<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><TEI xmlns="http://www.tei-c.org/ns/1.0" xmlns:ns4="http://www.w3.org/2001/XInclude" xmlns:ns22="http://www.w3.org/1998/Math/MathML" xmlns:ns2="http://www.w3.org/1999/xlink" xmlns:ns="http://www.tei-c.org/ns/1.0" change="metopes_edition"><teiHeader><fileDesc><titleStmt><title type="main" key="bbf-2025-00-0000-074" subtype="critique" when="2025" n="2">Femmes de sciences. Le mouvement des « university women » dans l’entre-deux-guerres</title><author role="aut"><name>Marie Arbelot</name><affiliation>Responsable de la Bibliothèque de sociologie Frédéric-Mollé – UFR de sociologie, Nantes Université</affiliation></author></titleStmt><publicationStmt><ab type="lodel"><date>09/06/2026</date></ab></publicationStmt><sourceDesc><bibl/></sourceDesc></fileDesc><encodingDesc><appInfo><application ident="Word-tpl" version="1.0"><label>Word template</label><desc>Version of MS Word template used</desc><ref target="#"/></application><application ident="circe-Metopes" version="0.0.103"><label>Circé</label><desc>Document converted into TEI using Circé application (doc2tei pipeline).</desc><ref target="#"/></application><application ident="commons-publishing-metopes" version="1.0"><label>Schéma XML-TEI</label><desc>Commons Publishing Métopes 1.0</desc><ref target="#"/></application><application ident="commons_2_metopes" version="1.0"><label>Conversion Commons vers Métopes v3</label><desc>XSL commons_2_metopes</desc></application></appInfo><editorialDecl><normalization rendition="notes"><p select="restart" rendition="note"/><p select="restart" rendition="table"/><p select="restart" rendition="annexe"/><p select="restart" rendition="floatingText"/></normalization></editorialDecl></encodingDesc><profileDesc><langUsage><language ident="fr-FR"/></langUsage></profileDesc><revisionDesc><change type="creation" when="2026-06-09">Conversion Commons vers Métopes v3</change><change type="creation" when="2026-06-09">XML-TEI file creation</change></revisionDesc></teiHeader><text type="article" xml:id="text"><front><titlePage><docTitle><titlePart style="T_3_Article" type="main">Femmes de sciences. Le mouvement des « university women » dans l’entre-deux-guerres</titlePart></docTitle><docAuthor style="txt_auteur">Marie Arbelot</docAuthor><byline style="auteur_Institution"><affiliation xml:id="aff01">Responsable de la Bibliothèque de sociologie Frédéric-Mollé – UFR de sociologie, Nantes Université</affiliation></byline></titlePage><div type="prelim"><epigraph><quote style="txt_Epigraphe">Anna Cabanel</quote></epigraph><epigraph><quote style="txt_Epigraphe"><hi style="typo_Italique" rend="italic">Femmes de sciences. Le mouvement des </hi>university women<hi style="typo_Italique" rend="italic"> dans l’entre-deux-guerres</hi></quote></epigraph><epigraph><quote style="txt_Epigraphe">Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2025</quote></epigraph><epigraph><quote style="txt_Epigraphe">Collection « Histoire »</quote></epigraph><epigraph><quote style="txt_Epigraphe">ISBN 978-2-7535-9455-5</quote></epigraph></div></front><body><div type="chapitre" xml:id="mainDiv"><p style="txt_Normal">Docteure en histoire de l’Université de Groningen et chercheuse post-doctorante à l’Université KU Leuven, Anna Cabanel revient dans cet ouvrage sur la création et les premières années de l’International Federation of University Women (Fédération internationale des femmes diplômées d’université, ou FIFDU).</p><p style="txt_Normal">À la croisée de l’histoire des sciences et de l’histoire du genre, ce travail montre comment, au début du XX<hi style="typo_Exposant" rend="sup">e </hi>siècle, des précurseuses se sont donné pour objectif de lutter contre les freins à la reconnaissance et à la progression de la carrière des femmes scientifiques. Pour ce faire, elles se sont dotées d’outils institutionnels et financiers, tout en s’attachant à inscrire progressivement l’image des femmes scientifiques dans les représentations mentales collectives.</p><div type="section1" xml:id="div01"><head style="T_1" subtype="level1">La construction de la persona de la femme scientifique</head><p style="txt_Normal">Au début du XX<hi style="typo_Exposant" rend="sup">e</hi> siècle, les femmes, quand elles ont la possibilité d’obtenir le baccalauréat ou son équivalent, peinent à poursuivre leurs études, et plus encore à trouver un poste dans les universités ; les freins sont légaux, institutionnels, mais également sociaux : dans les représentations collectives, les scientifiques ne sont pas des femmes et les femmes ne sont pas des scientifiques. À cette époque, plus encore qu’aujourd’hui, la catégorie sociale, ou persona, du savant, est incarnée par un homme, blanc et bourgeois.</p><p style="txt_Normal">La FIFDU, créée en 1919, est initialement née de la volonté de rassembler et de mobiliser les femmes diplômées des universités, d’abord à l’échelle anglo-américaine, puis européenne, et enfin internationale. Son but premier est de favoriser les carrières des femmes scientifiques, afin de renforcer leur place au sein même des universités. L’objectif plus général est de créer, de mettre en scène dans la société de l’époque une nouvelle persona, celle de la femme scientifique, légitime à prendre sa place dans les communautés et réseaux universitaires et à exercer des responsabilités de haut niveau tant sur les terrains de la recherche que dans la société internationale.</p><p style="txt_Normal">Les ambitions et principes de la FIFDU sont ainsi définis et explicités lors du congrès fondateur de l’organisation, organisé à Londres en 1920 : il s’agit pour ces pionnières de « <hi style="typo_Italique" rend="italic">promouvoir la compréhension et l’amitié entre les femmes diplômées des universités des nations du monde et d’ainsi favoriser leurs intérêts […]</hi> ». En créant ou en fédérant des associations nationales, et en se dotant d’une fédération internationale, les fondatrices de la FIFDU ont ainsi pour ambition de tisser des réseaux professionnels d’interconnaissance et d’entraide, et de mettre en place et favoriser une élite intellectuelle féminine. Mais bien plus que de favoriser quelques femmes brillantes, et de permettre aux femmes scientifiques de conquérir des espaces qui, jusque-là leur étaient fermés, leur volonté est de faire évoluer en profondeur les représentations de leur époque, afin de contribuer à l’avènement d’une véritable égalité des sexes.</p></div><div type="section1" xml:id="div02"><head style="T_1" subtype="level1">Une vocation internationaliste : congrès et bourses d’études</head><p style="txt_Normal">Les premières dirigeantes de la FIFDU ont immédiatement pris en compte la nécessité de construire une <hi style="typo_Italique" rend="italic">« contre-culture mémorielle »</hi> en documentant et en conservant les traces écrites et iconographiques de leur travail (actes de congrès, correspondances, compte rendu, portraits individuels et de groupe, etc.). En construisant leur propre panthéon, en luttant contre les processus d’invisibilisation des femmes de science, elles ont volontairement effectué un travail mémoriel et commémoratif afin de contrebalancer l’historiographie dominante construite alors par et pour les hommes. Par l’analyse minutieuse de ces sources, Anna Cabanel met au jour la manière dont les gigantesques congrès organisés dès les années 1920 jouent un rôle crucial dans la structuration des University Women comme collectif, mais également dans la promotion des idéaux de l’organisation. Les discussions qui y sont menées n’ont pas, à titre principal, un caractère strictement scientifique ; il ne s’agit pas tant de « <hi style="typo_Italique" rend="italic">faire de la science</hi> », que de construire collectivement une réflexion sur le rôle et la place des femmes dans le monde universitaire, et sur les conditions de production de la connaissance à une échelle internationale. Ces thèmes de discussion portent en eux les prémisses des réflexions menées à partir des années 1970 par le champ des Sciences Studies.</p><p style="txt_Normal">Deux dispositifs viennent rapidement s’ajouter à l’organisation de ces premiers congrès scientifiques féminins : la FIFDU crée dès les années 1920 des Clubhouses, lieux d’accueil, de rencontre et de résidence où voyageuses de passage, étudiantes et chercheuses peuvent se rencontrer, échanger, et parfois séjourner pour des durées de quelques jours à plusieurs mois. Les trois premiers sont fondés à Washington, Paris et Londres. La création de bourses internationales est un deuxième dispositif central de la FIFDU. En sélectionnant, sur des critères purement scientifiques, des candidates « <hi style="typo_Italique" rend="italic">prometteuses</hi> » au début de leur carrière, le groupe poursuit plusieurs buts. Il s’agit tout d’abord de compenser le caractère inégalitaire des aides et bourses existantes, massivement octroyées à des hommes, et de donner à l’élite des intellectuelles la possibilité de profiter de financements et d’opportunités qui leur sont jusqu’alors quasi complètement fermées. Les lauréates ont ainsi la possibilité de financer des séjours de recherche dans des universités et des laboratoires étrangers de haut niveau, et de tisser des réseaux d’interconnaissance avec l’élite internationale des chercheurs et chercheuses travaillant dans leur champ disciplinaire. Ce faisant, elles ont la possibilité d’accroître leur propre légitimité scientifique et de donner un essor significatif à leurs carrières universitaires.</p></div><div type="section1" xml:id="div03"><head style="T_1" subtype="level1">Portraits de femmes : les présidentes et les boursières</head><p style="txt_Normal">Anna Cabanel analyse ainsi les trajectoires des présidentes successives et des lauréates des programmes de bourses et d’échanges, et montre comment elles ont pu capitaliser sur ces expériences et les réseaux ainsi créés pour obtenir des postes d’enseignement, de recherche, voire de direction qui leur étaient jusque-là inaccessibles. En menant une recherche de type prosopographique à partir des dossiers des lauréates des différentes bourses, l’autrice met également au jour les normes et les attentes, explicites et implicites, auxquelles ces dernières ont dû se conformer pour bénéficier du soutien financier et symbolique de l’organisation. La persona façonnée au cours de ce processus repose sur des critères de nature quasi exclusivement scientifique, s’inscrivant dans les registres masculins préexistants. Ainsi, les University Women, dans ces premières années de fonctionnement de la FIFDU, ne cherchent pas à contester le système existant, mais à s’y « <hi style="typo_Italique" rend="italic">infiltrer</hi> » en s’en appropriant les normes et les codes afin de permettre aux femmes de bénéficier d’un capital scientifique et symbolique dans un champ dont elles étaient jusqu’alors exclues.</p><p style="txt_Normal">Le système élitiste et méritocratique d’attribution des bourses de la FIFDU, en récompensant et en donnant un soutien symbolique et financier aux femmes scientifiques selon les mêmes critères que ceux utilisés pour juger l’excellence de leurs homologues masculins, espère dépasser les préjugés qui entravent la reconnaissance des femmes scientifiques. Ce faisant, il contribue à battre en brèche les préjugés sur l’incompatibilité supposée de la <hi style="typo_Italique" rend="italic">« nature féminine »</hi> avec les études et la recherche scientifique. On peut cependant considérer que ce positionnement contribue dans le même temps à renforcer les inégalités qu’il entend combattre, en associant les idéaux et répertoires scientifiques à des valeurs traditionnellement associées aux hommes : virilité, esprit d’aventure, absence de contraintes familiales et liberté de mouvement. Anna Cabanel montre, par ailleurs, que ce système contribue par son fonctionnement même à reproduire et perpétuer des privilèges existants, sur le plan des inégalités entre les classes sociales comme sur celui des inégalités entre les pays adhérents à la fédération. L’autrice note ainsi que « <hi style="typo_Italique" rend="italic">Les informations accessibles montrent que la plupart des boursières sont issues de familles aisées, appartenant à une bourgeoisie intellectuelle, et s’inscrivent même parfois dans une dynastie d’universitaires</hi> ».</p></div><div type="section1" xml:id="div04"><head style="T_1" subtype="level1">Évolution d’une organisation</head><p style="txt_Normal">Lors de sa fondation, la FIFDU se veut résolument apolitique et non-féministe : elle s’inscrit de manière volontariste dans les champs de la neutralité et de la rationalité scientifique, en apparence détachées des contingences historiques et nationales.</p><p style="txt_Normal">La stratégie déployée est celle d’une « <hi style="typo_Italique" rend="italic">infiltration douce</hi> », qui se caractérise par sa nature non transgressive et pragmatique, par opposition à un féminisme ouvertement revendicatif. Conscientes du caractère hégémonique des structures et des représentations institutionnelles et sociales de leur époque, les premières dirigeantes n’ont pas cherché à les renverser, mais à proposer une déclinaison et une incarnation féminine de la persona scientifique, basée sur les critères et les codes scientifiques et masculins alors hégémoniques. Elles ont ainsi volontairement circonscrit leur action et leurs discussions exclusivement aux problèmes rencontrés par les femmes dans les mondes universitaire et scientifique afin de ne pas empiéter sur le travail d’autres organisations féminines d’une part, et de ne pas subir de critiques au titre d’un féminisme vu comme trop revendicatif d’autre part. Engagée dans la promotion des femmes, la FIFDU des premières années ne s’est pour autant jamais réclamé du mouvement féministe, et s’en est même régulièrement écartée officiellement. En parallèle, la FIFDU de l’entre-deux-guerres s’est longtemps positionnée comme une organisation apolitique, au nom de la neutralité et de l’éthique universaliste de la science.</p><p style="txt_Normal">Le contexte européen de plus en plus tendu des années 1930 et 1940 vient remettre en question ce double positionnement aféministe et apolitique de la FIFDU. Le climat antiféministe et la montée des nationalismes mettent à mal le rêve internationaliste et la volonté de soutenir les carrières des femmes en fonction de leur seul mérite et sans considération des situations personnelles. La FIFDU est finalement amenée, non sans tensions et conflits internes, à infléchir son positionnement initial, et à prendre plus clairement position contre les discriminations raciales et antisémites et contre les mouvements réactionnaires visant à exclure les femmes des sphères de pouvoir et de la vie publique.</p><p style="txt_Normal">Ainsi, bien que d’une portée et d’une notoriété bien plus limitées que celles de ses homologues masculins, la FIFDU, ses adhérentes et des dirigeantes, ont contribué de manière inégalée à légitimer, dans la première moitié du XX<hi style="typo_Exposant" rend="sup">e</hi> siècle, la place des femmes dans le champ scientifique et dans les postes supérieurs du champ universitaire.</p></div></div></body></text></TEI>