2011, n° 3, p. 6-10
- Une collection numérique face au défi du droit d’auteur : l’exemple de Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Lionel Maurel. Mémoire d'étude DCB. enssib, 2007
Par Christelle Di Pietro, le 01 février 2012
Le concept de Library Licence a germé aux Etats-Unis dans le cerveau de Jeff Goldenson, qui l’a proposé sur le Harvard Library Innovation Laboratory, un site relevant de la Harvard Law School. Elle s’inspire du mode de fonctionnement des licences Creative Commons, avec leur aspect visuel et leur modularité. L’idée de base consiste à permettre aux éditeurs (ou à tout producteur de contenus) d’ajouter cette licence aux contrats d’utilisation de leurs ressources afin d’autoriser les usages non commerciaux en bibliothèque.
Comme avec les licences Creative Commons, plusieurs “options” seraient offertes aux fournisseurs de contenus afin que les autorisations données aux bibliothèques n’entrent en vigueur que sous certaines conditions, comme le délai de publication ou le seuil de rentabilité.
Lire la suite : Une LL (Library Licence) inspirée des CC (Creative Commons) pour les ressources numériques en bibliothèque ?, Calimaq sur Silex, 30 janvier 2012.
Pour aller plus loin :
- Creative Commons en bibliothèque : Vers une alternative juridique ? Lionel Maurel, Bulletin des Bibliothèques de France, 4 : Collections singulières, enssib 2007.
Par Béatrice Michel, le 31 janvier 2012
Pour son édition 2012, le Salon du livre de Paris a décidé d’accorder une large place à la bande dessinée. De nombreuses animations seront proposées : expositions, hommages, village manga, auteurs prestigieux, sans oublier les traditionnelles séances de dédicaces.
Or ces dernières semblent être à l’origine d’un important « trafic » sur les sites d’enchères sur internet : plus de 8000 livres dédicacés sont actuellement en vente sur l’un d’eux et la bande dessinée est le genre le plus représenté.
On trouve parmi les chasseurs de dédicaces de réels passionnés de BD, mais aussi, et de plus en plus semble-t-il, des personnes dont l’unique motivation est la revente à prix d’or sur le net des albums dédicacés. Ces personnes seraient reconnaissables dans les files d’attente devant les stands à ce qu’elles transportent avec elles de nombreux exemplaires dans des sacs. Les organisateurs du Salon du livre ont donc tout simplement décidé d’interdire tout sac à dos, chaise pliante ou tabouret dans le hall 1 de la Porte de Versailles. Ces mesures suffiront-elles à séparer le bon grain de l'ivraie ?
Lire la suite : Le Salon du livre contre le trafic de dédicaces, Bdgest.com, 28 janvier 2012.
Festival BD de Strasbourg 2011 - Exposition "Dédicace-moi un mouton" Médiathèque André Malraux, Strasbourg / Manuel F. Picaud pour Flickr / CC By-NC-SA 2.0
Pour aller plus loin :
- Création et internet, Guillaume Cerutti, Jacques Toubon, Patrick Zelnik, Rapport à Monsieur le Ministre de la Culture et de la Communication, janvier 2010.
- Les enjeux économiques et politiques de la propriété intellectuelle dans l'univers numérique, Emmanuel Pierrat, journée d'étude enssib "Droits d'auteur, loi DADVSI : les conséquences pour les bibliothèques", 2006.
Par Christelle Di Pietro, le 30 janvier 2012
La réglementation sur le prix unique du livre, initialement proposée depuis 2004, vient d'être reprise par les Chambres fédérales suisses contre l'avis du gouvernement. Ce dernier y voyait une atteinte au libre marché et doutait qu'elle permette de maintenir une large offre et l'accès du plus grand nombre aux livres. Le Conseil fédéral a d'ailleurs refusé en 2007 de réintroduire le prix unique qui prévalait auparavant en Suisse alémanique.
Si l'avis du Conseil fédéral reste le même qu'auparavant, la loi l'oblige à défendre la position du Parlement. Les opinions sont partagées et il reviendra au peuple de trancher le 11 mars. Dans les arguments en faveur de la nouvelle loi : permettre aux petits libraires de survivre face à la concurrence des casseurs de prix. La loi prévoit aussi que les remises pour les bibliothèques soient plafonnées à 5%.
Lire la suite : Le Conseil fédéral soutient le prix unique du livre, TSRinfo, 24 janvier 2012.

Campagne 2008 du CRL et de la Région Midi-Pyrénées sur la promotion du prix unique du livre et des libraires indépendants.
Pour aller plus loin :
- Le Prix unique du livre à l'âge numérique : quels horizons possibles ? : Table ronde organisée le 26 mai 2011 par les élèves conservateurs de l'enssib, promotion DCB 20, Françoise Charriau, Rémi Gimazane, Dominique Lahary, Geoffroy Pelletier, enssib, mai 2011.
Par Béatrice Michel, le 25 janvier 2012
A la veille de l’ouverture du 39e Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, le MOTif publie des résultats de son étude sur l’offre numérique illégale des livres français sur internet en 2011. On y apprend que la catégorie éditoriale la plus piratée sur internet est la bande dessinée. Mathias Daval un des auteurs de cette étude, estime que "35.000 à 40.000 titres de BD [sont] piratés dont 8.000 à 10.000 réellement accessibles, avec des liens de téléchargement et des sources peer-to-peer actifs, à la portée d'un internaute moyennement averti ".
Les pirates qui scannent avec soin les BD avant de les mettre en ligne sous forme de fichiers numérisés de grande qualité sont souvent organisés en "team" ; ce sont pour la plupart des passionnés du genre qui ne trouvent pas leur compte dans l’offre numérique légale actuelle et qui vont jusqu’à traduire certains titres de mangas japonais quand ces derniers ne disposent pas d’une édition en français.
Curieusement, l’étude montre que ce ne sont pas les nouveautés qui sont les plus piratées mais les best-sellers des deux dernières années. Le MOTif indique que : "plus de deux BD piratées sur trois datent de moins de dix ans".
Les auteurs de l’étude soulignent enfin que "29 soit 58 % des 50 titres du panel de best-sellers ne disposent pas d’une offre numérique légale sur l’une des trois principales plates-formes de distribution (AveComics, Digibidi, Izneo)."
Lire la suite : La BD numérique fortement touchée par le piratage, Florent Taillandier, Cnet France, 24 janvier 2012.

When he was a boy / Tojosan pour Flickr / CC-by-SA 2.0
Pour aller plus loin :
- Ebookz? Etude sur l'offre numérique illégale des livres français sur internet en 2009, Mathias Daval, Cécile Moscovitz, le MOTif, octobre 2009.
-
La bande dessinée numérique en perspective : production, diffusion et conservation, Arnaud Bauer, Julien Falgas, Catherine Ferreyrole, Table ronde organisée à l'enssib le 12 mai 2011.
Par Béatrice Michel, le 17 janvier 2012
Le portail 1001libraires.com, lancé en avril 2011, avec pour objectif de permettre aux libraires indépendants de vendre des livres sur internet, a connu des heures sombres cet été, frôlant de près la faillite, notamment à cause de divers problèmes techniques. Le centre logistique a fermé et quatre des sept salariés que comptait l’entreprise ont dû être licenciés. A l’issue d’une assemblée générale qui s’est tenue le 11 janvier 2011, Mathieu de Montchalin, patron de la librairie l'Armitière à Rouen et président du Syndicat de la librairie française a été nommé président de la société, succédant ainsi à Christian Thorel. Un nouveau prestataire a également été choisi pour reprendre en charge la plateforme informatique et logistique du site : il s’agit du groupe Gibert Joseph qui dispose d’une grande expérience en la matière.
L’ambition du portail a été revue à la baisse : certaines options proposées aux libraires ont été supprimées et la logistique pourra être sous-traitée à Gibert Joseph.
Une nouvelle plateforme devrait voir le jour à la rentrée littéraire de septembre 2012, fédérant sur son site internet une centaine de libraires (30 seulement le sont aujourd’hui) et proposant 700 librairies dans sa base de géolocalisation. 500.000 euros doivent cependant être réunis avant le 15 février 2012 pour assurer le financement de cette relance.
Lire la suite : Les libraires relancent leur portail 1001libraires.com, Anne Feitz, Les Echos.fr, 13 janvier 2011.

1001libraires.com
Pour aller plus loin :
- La situation économique et financière des librairies indépendantes : analyse sur la période 2003-2010, Xerfi France, mai 2011.
- Le secteur du livre : chiffres clés 2009-2010, Ministère de la Culture et de la Communication, mars 2011.
Par Claire Margaron, le 13 janvier 2012
Le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand vient de lancer la mission annoncée fin 2011 sur l'avenir de la librairie, qu’il a confié à une commission de six personnalités. Parmi les membres de celle-ci, on trouve les libraires Matthieu de Montchalin et Colette Kerber, l’éditrice Teresa Cremisi, ainsi que l’écrivain Alexandre Jardin. Ils seront accompagnés de Bruno Parent, inspecteur général des finances et de Marc Sanson, conseiller d’Etat, et devront réfléchir à l’ensemble des problématiques liées à l’accroissement des charges de la librairie et aux incidences des nouveaux modèles de diffusion des livres, notamment par les réseaux numériques. Des propositions innovantes à court et moyen terme sont attendues pour la fin du premier trimestre 2012, au moment où le taux de TVA réduite sur le livre doit passer de 5,5% à 7% au 1er avril 2012.
Lire la suite : Une mission lancée pour l’avenir de la librairie, La Croix, 12 janvier 2012

Photo du profil FB de" Les Blogs de Lecture soutiennent leur Libraire" (voir aussi le site Les livres de George)
Pour aller plus loin :
- Rencontres nationales de la librairie. Thierry Ermakoff, François Rouyer-Gayette, BBF, 2011, n° 6, p. 114-115
- L'avenir de la librairie. Annie Le Saux, BBF, 2009, n° 3, p. 76-76
- Accueillir le numérique ? Une mutation pour la librairie et le commerce du livre. Commission Alire -SLF. Thierry Ermakoff, BBF, 2009, n° 1, p. 100-101
Par Anne-Laurence Margérard, le 11 janvier 2012
Hachette Livre a signé avec la société américaine de surveillance du web Attributor un contrat visant à lutter contre le piratage des livres publiés par les différentes maisons d’édition françaises du Groupe, que ce soit par numérisation « sauvage » d’exemplaires imprimés ou par téléchargement illégal de leurs e-books. Hachette Livre est le premier groupe d’édition français à faire appel à ce type de prestataire. Cette initiative procède de sa volonté de protéger ses actifs et les intérêts de ses auteurs à l’heure où la lecture sur tablettes numériques se généralise.
La société Attributor, spécialisée dans le « Big data », c'est-à-dire le tri et l’analyse des données transitant par internet, est devenue le leader mondial de la chasse aux pirates de livres numériques, que ceux-ci opèrent en « peer to peer » ou en téléchargeant depuis des plateformes de stockage (DDL). Elle repère les infractions concernant les titres qu’elle surveille par un balayage automatisé du web et une technologie d’identification sophistiquée des titres comme des sites indélicats. A ces outils s’ajoute un processus de vérification manuelle 24 heures sur 24.
Lire la suite : Hachette Livre signe avec Attributor pour lutter contre le piratage, Myriam Simonneaux, Communiqué de presse Hachette Livre, 15 décembre 2011 & La milice privée d’Hachette Livre, Fabien Soyez, OWNI, 5 janvier 2011
French ship under atack by barbary pirates, Wikimedia commons
Pour aller plus loin :
- EbookZ ? Etude sur l'offre numérique illégale des livres français sur Internet en 2009, Mathias Daval, Cécile Moscovitz, Le Motif, 2009
- Ebookz 2 : étude sur l’offre numérique illégale des livres français sur Internet en 2010, 2e année, Mathias Daval, Le Motif, 2011
- Du livre enchaîné aux DRM : Les freins à la diffusion du savoir au temps des livres électroniques, Alain Jacquesson, BBF, enssib, 2011
Par Christelle Di Pietro, le 02 janvier 2012
La dernière libraire "indépendante" d'Afrique du Sud - elle appartient depuis son ouverture à Media24, le plus grand groupe de presse du pays - vient d'annoncer sa prochaine fermeture. Ouverte en 2000 près des principales universités de Johannesburg, elle n'a jamais été rentable et aucun racheteur n'a été trouvé. Dans ce pays de 50 millions d’habitants, seul un pour cent de la population achète des livres autres que la Bible ou des ouvrages scolaires. Aux prix prohibitifs (11 euros pour un livre de poche pour un salaire moyen de 800 euros) s'ajoute un grave problème d'illettrisme, hérité de l'apartheid. La médiocrité du système éducatif actuel est aussi mise en cause. Quant aux Blancs, leur lecture favorite demeure la Bible.
« La plupart des titres ne se vendent qu'à un millier d'exemplaires. Les éditeurs font des petits tirages, cela fait monter les prix », observe Beth Le Roux à l'université de Pretoria. Cette dernière cite aussi la TVA à 14% et le coût du transport pour les produits importés. « Pour faire partie des best-sellers, il ne faut vendre que quelques milliers d'exemplaires ici. Trois mille semble déjà formidable ».
Seules quelques succursales de la chaîne Exclusive Books subsistent encore dans les grandes villes.
Lire la suite :La seule vraie librairie d’Afrique du Sud ferme ses portes, La Tribune de Genève, 27 décembre 2011.
Boekehuis: The final chapter / MGOnline - 12 décembre 2011
Pour aller plus loin :
- Où va le livre en Afrique ? [critique], Claudine Belayche, Bulletin des Bibliothèques de France, 6 : Liberté de l'information, enssib 2004.
Par Claire Margaron, le 21 décembre 2011
C’est avec le lancement cet été de la nouvelle mouture du moteur de recherche de Google, Google Panda, que les difficultés de Bibliosurf, librairie en ligne fondée par le libraire Bernard Strainchamps, se sont amplifiées en affaiblissant la visibilité de l'entreprise.
Elles n’ont cessé de se confirmer, malgré le lancement cet automne d’Ebooksurf.com, sa petite sœur, ainsi que d’une pétition demandant l’interopérabilité de toutes les liseuses (afin que le client ne soit pas captif d’un seul système) et "une égalité de traitement sur le plan fiscal" de tous les acteurs opérant sur le marché français, rappelant qu’Amazon et Apple, basées au Luxembourg, "ne reversent même pas la TVA à l’Etat français, bénéficiant d’une exonération jusqu’en 2015" pour les ventes de livres numériques.
Bibliosurf, entièrement dédiée au numérique, reposait pourtant sur une idée originale qui « greffait de la vente sur un site de médiation, en croisant présentation des éditeurs, avis de lecteurs et articles repérés sur le Net ». La librairie en ligne et tout son contenu de médiation, interviews, critiques et revues de presse, disparaîtront donc des écrans le 29 décembre 2011. Son fondateur va poursuivre son activité de médiation pour le site Feedbooks.com.
Lire la suite : Bibliosurf, librairie en ligne tuée par Amazon, Google et autres, Rue89, 14 décembre 2011
Bibliosurf a 3 ans - novembre 2009 / par Bibliosurf
Pour aller plus loin :
- L'avenir de la librairie. Le Saux, Annie, BBF, 2009, n° 3, p. 76-76
- Accueillir le numérique ? Une mutation pour la librairie et le commerce du livre, Commission Alire –SLF. Thierry Ermakoff , BBF, 2009, n° 1, p. 100-101
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