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Éditorial - février 2010

  

Bruno Patino, directeur de France-Culture, a été élu par le magazine GQ comme l’un des 30 hommes les plus influents de France. Le mensuel le définit ainsi : « Ne fait pas un drame de la révolution numérique ».
Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu…
On en est encore là !
Imaginons. Les enseignants font un drame de la révolution numérique. Les journalistes font un drame de la révolution numérique. Les éditeurs font un drame de la révolution numérique (ah oui, là, peut-être !). Les jeunes font un drame de la révolution numérique. Les cuisiniers font un drame de la révolution numérique. Les archéologues font un drame de la révolution numérique. Les footballeurs font un drame de la révolution numérique. Les bibliothécaires font un drame de la révolution numérique. Quel scénario ! Quel talent (dramatique !) !
On vivrait dans le refus, dans l’abstention. Sans écran, sans bases de données, sans site web, sans Internet, sans blogs, sans clavier, sans e-books, sans iPhone, sans VOD, sans MP3, sans souris, sans Facebook, fini Là-haut et Avatar, plus de Photoshop, plus de Gallica, plus de Google. Plus de Google ? Non, un vertige me prend.
Du papier, de l’argentique, des vrais acteurs dans des vrais films.
Du papier. Du papier.
Du papier ?
Remarquez, autant que je me souvienne, c’était pas mal. Ça sentait bon. C’était facilement transportable. Bon, ça craignait le café, le vin rouge, les déchirures, l’eau de mer, les chiots et les bébés. C’était lourd. Mais, dans l’ensemble, j’en garde une bonne impression.

          
       

Anne-Marie Bertrand
Directrice de l'enssib