La place du livre imprimé dans les espaces des bibliothèques de lecture publique : état des lieux et perspectives, par Laura Pagès

Par Delphine MERRIEN le 27 septembre 2016

Laura Pagès est conservateur des bibliothèques. Actuellement chargée de mission ressources et innovation numériques au grand équipement documentaire (Ged) du Campus Condorcet, elle est l'auteure d'un mémoire intitulé "Vers des bibliothèques de lecture publique sans livres imprimés ?" (Enssib, 2016).

 

La première bibliothèque municipale du monde sans aucun livre imprimé a ouvert ses portes aux États-Unis dans le comté de Bexar au Texas, en septembre 2013. Baptisée Bexar BiblioTech, elle s’étend sur un site de près de 5 000 mètres carrés. Sur place, l’usager ne trouve aucun livre papier, mais a accès à une collection de près de 35 000 livres, 7 000 bandes dessinées et 400 livres audio au format exclusivement numérique. Même si à l’heure actuelle, aucune bibliothèque de ce type n’a encore vu le jour en France, cet avènement questionne le rapport qu’entretiennent les bibliothèques de lecture publique françaises avec leurs livres imprimés.
La collection physique reste-t-elle le cœur de la bibliothèque dans un contexte où les bibliothécaires accordent une importance croissante au bien-être de leurs usagers et entreprennent d’inscrire leur offre documentaire dans un environnement numérique ?
Il est essentiel, pour répondre à cette question, de confronter le discours à la pratique des bibliothèques de lecture publique françaises pour ensuite tenter d’établir des scénarios sur la place que pourrait prendre le livre imprimé dans la bibliothèque de lecture publique du futur.

I.La baisse de la densité en livres imprimés dans les espaces de libre accès

I.1. La priorité donnée à des collections aérées

L’approfondissement du libre accès semble s’être accompagné ces dernières années de l’ambition de proposer des collections de plus en plus aérées, « faute de quoi l’effet de masse documentaire pourrait être préjudiciable au public »1. Ce nouveau discours constitue un véritable changement de paradigme pour les bibliothécaires, qui privilégient une pensée de la collection physique selon une logique d’attractivité et non plus selon une logique cumulative et encyclopédique.

La question du « bon volume » des collections physiques en bibliothèque n’est pas simple. Des normes volumétriques indicatives ont été développées par le Service du livre et de la lecture pour aider les professionnels dans un cadre de programmation et de conception de nouvelles bibliothèques municipales. Les recommandations les plus répandues et les plus utilisées sont celles que l’on trouve dans trois ouvrages publiés respectivement en 1984, 1996 et 2011 par les Éditions du Moniteur, à savoir La bibliothèque dans la ville, Bibliothèque dans la cité et Concevoir et construire une bibliothèque.

L’étude de l’évolution de ces recommandations ministérielles sur la période 1984-2011 confirme cette tendance qui consisterait à favoriser des collections plus aérées. En effet, on observe une baisse de 14% du volume de livres imprimés recommandés en libre accès, passant de 35 à 30 unités par mètre linéaire. Par comparaison, le nombre de titres de périodiques imprimés recommandés reste quant à lui stable, proche de 4 titres par année par mètre linéaire. On observe également une diminution moyenne de 22% de la densité en livres imprimés recommandée par mètre carré au sein des espaces de libre accès sur la période 1984-1996. Ces baisses semblent avant tout s’expliquer par la hausse de la surface recommandée pour la mise en place d’une nouvelle bibliothèque municipale.

I.2. Une densité moyenne de 30 livres imprimés par mètre carré

Exploitation des données volumétriques recueillies par l’Observatoire de la lecture publique

Il est possible de calculer le nombre moyen de livres imprimés par mètre carré au sein des bibliothèques municipales françaises à partir des données volumétriques recueillies par l’Observatoire de la lecture publique. Ce calcul permet de réaliser des comparaisons entre différentes bibliothèques, même s’il s’agit évidemment d’une œuvre de l’esprit qui ne représente pas la réalité. En effet, sur le terrain, l’ensemble des mètres carrés d’une bibliothèque ne sont pas tous consacrés au rangement et à la présentation des collections. Les résultats présentés dans cet article s’appuient sur un échantillon stable de 760 établissements sur la période 2009-2013, qui représente 22% des bibliothèques ayant répondu à l’enquête nationale. Prises dans leur ensemble, ces bibliothèques sont suffisamment représentatives de la réalité à l’échelle nationale car elles sont issues de l’ensemble des départements français et sont de tailles très diverses.

Si l’on confronte ce discours à la pratique, l’analyse des statistiques de l’Observatoire de la lecture publique montre que les bibliothèques municipales françaises présentent en moyenne 30,4 livres imprimés par mètre carré. Ce chiffre est relativement stable sur la période 2009-2013. Il existe cependant une grande diversité de densités au sein de l’échantillon. Ainsi, 30% des bibliothèques présentent une densité inférieure à 30 livres imprimés par m2, 50% une densité comprise entre 30 et 60 livres par m2 et 20% ont une densité supérieure à 60 livres imprimés par mètre carré (Figure 1).
Il existe une forte corrélation entre la surface des bibliothèques et leur densité en livres imprimés. Ainsi, plus une bibliothèque est petite, plus sa densité en livres imprimés tend à être élevée. Inversement, plus une bibliothèque est grande, plus sa densité en livres imprimés tend à être faible (Figure 2).

Figure 1 - Diversité des densités au sein des bibliothèques municipales

Figure 2 - Corrélation entre la densité et la surface des bibliothèques municipales

I.3. Une baisse considérable en cas d’agrandissement des bibliothèques

Les bibliothèques de l’échantillon qui ont été agrandies à la suite d’une rénovation ou d’un réaménagement sur la période 2009-2013 ont connu une baisse considérable de leur densité en livres imprimés et ce dans un contexte de relative stabilité du volume des collections de livres imprimés. Par exemple, pour les bibliothèques dont la surface a augmenté de plus de 25%, cette densité est passée de 67 à 39 livres imprimés par m2, soit une baisse de 42%. Pour les bibliothèques dont la surface a augmenté de plus de 150% cette densité est passée de 78 à 23 livres imprimés par m2, soit une baisse de 70%.

Le cas des bibliothèques municipales de prêt de la ville de Paris et de la ville de Lyon est particulièrement éclairant sur ce point. En effet, l’étude plus spécifique des données statistiques de ces deux réseaux montre que la relative inertie de la densité observée à l’échelle nationale n’est pas vérifiée. Au début des années 2000, ces bibliothèques étaient relativement encombrées, avec respectivement 75 et 74 unités imprimées (hors périodiques) par mètre carré. Cette densité a été progressivement réduite, pour atteindre 58 et 52 unités par m2 en 2013, soit une baisse de 23% à Paris et de 30% à Lyon sur la période 2000-2013. En parallèle, on observe une hausse de la surface utile totale de près de 20% pour les bibliothèques parisiennes et une hausse de la surface dédiée aux collections de près de 57% pour les bibliothèques lyonnaises (Figures 3 et 4).

Figure 3 - Bibliothèques de prêt de la ville de Paris

Figure 4 - Bibliothèques municipales de la ville de Lyon

Au sein des bibliothèques qui se sont agrandies, il n’y a pas toujours un choix délibéré de réduire les collections physiques, mais bien plutôt une baisse mécanique de la volumétrie. En effet, les bibliothécaires ne disposent pas forcément du budget, du temps ou de la main d’œuvre nécessaire pour augmenter sensiblement le volume de l’offre documentaire imprimée dans les suites immédiates d’un agrandissement. Dans un contexte d’apparitions de nouvelles missions visant à favoriser le bien-être des lecteurs et à développer l’offre documentaire numérique, il est parfois également nécessaire d’utiliser l’augmentation de la surface disponible pour réaliser de nouveaux aménagements, comme des lieux de détente, des salles de travail en groupe ou encore des espaces multimédias.

II.Vers une nouvelle conception de l’espace public documentaire ?

Construction de scénarios vers lesquels les bibliothèques de lecture publique françaises pourraient tendre à l’avenir
Afin d'anticiper la place que pourrait prendre le livre imprimé dans la bibliothèque de lecture publique du futur, quatre scénarios ont été dégagés : la bibliothèque traditionnelle, la bibliothèque troisième lieu, la bibliothèque hybride et la bibliothèque sans livres imprimés (Figure 5). Chaque option témoigne d’un rapport spécifique au livre imprimé, tantôt central, comme au sein de la bibliothèque traditionnelle, tantôt inexistant, comme pour la bibliothèque sans livres imprimés. Les probabilités de réalisation de ces différents scénarios varient fortement : en effet, si ceux de la bibliothèque troisième lieu et de la bibliothèque hybride, scénarios de bibliothèques présentant un nombre moindre de livres imprimés, semblent les plus probables face à une bibliothèque traditionnelle qui sera probablement en crise, le scénario de la bibliothèque sans livres imprimés reste encore très largement inconcevable en France pour les dix à quinze prochaines années.
Ces scénarios organisationnels ont été élaborés à partir de 26 entretiens qualitatifs menés auprès de professionnels de bibliothèques et d’architectes, ainsi que d’une étude de terrain de trois bibliothèques municipales françaises, choisies pour leur pertinence en matière de rapport à la collection physique : la bibliothèque Louise Michel (Paris), la médiathèque Gustave Eiffel (Levallois-Perret) et l’Atelier numérique (Versailles). Il a été choisi de ne pas donner d’exemple de bibliothèques traditionnelles car elles demeurent nombreuses dans le paysage français de la lecture publique.

 

II.1. Bibliothèque troisième lieu : le social avant la collection

La bibliothèque Louise Michel : des collections imprimées à taille humaine

En 2011, les étagères les plus hautes de la bibliothèque Louise Michel ont été repoussées le long des murs. Au premier regard, le lecteur ne distingue pas les rayonnages car les meubles au centre du plateau sont volontairement bas pour donner une profondeur de champ et éviter l’effet « forêt de livres »2. La bibliothèque présente une densité de 29,9 livres imprimés par m2, un chiffre proche de la moyenne nationale. Mais ce dernier est relativement bas si on le rapporte à la densité moyenne des bibliothèques de prêt du réseau parisien, qui est de 58 livres imprimés par m2 en raison d’un manque de place majeur.

Un nouveau rapport du lecteur à la collection physique 

Même si le livre imprimé reste au cœur de l’offre de la bibliothèque troisième lieu comme le rappelle Mathilde Servet3, on observe une baisse presque mécanique de la volumétrie dans ces bibliothèques qui peut s’expliquer par la volonté de rompre avec la présentation d’une collection trop abondante pouvant être source d’anxiété pour le public traditionnellement éloigné des bibliothèques.  

Un scénario en rupture avec la vision élitiste de la bibliothèque traditionnelle

Cette baisse rend aussi possible de nouveaux aménagements essentiels pour assurer une mission sociale, comme des espaces favorisant la détente des lecteurs avec du mobilier confortable ou encore des salles d’animation. En cela, la bibliothèque troisième lieu constitue un scénario très crédible qui entre en rupture avec la vision élitiste de la bibliothèque traditionnelle.

II.2. Bibliothèque hybride : une démultiplication des possibilités d’usages

La médiathèque Gustave Eiffel : le choix d’une offre numérique et d'une offre papier complémentaires

La médiathèque Gustave-Eiffel de la ville de Levallois a ouvert au même moment que la bibliothèque Louise Michel. Il s’agit d’une bibliothèque hybride qui propose un accès à une large gamme de ressources et de services à la fois numériques et physiques4. Elle présente une densité de 18 livres imprimés par m2, soit près de la moitié de la densité nationale moyenne.

Un scénario caractérisé par un recentrage sur l’offre documentaire

Au sein d’une bibliothèque hybride, le bibliothécaire ne réfléchit plus en termes d’emplacement, de format ou de support mais en termes de contenu. À surface inchangée, il faut alors dégager de la place pour proposer des postes informatiques et des places de travail dédiés à la consultation des ressources numériques.

Un bon compromis entre la bibliothèque traditionnelle et la bibliothèque sans livres imprimés

La dernière enquête sur les ressources numériques en bibliothèque publique publiée par le Service du livre et de la lecture et par l'association Réseau CAREL montre que 23% des bibliothèques municipales françaises en 2013 proposent des ressources numériques à leur public, contre seulement 13% en 2011. Près de la moitié de ces bibliothèques incluent des livres numériques dans leurs ressources numériques. Ces chiffres vont probablement augmenter dans les dix à quinze prochaines années. Forme intermédiaire entre la bibliothèque traditionnelle et la bibliothèque intégralement numérique, la bibliothèque hybride reste un bon compromis pour satisfaire à la fois les adeptes du « tout numérique » et du « tout papier ». À l’image de la bibliothèque troisième lieu, mais avec des missions différentes, elle semble donc constituer un scénario très crédible.

II.3. Bibliothèques sans livres imprimés : un scénario encore inconcevable

L’Atelier numérique de Versailles : embryon d’un espace sans livres imprimés

L’Atelier numérique a ouvert ses portes en avril 2012 sous l’impulsion du maire de Versailles. À la fois conçu comme un lieu de vie et un centre de ressources numériques, l’Atelier semble être l’établissement français qui se rapproche le plus d’une bibliothèque sans livres imprimés. Il présente un fonds de 185 ouvrages imprimés consacrés exclusivement à la création numérique et aux outils informatiques. Rapporté aux quelques 600 m2 de surface utile totale de la bibliothèque, on obtient une densité de 0,3 livres imprimés par m2. Il s’agit ainsi de la bibliothèque de lecture publique avec la plus faible densité en livres imprimés du territoire.

Espace public numérique ou bibliothèque : la confusion des genres ?

L’appellation d’« atelier numérique » a été préférée à celle de « bibliothèque » pour mieux refléter la polyvalence du lieu. Pour la responsable de l’établissement, « les usagers ont parfois du mal à identifier l’Atelier numérique comme une bibliothèque » et ils semblent reconnaître davantage son statut d’espace public numérique. Le faible nombre de livres imprimés proposés contribue à renforcer cette perception.

Les freins à la mise en place d’une bibliothèque sans livres imprimés en France

Le modèle des bibliothèques totalement numériques semble prématuré si l’on considère :

  • l’attachement des bibliothécaires, des lecteurs et des élus au livre imprimé,
  • l’insuffisance en volume et le coût de l’offre documentaire numérique actuelle,
  • les enjeux à surmonter en termes d’accès et de droits,
  • la formation des agents à systématiser.

Il apparaît ainsi nécessaire de disposer de davantage de recul sur les quelques expériences de bibliothèques sans livres imprimés qui ont déjà été menées dans le monde avant d’étendre ce modèle en France.


Remonter à l'encadré
Qu’ils privilégient l’un ou l’autre de ces scénarios, les bibliothécaires sont acteurs dans la définition du « bon volume » ou de la « bonne densité » à donner aux livres imprimés au sein de leur bibliothèque, en l’adaptant au contexte local. Cette définition doit s’appuyer à la fois sur la diversité des modes d’appropriation du public, sur les possibilités budgétaires mises à disposition ainsi que sur les opportunités en matière d’agencement spatial. Tout cela en cohérence avec les missions fondamentales et innovantes d’une bibliothèque de lecture publique.

Pour aller plus loin…

► CALENGE, Bertrand. Espace et collections. In : Bulletin des bibliothèques de France [en ligne]. 1995. Disponible sur : < http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-1995-03-0021-003 > (consulté le 23 août 2016).
► GASCUEL, Jacqueline. Un espace pour le livre : guide à l’intention de tous ceux qui construisent, aménagent ou rénovent une bibliothèque. Paris : Éditions du Cercle de la Librairie, 1993. ISBN 2-7654-0501-8.
► HERNON, Peter et MATTHEWS, R. Joseph. Reflecting on the future of academic and public libraries. Chicago : American Library Association Editions, 2013. ISBN 978-0-8389-1187-7.
► KELLER, A. Michael. L’avenir des livres, des bibliothèques de recherche et de l’édition intellectuelle. In : Bulletin des bibliothèques de France [en ligne]. 2011. Disponible sur : < http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2011-06-0006-001 > (consulté le 23 août 2016).
► PAGÈS, Laura. Vers des bibliothèques de lecture publique sans livres imprimés ? Mémoire DCB sous la direction de Dominique Lahary. Villeurbanne : Enssib [en ligne]. 2016. Disponible sur : < http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/65846-vers-des-bibliotheques-de-lecture-publique-sans-livres-imprimes.pdf > (consulté le 23 août 2016).
► SCHNAPP, T. Jeffrey et BATTLES, Matthew. The library beyond the book. Cambridge : Harvard University Press, 2014. ISBN 978-0-674-72503-4.
► SERVET, Mathilde et STARK, Virgil. Y a-t-il encore des livres dans les bibliothèques ? In : France-Inter, Un jour en France [en ligne]. 2016. Disponible sur : < http://www.franceinter.fr/emission-un-jour-en-france-y-a-t-il-encore-des-livres-dans-les-bibliotheques > (consulté le 23 août 2016).
► WOLFF, W. Nelson. Bexar BiblioTech: The Evolution of the Country’s First All-digital Public Library. San Antonio : The Hidalgo Foundation of Bexar County, 2015. ISBN 978-0-692-35765-1.

 

Retrouvez le prochain Billet d'EnssibLab le 25 octobre sur le thème La bibliothèque : pourquoi un (troisième) lieu à l'heure de la dématérialisation ?


1 TAESCH-FÖRSTE, Danielle. Concevoir, réaliser et organiser une bibliothèque. Paris : Éditions du Cercle de la Librairie, 2006, p. 36. ISBN 2-7654-0932-3.
2 CERTAIN, Hélène. Bibliothèque familiale et familière. In : Bulletin des bibliothèques de France [en ligne]. 2013. Disponible sur : < http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2013-02-0060-009 > (consulté le 22 août 2016).
3 SERVET, Mathilde. La bibliothèque troisième lieu loin des clichés : l’humain au cœur de la bibliothèque. In : JACQUET, Amandine. Bibliothèques troisième lieu. Paris : Association des Bibliothécaires de France, 2015, p. 41-42. ISBN 978-2-900177-41-9.
4 BROPHY, Peter. La bibliothèque hybride. In : Bulletin des bibliothèques de France [en ligne]. 2002. Disponible sur : < http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2002-04-0014-002 > (consulté le 23 août 2016).

 

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