Ex-libris

« Ex libris N. » est une formule latine qui signifie « des livres de N. », et marque la possession. Elle a pour équivalents des formules telles que « ex bibliotheca N. », « ex musaeo N ». On écrit « ex libris » quand on utilise la formule latine, et « ex-libris » quand on évoque la marque de provenance. Celle-ci peut être manuscrite, en latin ou en une langue moderne, et figurer dans les gardes ou au titre de l’ouvrage : « ce livre appartient à N. ; à l’usage de N. ; Je suis au Duc de Mortemart ». Le même livre peut ainsi présenter plusieurs ex-libris successifs qui permettent de retracer son histoire, certains ayant d’ailleurs pu être biffés par un nouveau propriétaire. Cette marque de provenance peut également prendre d’autres formes. Certains manuscrits médiévaux présentent, au bas du premier feuillet, les armoiries peintes de leur propriétaire. Cet usage se prolonge dans les premiers imprimés pour des possesseurs prestigieux. Au XVIe siècle encore, il n’est pas rare de voir figurer dans les bois d’encadrement des pages de titre un écu vide, destiné à recevoir les armoiries du possesseur, peintes ou dessinées à l’encre, mais qui, le plus souvent est demeuré vide.

L’ex-libris, quelle que soit sa forme, est toujours positionné à l’intérieur de l’ouvrage. On parle de super-libris pour les marques de provenance externes (reliure, tranches, fermoirs…), telles que les fers de reliure armoriés. On parle d’ex-dono pour définir toute inscription ou étiquette rappelant le don de l’ouvrage par son auteur ou son propriétaire à un nouveau possesseur.

L’ex-libris peut également être une étiquette collée au contreplat ou sur les gardes de l’ouvrage. Avant 1500, ces étiquettes sont gravées sur bois. Les premières apparaissent dans les régions germaniques vers 1470. À partir des années 1540, l’usage d’étiquettes gravées sur cuivre se répand. Sous l’Ancien Régime, les ex-libris sont le plus souvent armoriés. Avec la période révolutionnaire, des initiales entrelacées remplacent les représentations héraldiques dans l’écu. Les armoiries réapparaissent au XIXe siècle, mais la pratique de l’étiquette ex-libris se répand dans les milieux bourgeois (médecins, hommes de loi…) et elles deviennent davantage figuratives. Les ex-libris sont alors censés représenter la personnalité du bibliophile. Aux XIXe et XXe siècles, leur réalisation est parfois confiée à des artistes très célèbres. À la fin du XIXe siècle, se développe la mode de collectionner les ex-libris, ce qui aboutit à des arrachages et dépeçages de livres. Progressivement, l’ex-libris devient une vignette destinée à être échangée et pas forcément collée dans un livre. Certains amateurs font aussi graver des ex-libris érotiques pour leurs curiosa. On les appelle des ex-eroticis.

Parallèlement aux ex-libris gravés, il existe des ex-libris typographiques, dont le texte est imprimé en caractères mobiles. Le premier connu date des années 1535 et porte les noms de deux frères alsaciens : Martin et Melchior Ergersheim.

Il existe des associations de collectionneurs d’ex-libris dans de nombreux pays. En France, l’Association Française pour la Connaissance de l’Ex-libris (AFCEL) est créée à Paris en 1893. Une Fédération internationale des Sociétés d’Amateurs d’Ex-libris (FISAE) voit le jour à Hambourg en 1966.
Depuis quelques années, les bases de données de provenances, recourant à l’étude des ex-libris de toutes natures, se multiplient dans les bibliothèques. La base Provenances de la bibliothèque municipale de Lyon est pionnière en ce domaine.

Ressources

Association Française pour la Connaissance de l’Ex-libris (site web).

Association Française pour la Connaissance de l’Ex-libris (blog).

Base Provenances de la bibliothèque municipale de Lyon.

DUPUICH, Lucile. Histoire d'une collection : la réserve précieuse des Bibliothèques de la Ville de Compiègne [en ligne]. Mémoire du Diplôme de Conservateur des Bibliothèques. Villeurbanne : enssib, 2006.

MEYER-NOIREL, Germaine. Répertoire général des ex-libris français des origines à l'époque moderne : 1496-1920 [de Abadie à Mz]. [s.l.] : [s.n.], 2003, 14 volumes parus et 13 suppléments.

PEARSON, David. Provenance Research in Book History : a Handbook. London : British Library ; New Castle : Oak Knoll Press, 1998.

PAJOR, Enikö. Les Ex-libris français et hongrois des origines au XVIIIème siècle [en ligne]. Note de synthèse du DESS en informatique documentaire. Villeurbanne : enssib, 1992.

BLUM, Gernot et MEYER-NOIREL, Germaine. L’art de l’ex-libris érotique. Paris : Picard, 1990.

MEYER-NOIREL, Germaine. L'ex-libris : histoire, art, techniques. Paris : Picard, 1989.

MEYER-NOIREL, Germaine. Bibliographie de l'ex-libris français 1872-1977. Frederikshavn : Exlibristen, 1979.

Voir aussi

Bibliophilie / Livres anciens

Notice créée le 26 août 2014