Séminaire "Histoire intellectuelle et sociale de la cartographie"

Date de l'événement: 
Mercredi, 19. octobre 2016 - 14:00 - 16:30
Organisateur: 
Enssib
Type d'événement: 

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L'objet de ce séminaire est d'explorer la place de la carte dans notre culture, à partir d'une catégorie particulière de cartes, les cartes topographiques fondées sur la mesure et le calcul.
En suivant l'évolution des techniques et des conditions de production de ces cartes, de leurs usages, et de la place qu'elles occupent dans la culture de leur temps, on peut mieux comprendre comment notre appréhension de l'espace géographique évolue en fonction de ces changements.
Le séminaire propose une série d'approches thématiques balayant le développement de la cartographie de ses origines antiques à la géographie numérique contemporaine.

Le séminaire est ouvert à tous : étudiants de master des établissements lyonnais et de toutes disciplines; thésards, chercheurs juniors et seniors; et enfin toutes personnes motivées par ce sujet.

Responsables : Henri Desbois (université Paris 10) et  Éric Guichard (Enssib).

Programme

  • 19 octobre 2016 : Ce que nous apprend la cartographie antique
    A bien des égards, la place de la cartographie dans l'antiquité gréco-romaine est une énigme. Quoique les principes d'une cartographie mathématiques aient été connus dans le monde grec, comme le montre le traité de Ptolémée consacré à la géographie, non seulement nous n'avons conservé aucune carte antique, mais il n'existe que très peu de mentions de cartes dans la littérature antique. Les Romains ont pourtant montré une maîtrise d'un territoire à l'échelle d'un continent, sans apparemment que la carte joue un rôle important ni dans la conduite de la guerre ni dans l'administration des territoires. Ceci, en retour, nous interroge sur notre incapacité à concevoir une géographie sans cartes.
    Suggestion de lecture complémentaire : Dueck Daniela, Geography in Classical Antiquity, Cambridge ; New York, Cambridge University Press, 2012.
     
  • 26 octobre 2016 : Cartographie, mesure et science de la Renaissance à la Révolution
    A partir du XVIe siècle, la cartographie mathématique se développe rapidement en Europe. La carte de l'Académie, ou de Cassini, marque au XVIIIe siècle une étape importante dans l'évolution des techniques cartographiques. C'est aussi au cours du XVIIIe siècle que la cartographie prend, provisoirement, une place centrale dans les sciences exactes en général, au point de jouer un rôle déterminant dans la formation de l'idée d'objectivité scientifique.
    Suggestion de lecture complémentaire : Pelletier Monique, De Ptolémée à La Guillotière (15e-16e). Des cartes pour la France, pourquoi, comment?, Paris, Éditions du CTHS, 2009.
     
  • 9 novembre 2016 : Cartographie et pouvoir : l'État la carte et la guerre
    La relation entre la chose militaire et la carte est plus récente qu'on ne le pense généralement. La militarisation de la carte est, pour l'essentiel, un phénomène du XIXe siècle, avec, en particulier, le transfert de la carte de Cassini au dépôt de la guerre sous la Révolution et la réalisation de la carte dite d'Etat-major. Cet aspect particulier de la cartographie est une facette des liens plus globaux entre cartographie et pouvoir. Ceux-ci sont particulièrement manifestes dans la façon dont la cartographie est mise au service des entreprises coloniales.
    Suggestion de lecture complémentaire: Edney Matthew, Mapping an Empire: the Geographical Construction of British India, 1765-1843, Chicago; Londres, The University of Chicago Press, 1997.
     
  • 16 novembre 2016 : La guerre nucléaire et la révolution secrète de la géographie
    Lorsque la cartographie se militarise, au XIXe siècle, elle cesse d'occuper une place privilégiée dans la hiérarchie des sciences pour devenir essentiellement l'affaire des ingénieurs. Ses techniques se perfectionnent, mais leur nature évolue assez peu pendant plus d'un siècle. La guerre froide, et plus particulièrement la mise au point de missiles balistiques intercontinentaux entraînent, dans le secret des centres de recherche militaires, une révolution des techniques géographiques dont notre géographie numérique contemporaine est l'héritière directe.
    Suggestion de lecture complémentaire: Cloud John, «American Cartographic Transformations during the Cold War», Cartography and Geographic Information Science, 2002, vol. 29, n°3, pp. 261-282.
     
  • 7 décembre 2016 : Ce que l'ordinateur fait à la carte
    En passant du papier à l'écran, la carte change de nature. Avant de se banaliser dans les systèmes de cartographie numérique grand public, l'informatisation de la cartographie a d'abord commencé dans la géographie militaire, puis s'est répandue dans le milieu des professionnels de la carte par les Systèmes d'Information Géographiques. Le riche débat épistémologique provoqué au sein de la géographie universitaire par l'irruption de cette technique nouvelle a eu relativement peu d'échos en France, mais alors que les techniques géonumériques ont colonisé notre quotidien, réexaminer cette discussion pourrait nous permettre de nous interroger sur nos nouvelles représentations du monde.
    Suggestion de lecture complémentaire : Pickles John, Ground Truth, New York, Londres, Guilford Press, 1995.
     
  • 14 décembre 2016 : Carte et culture en Occident
    A partir du moment où les cartes deviennent des objets relativement communs, elles sont de plus en plus fréquemment mentionnées dans les textes et représentées dans les tableaux. L'étude de ces représentations, de Robert Burton à Jules Verne, permet de suivre l'évolution de la place des cartes dans l'univers mental européen, et de préciser la nature de nos imaginaires cartographiques.
    Suggestion de lecture complémentaire : Pétillon Pierre-Yves, La grand route, espace et écriture en Amérique, Paris, Seuil, 1979.
     
  • 4 janvier 2017 : Carte et littérature : une étude d'après James Joyce
    La cartographie influence notre façon de concevoir l'espace géographique. On peut notamment s'en rendre compte en examinant la façon dont d'autres modes de description de l'espace, par exemple le texte, dialoguent avec la cartographie. A partir du chapitre 10 d' Ulysse, de Joyce, on propose de voir l'écart entre une vision cartographique de l'espace géographique et l'expérience concrète du même espace.
    Suggestion de lecture complémentaire : Hegglund Jon, World Views, Metageography of Modernist Fiction, New York, Oxford University Press, 2012.
     
  • 11 janvier 2017 : Les nouveaux imaginaires géonumériques
    La révolution de la géographie numérique transforme profondément notre vision de la cartographie. La géolocalisation, les applications en temps réel, l'intégration massive de l'imagerie, etc., changent la nature de la carte. Elle devient une composante de l'infosphère numérique qui forme une part toujours plus importante de notre environnement quotidien. En prenant appui sur les romans récents de de William Gibson, on propose d'explorer les mutations actuelles de nos imaginaires cartographiques.
    Suggestions de lecture complémentaires: Haraway Donna, Manifeste Cyborg et autres essais, Paris, Exils, 2007 | Jameson Fredric, La totalité comme complot, Conspiration et paranoïa dans l'imaginaire contemporain, Paris, Les prairies ordinaires, 2007.

 

Contact : 
Éric Guichard
Adresse événement: 
Enssib
17-21 bd du 11 novembre 1918
Villeurbanne
France