Retour sur la Biennale du numérique 2015 | Métiers du livre (3/4) : Identités, métiers et organisation du travail

Par Catherine MULLER le 23 février 2016

Nous poursuivons notre série de billets consacrés à la Biennale du Numérique sur les mutations des métiers du livre au regard du numérique. L'avant dernier atelier du 23 novembre se proposait d'une part de revenir sur l'histoire du métier de l'enseignant documentaliste depuis sa création en 86 jusqu'à l'arrivée du numérique qui l'a confronté à une série de transformations "identitaires".  Mais aussi d'analyser les répercussions du numérique sur l'organisation du travail d'une grande bibliothèque comme la BnF qui a engagé ces dernières années un travail de réflexion sur la transversalité des services et des identités professionnelles.

Nous publions les synthèses rédigées par les étudiants du master 2 PUN de l'Enssib, promotion 2015-16, et relues par les intervenants des ateliers1

Le métier d'enseignant documentaliste : nouvelles identités et nouvelles manières de faire - Par Julie Jacoutot

Julie Jacoutot est enseignante-documentaliste dans un lycée de Montbéliard et doctorante en Sciences de l'information et de la communication à l'université de Bourgogne. Elle a travaillé sur les processus d’appropriation des contenus numériques des lycéens dans et hors école, au regard de la médiation documentaire menée par les enseignants documentalistes. 

Synthèse rédigée par Eléonore de Macedo

La création du lieu appelé « bibliothèque scolaire » date de 1958. Le premier CDI date de 1974. C’est à partir de ce moment-là que le métier d’enseignant-documentaliste a vu le jour en 1986. Ce dernier opère dans un CDI, centre de documentation et d’information, avec des collégiens et des lycéens. En 1989, la loi Jospin crée le CAPES documentation mais cette mission reste obsolète puisque le numérique n’existe pas encore. En 2004, une nouvelle politique documentaire des CDI est mise en place. En 2012, les 3C, centres de culture et de connaissance sont créés. Les CDI, pour qui ? Deux usages sont possibles. Le premier est hors du cadre de l’école et concerne des pratiques individuelles informationnelles. Le second s’opère dans le cadre de l’école et permet l’acquisition de nouvelles connaissances. Le CDI propose des actions culturelles, mais aussi des ressources scientifiques, par exemple, ce qui les différencie des bibliothèques municipales ou universitaires. Le concept important qui apparaît aujourd’hui est celui de l’innovation. Quelles évolutions et perspectives apparaissent  concernant les CDI et les 3C ? Les 3C ont des cadres de fonctionnement et d’institutionnalisation. Les CDI, eux, répondent à un contexte social et territorial, ils ont des cadres d’usage. Ainsi, les enseignants-documentalistes proposent de nombreuses innovations pédagogiques. L’exemple du MOOC montre la création de nouveaux usages pédagogiques en groupe, le travail devient alors plus collaboratif.
Deux questions ont conclu l’intervention de Julie Jacoutot :

  • A quel moment, le CDI peut-il devenir un lieu d’expérimentation pour les bibliothèques ?
  • Qui sont les interlocuteurs des enseignants-documentalistes en termes d’innovation ?

Collaboration, organisations…, l’impact du numérique - Par Brigitte Bodet, Luc Bellier et Sophie Bertrand

Brigitte Bodet est responsable du bureau études et accompagnement de la Bibliothèque nationale de France, Luc Bellier est coordinateur informatique à la BnF et "Product Owner"2 de la chaîne d'entrée de numérisation et Sophie Bertrand est responsable du service de la coopération numérique et de Gallica.

Synthèse rédigée Guilhem Martin Saint Léon

Le thème de cette Biennale recoupe le périmètre d’étude de l’observatoire des organisations et ressources humaines sous l'impact opérationnel du numérique – désigné par l'acronyme ORHION – mis en place à la Bibliothèque nationale de France (BNF) fin 2009. Orhion s’attache à rendre compte des mutations liées au numérique dans les activités opérationnelles de la BnF. Parmi celles et ceux qui ont initié Orhion, trois représentants de la BnF sont intervenus au sein des ateliers de la Biennale du numérique afin de présenter leur action. Il s'agit de Brigitte Bodet, responsable du bureau études et accompagnement ; Luc Bellier, coordinateur informatique et chef de produit de la chaîne d'entrée de numérisation ; Sophie Bertrand, responsable du service de la coopération numérique et de Gallica. 

Les questions de l'organisation transverse et de la recomposition des identités professionnelles sont soulevées par l'observatoire Orhion dans le cadre de ses études et séminaires autour du dépôt légal numérique, de la numérisation des collections du signalement et du magasinage numérique. Un des enjeux principaux des bibliothécaires face au numérique est de ne pas manquer les étapes technologiques et les choix de normes et standards. Cela se traduit concrètement par des interactions, des modifications de frontières entre les métiers. Les agents habitués à manipuler des ouvrages doivent désormais accéder à des fichiers. Certains se consacrent même essentiellement à des contrôles statistiques, à la manipulation de chiffres et de données. Le développement du numérique a donc conduit la BnF à mettre en place des processus de traitement de l’information et des fichiers numériques en sollicitant des compétences diverses et nouvelles, ainsi qu'un nouveau type de management horizontal, en rupture avec l'organigramme ascendant traditionnel. De nouveaux profils de métiers apparaissent, tels que les chefs de produit et les responsables processus, mais le positionnement de ce nouveau type de professionnels en bibliothèque questionne l'organisation du travail.
 

Le degré d’autonomie et l’écart possible entre la légitimité requise et l’acceptation d’un pilotage non hiérarchique n’est pas évidente dans une institution très pyramidale comme la BnF. L'objectif de cette organisation modernisée est de permettre des démarches agiles, promptes, adaptées au monde numérique en perpétuelle évolution. Par exemple : le test d'une application informatique sur une période de quelques semaines avant de débattre de son adoption. Concrètement, le premier grand défi numérique relevé par la BnF fut le changement d'échelle concernant la numérisation des livres. Le tournant s'est effectué courant 2008. Il a fallu contrôler les fichiers et indexer 2000 livres numériques par semaine contre 5000 à 10 000 par an au cours des exercices précédents.


[1] L'ensemble des interventions enregistrées en séance plénière est disponible sur notre site, ainsi qu'un compte-rendu de la journée sur le BBF.
[2PO, acronyme de Product Owner, désigne un rôle au sein de l’organisation d’une équipe Agile utilisant la méthodologie SCRUM. Le PO est un membre à part entière de l’équipe Scrum dont la responsabilité principale est de définir un produit qui apportera le maximum de valeur métier aux utilisateurs dans le temps et le budget impartis au projet.

Tags : Biennale du numérique, Identité professionnelle, métiers du numérique, Métiers du livre, Organisation du travail, Management, Documentaliste, CDI, 3C, Innovation pédagogique, MOOC, BnF, ORHION, Product Owner, Démarche Agile, Innovation numérique

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