Prêt numérique en bibliothèques au Québec : interview de Jean-François Cusson, responsable du service PretNumerique.ca

Par Catherine MULLER le 18 mars 2014

A la veille de l'édition 2014 du Salon du Livre et pour rebondir sur l'interview de Jean-François Cusson publiée en janvier sur Aldus, enssibLab a souhaité à son tour s'entretenir avec le
directeur de la société  BIBLIOPRESTO en charge de PRETNUMERIQUE.CA pour mieux décrypter les mécanismes du prêt numérique dans le contexte nord-américain des bibliothèques publiques québécoises (1).

La lecture numérique n’est pas encore vraiment ancrée dans les habitudes de lecture des Québécois. La plateforme PRETNUMERIQUE.CA existe depuis 2011 : n’y a-t-il pas un décalage entre l’offre et la demande [1] ? Pour quelles raisons les bibliothèques québécoises ont-elles voulu mettre en place un service de prêt numérique alors que la demande des usagers était/est encore relativement faible ?

Pourquoi dites-vous que la demande était faible ? Si nous avons mis sur pied ce projet, c’est bel et bien parce que la demande existait [2]. Au demeurant, faut-il attendre qu’il y ait une demande forte pour développer un service, et laisser ainsi le champ libre aux Apple et Amazon de ce monde ? Difficile ensuite de récupérer nos usagers, prisonniers de leurs Kindle…
Par ailleurs, il faut considérer le Québec dans un contexte nord-américain, et pas seulement francophone. Le livre numérique existe en bibliothèque, en Amérique, depuis le début des années 2000. Certaines bibliothèques québécoises desservant des populations anglophones ont d’ailleurs pris des abonnements OverDrive bien avant l’arrivée de PRETNUMERIQUE.CA Du coup, beaucoup avait une certaine pression de leurs usagers francophones, qui se demandaient à juste titre pourquoi le service se limitait aux livres anglais.
À l’heure actuelle, la demande de livres numériques en bibliothèque, au Québec, est en pleine explosion : le prêt est en forte hausse, la taille des collections des bibliothèques a pratiquement doublé dans les derniers 6 mois et nos collections ont des taux de roulement de loin supérieurs à ce que l’on connaît habituellement dans le livre papier. Est-ce que 600 000 emprunts [3] de livres numériques vous semblent symptomatiques d’une faible demande ? Est-ce que la majorité des bibliothèques publiques québécoises (plus de 70 réseaux ou systèmes de bibliothèques incluant pratiquement toutes les agglomérations de plus de 50 000 habitants) auraient maintenant implanté le service si celui-ci ne répondait à aucun besoin ?
Pour moi, attendre qu’il y ait une forte demande avant de développer un service revient à complètement manquer le train.

PRETNUMERIQUE.CA est une co-construction. La confiance a pu s’instaurer entre les divers acteurs (bibliothèques publiques, éditeurs, libraires et De Marque) grâce au dialogue et la volonté de chaque acteur d’offrir aux usagers de la bibliothèque un service de prêt numérique. Les discussions autour du projet remontent à 2010 et dès 2011 vous avez réussi, en collaboration avec De Marque, à lancer la première version de la plateforme dans le cadre d’un projet pilote. Les éditeurs québécois n’avaient-ils pas de craintes relatives à un système de prêt numérique ? Comment convaincre les éditeurs à participer à ce dispositif de prêt numérique ? Que diriez-vous aux éditeurs français ?


Les éditeurs ont eu et ont sans doute toujours des craintes. Cela dit, ils reconnaissent l’apport des bibliothèques publiques dans la diffusion et la promotion du livre québécois (c’est vrai pour le papier, ce l’est tout autant, sinon plus, pour le numérique). Qui plus est, le marché des collectivités est un marché important [4], ne serait-ce que financièrement. Au Québec, la majorité des bibliothèques publiques ont intégré la plateforme PRETNUMERIQUE.CA ; pour n’importe quel éditeur, c’est en soi un marché intéressant. D’autant plus que, étant donné leur mission, les bibliothèques font beaucoup plus que seulement acheter quelques Best-sellers ; les bibliothèques achètent de la poésie, des essais, du théâtre, du livre jeunesse, etc.
Le livre numérique est encore un marché en émergence, du moins dans le monde francophone. Pour les éditeurs, je crois qu’il y un réel intérêt à travailler avec les bibliothèques, ne serait-ce que pour comprendre ce nouveau marché, ces nouveaux lecteurs. C’est un commentaire que j’ai entendu de la part d’éditeurs québécois, mais aussi d’éditeurs français.

PRETNUMERIQUE.CA repose sur la collaboration de l’agrégateur numérique De Marque. Cette relation exclusive avec De Marque n’est-elle pas problématique ? Comment intégrer l’offre numérique des éditeurs qui ne souhaitent pas travailler avec cet agrégateur ?


Il faut distinguer ici différents rôles que joue De Marque dans l’univers du livre numérique : d’une part, De Marque est un entrepôt numérique (mis sur pied en collaboration avec l’Association nationale des éditeurs de livres – ANEL) qui assure la distribution de livres numériques. C’est aussi, d’autre part, notre partenaire privilégié pour le développement technologique de PRETNUMERIQUE.CA.
Je ne suis pas certain de bien saisir ce que vous entendez par relation exclusive… Plusieurs entrepôts ou agrégateurs [6] peuvent être branchés à PRETNUMERIQUE.CA ; il n’y a aucune forme d’exclusivité avec De Marque. Nous avons la capacité d’intégrer tout agrégateur intéressé à travailler avec nous [7]. Qui plus est, il serait absurde, considérant la mission de la bibliothèque publique, de se limiter à n’offrir que certains contenus provenant de certains fournisseurs. BIBLIOPRESTO a comme mission de servir et d’appuyer les bibliothèques publiques dans l’univers numérique ; en conséquence, nous visons la plus large bibliodiversité.

Le prêt numérique repose sur une licence « une copie, un utilisateur » : pouvez-vous revenir sur les raisons de ce choix ? N’est-ce pas un contresens de retranscrire la chaîne du livre papier dans l’univers numérique ? D’autres plateformes comme la plateforme Elib en Suède et la plateforme bibliotheek.nl au Pays-Bas permettent pourtant aux usagers d’accéder simultanément à un même ouvrage numérique.

C’est un modèle comme un autre. Est-ce un contresens d’avoir été pragmatique, et d’avoir mis en place un service qui fonctionne, dès que possible ? Il est vrai que la notion d’exemplaire peut paraître absurde, lorsque transposée dans l’univers numérique. Cela dit, ce modèle nous permettait d’avancer rapidement, en utilisant des systèmes de diffusion et de distribution qui existaient déjà pour les canaux de vente grand public.

Cela dit, personne n’a jamais prétendu qu’il s’agissait d’un modèle idéal. À mon sens, nous devons considérer tout cela comme un modèle transitoire [8] qui ne sera peut-être jamais appelé à se stabiliser sur le long terme, étant donnée la constante évolution des formats, des appareils et de la technologie en général. Il faut savoir s’adapter et être en mesure de le faire rapidement.

Les exemples que vous citez sont très intéressants. Toutefois, il s’agit de contexte très différent, dans des marchés plutôt restreints. Au Québec, nous travaillons avec du livre numérique en français et en anglais, c’est-à-dire des marchés mondiaux, contrairement au suédois ou au néerlandais, peu parlé à l’extérieur des frontières nationales. Je crois que cela change la donne. Cela dit, nous regardons ces expériences avec beaucoup d’intérêts. Encore une fois, je le répète, il n’y a pas de bon ou de mauvais modèle. En fait, si, il y a un mauvais modèle : celui de l’attente éternelle en vue du système parfait, c’est-à-dire celui qui, au final, laisse de côté l’usager, le lecteur.

Comment les bibliothèques publiques s’organisent-elles pour valoriser au mieux ces nouvelles ressources numériques auprès de leurs usagers ? Pouvez-vous nous donner quelques exemples de projets de médiation numérique qui vous paraissent particulièrement significatifs ?

Il y a encore beaucoup de travail à effectuer de ce côté. La mise en valeur des collections numériques sera, à mon sens, un des défis les plus importants qu’auront à affronter les bibliothèques dans les années à venir.
Pour l’instant, la plupart des bibliothèques québécoises concentrent leur énergie sur des initiatives de formation et d’initiation aux livres numériques. De même, le soutien technique devient un enjeu incontournable. Actuellement, les bibliothèques sont pratiquement les seuls acteurs de l’écosystème des livres numériques qui investissent directement dans la formation et le soutien au lecteur.
Il y a eu, bien sûr, quelques projets intéressants. Je pense entre autres au projet www.lirevoustransporte.com qui émane d’un partenariat entre le réseau des bibliothèques de Montréal, l’Association des libraires du Québec et la Société de transport de Montréal.

 

Quelle place prévoyez-vous d’accorder aux livres numériques « alternatifs » au sein du prêt numérique  (livres application, livres auto-publiés, livres sous licences libres,…) ?

Une place de plus en plus importante. Évidemment, il peut y avoir certaines difficultés techniques (par exemple : comme prêter une application ? Comment proposer une offre en ePub3 alors qu’il n’y a, à l’heure actuelle, pratiquement pas de support au niveau des applications de lecture ou des appareils ?)
En ce qui a trait à l’autoédition ou les livres libres de droits, nous travaillons sur différents projets [9] afin de les intégrer à notre offre et les mettre en valeur. De même, nous voulons offrir la capacité aux bibliothèques de pouvoir diffuser des contenus, parfois créés localement, en fonction de leurs besoins et intérêts. Dans cette optique, le numérique offre aux bibliothèques l’opportunité de devenir elle-même des créateurs et des agrégateurs de contenus originaux.
 

Comment les bibliothèques font-elles face aux coûts supplémentaires liés au prêt numérique ?

En faisant des choix, en budgétant, en déplaçant des enveloppes jadis réservées, par exemple, à l’achat de CD. En décidant, aussi, d’accorder une plus grande part de leurs budgets d’acquisition en livres et en ressources numériques. En obnt imp, parfois,oEv> bibliotheek.nl au Pays-Bas permettener="1" cellpadding="1our dsaient à jus5px; /> la missuois nus peroourtant" cellsocau d tral (so="_blanplr-dppue DPP/defationales. Je crent pections numériquéplannimpos imporm> Nn lsface aux coûts supplémentaires li/13253UE.CA pou ’Association des librairançai/13253UE.CAu lceatioe.pdf?<6 pe jusem>’Association des librairançançai/13253UE.C2u <<> attp://i>< a les svrage nenanteld-iteibliotreeforme eur. Dgn: s 'ccurr="1" s="simple"lpplicdupx; hei/i>, no"simpléfis les plusiqueil y uuteflateforers ; lrques ach éditeurs, lns nud eu,ilicence «s"1" celpaddinutp:ene de ltext-Marque) grce «able borderent à justeté de 09m>’Association des librairançançançançai/13253UE.C3u , b/img/i cellpablank">écirbod45oth/5oth0 ="mabec,ilq.qc.ca/">’Association des librairançançançançançai/13253UE.C4u dse sur une licence «ationa> . Qui plus ais, du thiona> gêtgatie col-conftenage/ensate co-cee’un proj-gty'ss bibrraîtrelles pour v.

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