Retour sur la Biennale du numérique 2015 | Métiers du livre (1/4) : nouvelles communautés, nouvelle gestion documentaire

Par Catherine MULLER le 26 janvier 2016

L’édition 2015 de la Biennale du numérique qui se tenait à l'enssib du 23 au 24 novembre portait sur les métiers du livre face au numérique et les transformations de l’organisation du travail pour les acteurs de la « chaîne du livre ».  Il s’agit de se positionner à hauteur des métiers, des professions et des formes de collaboration, pour appréhender les compétences nouvelles pour des métiers établis, de nouveaux métiers, des « cultures professionnelles » amenées à se côtoyer. Nous souhaitons expliciter la façon dont le numérique reconfigure les formes d'organisation (du marché) du travail et des métiers tout au long de la « chaîne du livre ».

En plus des interventions du matin, la Biennnale a été l'occasion d'organiser une série d' ateliers autour des mutations introduites par le numérique sur les métiers du livre. Nous vous proposons ici les synthèses de ces ateliers rédigées par les étudiants du master PUN de l'enssib1. Le premier atelier s'intéressait aux questions de diffusion et d'acquisition.

L’animation de communauté, nouvelle frontière de la bibliothèque ? Par Romain Gaillard

Romain Gaillard, conservateur des bibliothèques de la Ville de Paris, en charge de la préfiguration de la médiathèque de la Canopée - Paris, revient sur le rôle de la médiation numérique et des réseaux sociaux dans la création de nouvelles communautés aux marges de la bibliothèque.

Synthèse rédigée par Bénédicte Fey et Romain Gaillard

En France, des millions d'internautes utilisent les réseaux sociaux, il s'agit d'un processus marketing intéressant à employer, pour toucher une partie de la population. Cependant, peut-on développer en bibliothèque une nouvelle manière d'interagir avec l'usager avec l'animation de communauté ?

Les réseaux sociaux sont devenus des espaces d'échanges et d'information partagés. Pour une bibliothèque, il s'agit d'outils pour toucher de nouveaux publics et renforcer les interactions avec leurs usagers actuels. Cependant, malgré une croissance régulière, peu de bibliothèques disposent de comptes. Si elles sont de plus en plus à s’emparer de ces outils, des contraintes administratives, une maîtrise technique imparfaite des codes de publication (notamment sur la vidéo) et des politiques éditoriales plus ou moins abouties peuvent gréver l’apport que les bibliothèques pourraient retirer des réseaux sociaux. Seuls quelques établissements parviennent à réellement maîtriser les codes et les spécificités du "community management".
Dans un environnement de plus en plus concurrentiel, les bibliothèques commencent à afficher une image d'établissements culturels trop cloisonnés, hors de la modernité, éloignés des besoins et des pratiques des publics. Elles disposent pourtant de compétences propres à rendre service aux personnes dans un contexte d'infobésité mais, là encore, des contraintes organisationnelles viennent masquer la plus-value qu'elles pourraient apporter. Même l'animation de communauté, si elle est mal organisée, peut faire tourner en rond la production de contenus par les bibliothécaires en les limitant à une audience purement professionnelle. Les bibliothécaires doivent donc trouver une façon d’interagir avec leurs fans, avec plus d’interactions, plus de personnalisation, pourquoi pas selon des techniques de marketing entrant et en faisant évoluer les propositions de ressources et de services. 

L'insertion de la bibliothèque dans des espaces culturels multimodaux, l'intégration participative des publics et le développement de relations horizontales avec les usagers, notamment via une animation de communauté réellement professionnelle, doivent permettre de revaloriser les services offerts et de leur donner pleinement leur place aujourd'hui pour répondre aux besoins des publics. Les publics cherchent un lieu avec les aspects spécifiques et propre à la bibliothèque mais aussi avec des outils modernes, comme des outils de divertissement où le contenu est personnalisé. Ce qu'ils cherchent avant tout c'est un lieu de culture multimodale Ces évolutions peuvent nécessiter de revoir l'organisation professionnelle de travail.

Transition vers une gestion intégrée des documents électroniques

Pablo Iriartebibliothécaire-documentaliste et webmaster à l'institut universitaire de médecine sociale et préventive de Lausanne et Mathilde Panesbibliothécaire scientifique au centre hospitalier universitaire vaudois de Lausanne animait un atelier sur les évolutions du document numérique en matière de gestion documentaire.

Synthèse rédigée par Blanchard Fanny

Le changement du Système Intégré de Gestion de Bibliothèque dans le canton de Vaud a donné lieu à une enquête de terrain auprès des professionnels. Il s'inscrit dans un contexte plus général de réflexion sur les outils mis à disposition des bibliothécaires.

Le catalogage est aussi ancien que l'écriture. De l'argile au nuage, le classement et l'indexation sont des gestes millénaires. Les bibliothécaires n'ont eu de cesse d'améliorer ces systèmes, des tablettes d'argile aux fiches bibliographiques, puis aux catalogues en ligne, avec Sibil, le Sudoc et Wordlcat notamment. Ces logiciels gèrent des millions de données, de façon plus ou moins complexe (et c'est là tout le problème !).

 

Pour se dégager de l'inertie du Réseau Roman (Rero) comptant deux cent vingt bibliothèques, le canton de Vaud a quitté le SLSP. Dans le cadre du projet RenouVaud, il a décidé d'intégrer un système de gestion de seconde génération dans le cloud, Alma. Ce choix, effectué après un appel d'offre, devrait aboutir en août 2016 avec la migration effective sur ce système et améliorer la gestion de tous les documents, physiques et numériques. En effet, le SIGB précédent comptait jusqu'à six niveaux différents de briques logicielles... dont la manipulation était difficile, pour les utilisateurs comme pour les bibliothécaires.

Une enquête de terrain a été réalisée auprès des personnels de ces bibliothèques pour établir leurs attentes. Treize entretiens ont été réalisés dans sept institutions, auprès de trois catégories professionnelles. Les directeurs d'établissement ont fait part de leur espoir concernant l'optimisation de l'intégration et de la consultation des documents physiques et numériques. Les gestionnaires de ressources informatiques se sont révélés optimistes et pragmatiques sur la manipulation des données. Le personnel d'accueil a témoigné d'un besoin de formation pour mieux répondre aux attentes des usagers et pour mieux les orienter.

Avec l'adoption par la bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne (la BCU) de ce SIGB qui repose sur la solution de gestion documentaire Alma d'Ex Libris, couplée à l'outil découverte de ressources unifiées Primo2le canton de Vaud se positionne sur un projet innovant et souhaiterait créer des émules en Suisse.

Cependant, la solution miracle du logiciel unique et parfait n'existe pas encore. Les bibliothécaires sont conscients du risque de captivité créé par l'adoption d'un logiciel propriétaire géré par une entreprise extérieure, et ce via une application supplémentaire. D'autres projets, chacun avec ses limites, ont été étudiés, comme le SGBm3, l'ODI, le GOKB, BACON, le RBU ou le LOD, sans être retenus.


[1] l'ensemble des interventions enregistrées en séance plénière est disponible sur notre site, ainsi qu'un compte-rendu de la journée sur le BBF.

[2] Pour mieux se repérer dans les différentes solutions de gestions documentaire innovantes, on peut se reporter à l'étude d'enssibLab sur les Interfaces documentaires innovantes, en particulier l'étude du SIGB Babord +.

[3] Pour en savoir plus sur le projet et les enjeux du SGBm, on pourra se reporter à ces 2 articles du BBF : Bernon, Jean. Le projet de système de gestion de bibliothèque mutualisé de l'Abes. Bulletin des bibliothèques de France [en ligne], n° 5, 2012 et Jestaz, Laure. Réinformatiser à l’heure du SGBM. Bulletin des bibliothèques de France [en ligne], n° 1, 2014. 

 

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