Représentation des bibliothèques : histoire

Sans que ce soit à proprement parler un programme de recherche à l’enssib, de nombreux travaux sont menés sur les représentations de la bibliothèque.

Ces travaux concernent principalement les bibliothèques publiques, là comme ailleurs les travaux sur les bibliothèques universitaires étant sous-représentés. Pourquoi les bibliothèques publiques ? Parce qu’il y a un lien étroit entre l’image, l’idée, la représentation que s’en font tant les décideurs (locaux et nationaux) que les usagers, et l’intérêt, l’investissement qui leur sont accordés. L’histoire (récente) du développement des bibliothèques est donc scandée ou étayée par l’évolution des représentations qu’on se fait de la bibliothèque. Car ces représentations justifient l’investissement dans un projet de bibliothèque – projet patrimonial, projet démocratique, projet urbain, projet social... On se souvient que, dans les années 1990, le projet de Très Grande Bibliothèque a largement porté sur cette question.


Quelques approches

Les projets de bibliothèque municipale sont justifiés (et, a posteriori, expliqués) par l’intérêt que les décideurs peuvent y porter. La représentation des bibliothèques est donc liée à un pari sur leur utilité et, donc, sur l’intérêt qu’il y a à y investir – intérêt pour les publics visés mais aussi pour les décideurs. La thèse d’Anne-Marie Bertrand pose cette question : qu’est-ce qui a porté les élus locaux des années 1970 (et suivantes) à juger que la construction d’une bibliothèque serait bonne pour eux comme pour leurs administrés ?

Des travaux ont, par ailleurs, été entamés pour analyser le rapport des élus au livre, à la lecture et à la bibliothèque. L’intérêt de ces travaux est aujourd’hui relancé par les représentations du numérique que peuvent avoir les décideurs : puisqu’on a accès à tout sur internet pourquoi encore investir dans les bibliothèques ? Renaud Donnedieu de Vabres : « Avec Internet ce n’est plus la peine d’aller à la bibliothèque » (France 2, 3 mars 2006). Comment cette représentation d’internet modifie-t-elle la représentation qu’ont les décideurs : voilà une piste à explorer.

Le projet de construction d’une nouvelle bibliothèque nationale à Tolbiac a, on s’en souvient, déchaîné les passions. Quel projet ? Démocratique ? Elitiste ? Parisien ou national ? Novateur ou profanateur ? Pour qui ? Avec quelle argumentation ? Quelle justification pour un investissement d’une telle ampleur ? Aucune étude scientifique n’a encore été faite de ces positions et argumentaires, à l’exception de l’enquête menée par Christian Baudelot et son équipe sur le sentiment (d’abandon, de deuil) des lecteurs de Richelieu. Pourtant, les matériaux ne manquent pas.

Dans un autre registre, sont interrogées les représentations des bibliothèques que se font usagers ou non usagers : la fréquentation de la bibliothèque est liée à l’idée que l’on s’en fait. Un endroit utile ? Austère ? Élitiste ? Où se trouvent des ressources et des documents qui vont nous plaire, ou nous être utiles ? Un endroit devenu obsolète depuis Internet ? Une institution trop coûteuse ? Où vont des gens comme nous ? Un « endroit qui n’est pas pour moi » ? Enquêtes d’opinion et mémoires d’étudiants s’intéressent à cette question.

Enfin, population particulière, les auteurs sont interrogés sur leur rapport au livre, à la lecture et à la bibliothèque. Cimetière de livres ? Concurrence au circuit commercial ? Pérennité de la disponibilité des œuvres ?

Ces questions portent principalement sur la période contemporaine des bibliothèques. Où l’on peut interroger acteurs, usagers, témoins, analystes… Les entretiens qualitatifs enrichissent, en effet, grandement les données objectives. Pour autant, le questionnaire pourrait probablement s’adresser aussi à des périodes plus anciennes (au moins, XVIIIe et XIXe siècles).


Quelques documents

(liste mise à jour le 18 janvier 2017)