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Furiosa

Par Fabienne Swiatly, le 09 janvier 2012

Emmener une vingtaine de gaillards entre 17 et 20 ans, élèves dans un lycée professionnel, à la médiathèque - tôt le matin, un jour de neige n'est pas une mince affaire. L'un d'eux me raconte comment ce lieu lui faisait peur quand il avait une dizaine d'années : un truc de ouf madame. J'étais là avec ma carte et je savais pas quoi faire. J'étais tout petit et je savais pas quoi faire avec ma carte... Ce matin, je me demande ce que je vais bien pouvoir faire avec eux. Ils sont agités. Rêvent de se recoucher ou de démarrer une bataille de boules de neige bien délirante, de fumer une cigarette derrière l'immeuble ou de discuter avec un autre jeune qui vient se moquer d'eux parce qu'ils vont encore à l'école. Pourtant on entrera dans la médiathèque, on réclamera plusieurs fois un peu de calme, on donnera des crayons, des feuilles et je leur lirai un extrait de Stabat mater Furiosa de Jean-Pierre Siméon. Ils sont étonnés que j'autorise l'écoute de musique pendant l'écriture. Moi, aussi j'écris parfois avec de la musique - Mansfiel. TYA en ce moment. Je prends cette photo comme une récompense pour mon obstination. Les bibliothécaires seront ravies aussi. Il y aura eu presque du silence pendant trois quarts d'heure et des textes publiés ensuite :

Tu es seul, tu es dans ton lit, drap blanc, couverture bleue. Tu regardes ta chambre. Que du bleu.
Tu as fait un cauchemar, tu te réveilles avec une boule dans le ventre.
Tu sors de ta chambre tu passes entre les deux lits, y a la télé, y a une fenêtre, y a tout.
Tu sors : des fenêtres sur les bâtiments, des tours vieilles, des jeux vides, des arbres et la gardienne qui nettoie.
12 avenue du 8 mai 1945, tu marches, tu as mis les écouteurs, tu écoutes du rap.
16 rue Louis Braille, tu as vu une fille le matin dans le tram et le soir dans le bus.
Tu sors, tu n’as pas eu le temps de prendre ton déjeuner.
Tu sors de chez toi, fatigué, déprimé, envie de dormir.
Tu descends les escaliers, tu marches jusqu’au mur.
Tu traces la ligne droite

Tout commence en ouvrant la porte.

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