Histoire des bibliothèques à l’époque contemporaine

L’histoire des bibliothèques à l’époque contemporaine (un grand XXe siècle) est un sujet encore peu étudié. L’élaboration du tome IV de l’Histoire des bibliothèques françaises (1992, sous la direction de Martine Poulain) a montré les lacunes de cette histoire : peu de travaux monographiques, encore moins de synthèses. On sait, par exemple, que l’histoire récente de la Bibliothèque nationale reste à écrire, de même qu’une histoire récente des bibliothèques universitaires, de même qu’une histoire des politiques étatiques en matière de bibliothèque, etc.

Pourtant, des champs nombreux sont explorés, mais ils n’atteignent que rarement la taille critique permettant d’atteindre une réelle visibilité.


À l’Enssib, les programmes suivants ont été ou sont menés :

  • Le modèle de bibliothèque

Le débat sur la baisse de la fréquentation a suscité, dans les années 2000, une réflexion sur le modèle de bibliothèque publique, conçu, mûri tout au long du XXe siècle et appliqué en France à compter des années 1960, 1970. Quelles sont les composantes de ce modèle, les influences qui l’ont marqué, la rhétorique utilisée ? Ce modèle a-t-il atteint ses limites ? A-t-on encore besoin d’un modèle de bibliothèque ? Une publication regroupe la synthèse de ces travaux : Quel modèle de bibliothèque ?, sous la dir. d’Anne-Marie Bertrand, Presses de l’enssib, 2008.
 

  • Une histoire politique

De façon conjointe, est apparue la nécessité d’un programme centré sur le registre politique de la bibliothèque : son rôle, ses fondements, sa légitimité. Si, comme on le dit, toute politique culturelle est une politique de partage, la bibliothèque s’inscrit nécessairement dans l’histoire de la démocratisation. Avec quelles modalités, quelles limites, quels effets ? Les travaux sont en cours.

Cette réflexion a, par ailleurs, donné lieu à une analyse comparatiste France/USA, dans la lignée des travaux de Jean Hassenforder, sur le rapport entre la bibliothèque et les pouvoirs  (Anne-Marie Bertrand).

  • Les bibliothèques françaises sous l’Occupation

Martine Poulain mène depuis quelques années un travail pionnier sur les bibliothèques en France sous l’Occupation. Traitant principalement de la Bibliothèque nationale, sa recherche s’appuie également sur un travail d’archive auprès des bibliothèques municipales de Bordeaux, Dijon, Lille, Lyon, Metz, Mulhouse, Saint-Denis et Troyes.

Les 23 et 24 mars 2017, la Bibliothèque universitaire des langues et civilisations (Bulac) et la Bibliothèque nationale de France (BnF) ont accueilli le colloque organisé par le centre Gabriel Naudé (Enssib – Université de Lyon), l’Institut d’Histoire du temps présent et l’Université Paris-Diderot à l’initiative de Martine Poulain : "Où sont les bibliothèques spoliées par les nazis ? Tentatives d’identification et de restitution, un chantier en cours".

  • Travaux de prospective

S’interrogeant sur l’artefact qu’est la bibliothèque publique « à la française », l’équipe de l’Enssib a logiquement poursuivi cette problématique vers le devenir de cet artefact. Qu’est-ce qui pourrait le faire évoluer ? À quelles conditions ? Dans quelles directions ? Un colloque s’est tenu en 2009 : « Horizon 2019 : bibliothèques en prospective », dont les actes sont publiés aux Presses de l’enssib. La réflexion se poursuit.

Des pistes, des axes sont ouverts.
Les travaux de Robert Damien sur la « matrice bibliothécaire » interrogent les fondements philosophiques, politiques, religieux de la bibliothèque moderne. Ils nourrissent nécessairement les travaux sur la fonction politique de la bibliothèque.
De façon un peu dispersée, des chercheurs travaillent sur l’histoire des bibliothèques pour enfants (Hélène Weis), ou sur l’architecture des bibliothèques (Hélène Caroux).
On évoquera ici pour mémoire les travaux de Roger Chartier pour une vision longue, anthropologique, et leur ouverture sur le numérique. Ou ceux de Christian Jacob sur les lieux de savoir – après ses travaux sur le pouvoir des bibliothèques : « Le pouvoir des bibliothèques ne se situe pas seulement dans le monde des mots et des concepts. Comme Alexandrie le signifiait déjà clairement, la maîtrise de la mémoire écrite et l’accumulation des livres ne sont pas sans significations politiques. Elles sont signe et instrument de pouvoir. »
Le Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines de l’Université Versailles-Saint Quentin, autour de Jean-Yves Mollier travaille plutôt sur la question de la lecture (et de l’édition) que sur les bibliothèques. À l’Institut d’histoire moderne et contemporaine (ENS), autour de Frédéric Barbier, c’est une période plus ancienne qui est concernée.

Voir une liste de travaux universitaires et quelques publications

Dernière mise à jour : 4 avril 2017.