Séminaire « Privilèges, permissions, approbations : pratiques et usages du XVIe au XVIIe siècle »

Université Lumière Lyon 2
Faculté des Lettres
Séminaire de spécialisation en Master 1 & 2
Groupe Renaissance et Age classique (GRAC)
Edwige Keller-Rahbé

Dans le sillage des travaux d’Henri‑Jean Martin sur le livre à Paris au XVIIe siècle, d’Elizabeth Armstrong[1] et de Nicolas Schapira[2] sur les privilèges aux XVIe siècle et XVIIe siècles, et, plus largement, de la thèse de Laurent Pfister sur la formation du droit d’auteur[3], l’objectif du séminaire consiste à interroger, d’une part, la protection et le contrôle du livre aux XVIe et XVIIe siècles et, d’autre part, l’émergence progressive d’une affirmation auctoriale, dans et par un système institutionnel. Il ambitionne de progresser dans la compréhension de toutes les implications intellectuelles de ce système de librairie pour mettre en évidence les interactions entre histoire du livre et République des Lettres sous l’Ancien Régime. Sont en jeu :

1. La protection et le contrôle du livre imprimé aux XVIe et XVIIe siècles, en France et en Europe :

  • différents niveaux de privilèges
  • conditions et procédure d’octroi
  • concurrence Paris/province
  • vers une histoire européenne du privilège ; dispositifs retenus à l’intérieur de chaque juridiction et de chaque frontière

2. Le statut ambigu de l’objet textuel :

  • approche pluridisciplinaire : juridique, économique, historique, littéraire…
  • spécificité du privilège de librairie par rapport aux autres formes de privilèges économiques
  • objet figé ou modulable ; objet soumis à une lecture – par les officiers royaux, les auteurs et les lecteurs ; objet péritextuel

3. L’investissement, voire l’interventionnisme, du pouvoir politique dans le domaine des Bonnes/Belles Lettres (octroi des privilèges par les Parlements et autres juridictions, par la chancellerie et les secrétaires de chancellerie ; présence de la figure royale)

4. Le processus de création littéraire ; ce que le privilège dit de la création littéraire (genèse de la production/publication/diffusion de l’imprimé ; témoignages de collaboration auteurs/libraires ; traces d’auctorialité ; variation de titres, etc.)

5. La construction de l’identité sociale, voire de la persona d’auteur (le privilège comme instrument de reconnaissance et de légitimation symboliques)

6. La place du privilège dans la « proto-propriété » littéraire (Jane Ginsburg)

Depuis 2009, le séminaire a mobilisé la participation de nombreux chercheurs et spécialistes en histoire du livre, histoire de la littérature, histoire de l’art et histoire du droit d’auteur :

  • Pour la France : Sylvain Cornic (Université Lyon 3), Dominique Descotes (Université de Clermont-Ferrand), Louise Katz (EPHE), Jean‑Dominique Mellot (BnF), Alain Riffaud (Université du Maine), Nicolas Schapira (Université de Marne‑la‑Vallée), Dominique Varry (Enssib), Laurent Pfister (Université de Panthéon‑Assas), Denis Reynaud (Université Lyon 2), Magali Vène (Bnf)
  • Pour l’Europe : Ilaria Andreoli (Harvard University Center for Italian Renaissance Studies, Florence) ; Maria Luisa López-Vidriero (Biblioteca real de Madrid)
  • Pour l’Amérique du Nord : Jane Ginsburg (Columbia University) ; Claude La Charité (Université du Québec à Rimouski)

Par le biais d’analyses d’ensemble ou d’études de cas, les membres du GRAC et les intervenants extérieurs ont nourri la réflexion du séminaire, l’ont enrichie d’informations sur des expériences collectives ou singulières, ou encore sur une époque ou un genre littéraire particuliers, et ont rendu compte de la situation sur deux siècles de pratiques très diverses.

 


[1] Before Copyright : The French Book-Privilege System, 1498-1526, New York-Cambridge University Press, 1990.

[2] Un Professionnel des lettres au XVIIe siècle. Valentin Conrart : une histoire sociale, Champ Vallon, 2003.

[3] L’Auteur, propriétaire de son œuvre ? La formation du droit d’auteur du XVIe siècle à la loi de 1957, 1999.