<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><TEI xmlns="http://www.tei-c.org/ns/1.0" xmlns:ns5="http://www.w3.org/1999/xlink" xmlns:ns4="http://www.w3.org/2001/XInclude" xmlns:ns2="http://www.w3.org/1998/Math/MathML" xmlns:ns="http://www.tei-c.org/ns/1.0" change="metopes_edition"><teiHeader><fileDesc><titleStmt><title type="main" key="bbf-2026-00-0000-025" subtype="focus2020" when="2026" n="1">1826-2026, 200 ans d’Histoire, de collecte de mémoire et de transmission des savoirs. Entretien avec István Monok, directeur de la Bibliothèque et des archives de l’Académie des sciences de Hongrie • 2/2 : construction de la mémoire, continuité des savoirs et rôle des bibliothèques savantes à l’âge numérique</title><author role="aut"><name>Cécile Swiatek Cassafieres</name><affiliation>Directrice du service commun de la documentation de l’Université Paris Nanterre et membre de l’Executive Board de LIBER – https://orcid.org/0000-0003-1066-4559</affiliation></author><author role="aut"><name>Dominique Varry</name><affiliation>Professeur émérite des universités, historien français, spécialiste d’histoire du livre – https://orcid.org/0000-0001-6072-7664</affiliation></author></titleStmt><publicationStmt><ab type="lodel"><date>24/09/2026</date></ab></publicationStmt><sourceDesc><bibl/></sourceDesc></fileDesc><encodingDesc><appInfo><application ident="Word-tpl" version="1.0"><label>Word template</label><desc>Version of MS Word template used</desc><ref target="#"/></application><application ident="circe-Metopes" version="0.0.103"><label>Circé</label><desc>Document converted into TEI using Circé application (doc2tei pipeline).</desc><ref target="#"/></application><application ident="commons-publishing-metopes" version="1.0"><label>Schéma XML-TEI</label><desc>Commons Publishing Métopes 1.0</desc><ref target="#"/></application><application ident="commons_2_metopes" version="1.0"><label>Conversion Commons vers Métopes v3</label><desc>XSL commons_2_metopes</desc></application></appInfo><tagsDecl><rendition scheme="css" xml:id="list-disc">list-style-type:disc;</rendition></tagsDecl><editorialDecl><normalization rendition="notes"><p select="restart" rendition="note"/><p select="restart" rendition="table"/><p select="restart" rendition="annexe"/><p select="restart" rendition="floatingText"/></normalization></editorialDecl></encodingDesc><profileDesc><langUsage><language ident="fr-FR"/></langUsage></profileDesc><revisionDesc><change type="creation" when="2026-09-24">Conversion Commons vers Métopes v3</change><change type="creation" when="2026-09-24">XML-TEI file creation</change></revisionDesc></teiHeader><text type="article" xml:id="text"><front><titlePage><docTitle><titlePart style="T_3_Article" type="main">1826-2026, 200 ans d’Histoire, de collecte de mémoire et de transmission des savoirs. Entretien avec István Monok, directeur de la Bibliothèque et des archives de l’Académie des sciences de Hongrie • 2/2 : construction de la mémoire, continuité des savoirs et rôle des bibliothèques savantes à l’âge numérique</titlePart></docTitle><docAuthor style="txt_auteur">Cécile Swiatek Cassafieres</docAuthor><byline style="auteur_Institution"><affiliation xml:id="aff01">Directrice du service commun de la documentation de l’Université Paris Nanterre et membre de l’Executive Board de LIBER – <ref target="https://orcid.org/0000-0003-1066-4559">https://orcid.org/0000-0003-1066-4559</ref></affiliation></byline><docAuthor style="txt_auteur">Dominique Varry</docAuthor><byline style="auteur_Institution"><affiliation xml:id="aff02">Professeur émérite des universités, historien français, spécialiste d’histoire du livre – <ref target="https://orcid.org/0000-0001-6072-7664">https://orcid.org/0000-0001-6072-7664</ref></affiliation></byline></titlePage></front><body><div type="chapitre" xml:id="mainDiv"><p style="txt_Normal">À l’occasion de la célébration du bicentenaire de l’Académie des sciences de Hongrie, celui qui a été fait Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres de la République française en 2004 accorde pour le <hi style="typo_Italique" rend="italic">Bulletin des bibliothèques de France </hi>(<hi style="typo_Italique" rend="italic">BBF</hi>) un entretien exclusif à Cécile Swiatek Cassafieres, membre de l’Executive Board de la Ligue des bibliothèques européennes de recherche (LIBER) en charge des « Rights &amp; Values », directrice des bibliothèques de l’Université Paris Nanterre. L’entretien a été préparé avec l’aimable participation de Dominique Varry, professeur émérite des universités, historien français, spécialiste d’histoire du livre. Nous avons en mémoire le regretté Frédéric Barbier, bibliothécaire et historien français du livre, proche collaborateur et ami du professeur Monok.</p><p style="txt_Normal">Les réponses à ces questions ont été rédigées personnellement par le professeur Monok directement dans la langue de Molière, une des nombreuses langues qu’il maîtrise. Il en dit : « <hi style="typo_Italique" rend="italic">Si quelqu’un a l’amabilité de les lire, il verra au moins comment, aujourd’hui, en 2026, un directeur de bibliothèque hongrois perçoit le monde</hi> ».</p><p style="txt_Normal">Les auteurs de cet entretien écrit espèrent faire émerger à la fois l’histoire longue, la dimension européenne et le témoignage personnel du professeur Monok relatifs à la Bibliothèque et archives de l’Académie des sciences de Hongrie et à l’avenir, plus général, de nos services de bibliothèques et de nos institutions.</p><div type="section1" xml:id="div01"><head style="T_1" subtype="level1">La Bibliothèque de l’Académie des sciences de Hongrie : deux siècles de construction de la mémoire</head><sp rend="question"><p rend="question">Cécile Swiatek Cassafieres • La Bibliothèque de l’Académie s’est constituée presque dès l’origine de l’institution. Selon vous, quelle était la fonction fondamentale de la bibliothèque dans le projet académique de 1825 ? Un lien est-il à établir avec la Bibliothèque impériale de Vienne ?</p></sp><sp rend="answer"><p rend="answer"><hi style="typo_gras" rend="bold">István Monok</hi> • La date symbolique de la fondation de l’Académie hongroise des sciences est le 3 novembre 1825, tandis que celle de la bibliothèque est le 17 mars 1826. La première a été fondée par un comte hongrois catholique, István Széchenyi, et la seconde par un comte hongrois de confession helvétique (calviniste), József Teleki. La religion est importante car il fallait obtenir l’autorisation de fondation auprès de la cour des Habsbourg. Plusieurs membres de la famille Teleki auraient souhaité fonder une académie ; le père du comte susmentionné avait d’ailleurs publié son projet en allemand (Vienne, 1810). Il souhaitait créer une institution scientifique accordant une place prépondérante aux sciences naturelles et aux connaissances en ingénierie. La bibliothèque fut également enrichie dans ce but. L’Académie fut finalement créée « <hi style="typo_Italique" rend="italic">pour la défense et la promotion de la langue et de la littérature hongroises</hi> ». La langue hongroise utilisée dans les sciences naturelles et l’ingénierie en faisait partie, mais jusqu’à la fin du XIX<hi style="typo_Exposant" rend="sup">e</hi> siècle, un seul naturaliste devint membre de l’Académie.</p><p rend="answer">La bibliothèque s’est rapidement enrichie grâce aux dons de grandes familles aristocratiques (Teleki, Batthyány, etc.), mais ce n’est qu’en 1865, avec l’inauguration du palais actuel de l’Académie, qu’elle a trouvé un emplacement digne de ce nom, doté d’une salle de lecture. Elle a rapidement mis en place des relations d’échange internationales, mais celles-ci concernaient principalement les bibliothèques des académies étrangères. La Bibliothèque impériale de Vienne en faisait également partie, mais ses fonds étaient principalement destinés à la recherche sur les sources historiques. L’actuelle Bibliothèque nationale autrichienne peut véritablement être qualifiée de deuxième bibliothèque nationale hongroise, tant ses fonds hongrois sont importants, en particulier jusqu’aux années 1920. Paradoxalement, c’est aujourd’hui la plus grande collection numérique hongroise pour cette période.</p></sp><sp rend="question"><p rend="question">Cécile Swiatek Cassafieres • Comment la bibliothèque a-t-elle traversé les grandes ruptures politiques et historiques qu’a connues la Hongrie depuis deux siècles, sans perdre sa continuité intellectuelle ?</p></sp><sp rend="answer"><p rend="answer"><hi style="typo_gras" rend="bold">István Monok</hi> • Pendant la révolution et la guerre d’indépendance de 1848-1849, la bibliothèque était installée dans un palais de Pest ; heureusement, elle n’a pas été endommagée lors du siège autrichien de la ville. Le fonctionnement de l’Académie a été restreint jusqu’en 1858, date à laquelle toutes les réunions étaient contrôlées par les autorités autrichiennes. L’un de ses âges d’or, à l’instar de celui du pays, s’étendit de l’époque du Compromis austro-hongrois (1867) jusqu’à la Première Guerre mondiale. Il prit fin en Hongrie avec la prise du pouvoir par les communistes, dont le commissaire suspendit également le fonctionnement de l’Académie. La bibliothèque parvint toutefois à préserver l’intégrité de ses fonds. Pendant la grande crise économique mondiale (1929-1930), l’Académie a fait faillite, mais la bibliothèque a pu s’enrichir considérablement grâce à un don d’une famille comtale (la famille Vigyázó). Pendant la Seconde Guerre mondiale, Budapest fut détruite et le bâtiment de l’Académie fut également touché par des bombes. Le fonds de la bibliothèque ne fut endommagé que dans une faible mesure, les pertes touchant plutôt les archives (et le bâtiment). La prise du pouvoir par les communistes après 1948 et les années 1950 n’ont pas favorisé les relations internationales ; l’achat de livres « occidentaux » est devenu impossible et les échanges ont été interrompus. Malgré cela, le fonds de la bibliothèque n’a pas été « purgé » des ouvrages non communistes ou d’inspiration socialiste. En 1956, lors de la révolution, seul le bâtiment a été endommagé.</p><p rend="answer">À partir de la seconde moitié des années 1970, l’enrichissement du fonds et la modernisation des services ont bien progressé ; aujourd’hui, seules des contraintes financières entravent nos activités.</p><p rend="answer">Jusqu’au XXI<hi style="typo_Exposant" rend="sup">e</hi> siècle, les responsables de la bibliothèque ont toujours été issus des sciences humaines.</p></sp><sp rend="question"><p rend="question">Cécile Swiatek Cassafieres • Peut-on dire que la bibliothèque a été, à certains moments de l’histoire, un lieu de résistance silencieuse, de préservation de savoirs menacés, voire d’ouverture sur l’extérieur ?</p></sp><sp rend="answer"><p rend="answer"><hi style="typo_gras" rend="bold">István Monok</hi> • La Bibliothèque de l’Académie, à l’instar de nombreuses autres bibliothèques et archives importantes, n’était pas une institution politisée. Elle a toutefois souvent accueilli des chercheurs victimes de la politique scientifique. Leur nombre a notamment augmenté dans les années 1950, 1960 et 1970. C’est là un paradoxe typiquement d’Europe centrale, qui renvoie à la question de savoir si la bibliothèque est aussi un institut de recherche. Des académiciens de renom et des professeurs d’université ont travaillé pendant des décennies dans les bibliothèques, parce qu’ils ne pouvaient pas enseigner à l’université ou n’avaient pas obtenu de poste de chercheur ni de subvention de recherche. Cela a toutefois considérablement amélioré les performances scientifiques des bibliothèques et la qualité du traitement des documents rares. Le premier règlement de gestion des bibliothèques a été rédigé par un spécialiste de la littérature, tandis que les recommandations relatives aux normes de traitement des manuscrits, toujours en vigueur aujourd’hui, ont été formulées par un historien.</p></sp><sp rend="question"><p rend="question">Cécile Swiatek Cassafieres • À travers les collections, observe-t-on des strates successives de visions du monde, reflétant les périodes d’ouverture, de repli ou de dialogue européen de la Hongrie ?</p></sp><sp rend="answer"><p rend="answer"><hi style="typo_gras" rend="bold">István Monok</hi> • Dans une certaine mesure, oui, mais en général non. L’essentiel de l’enrichissement de la collection provient de l’intégration de nombreuses bibliothèques privées. Les collectionneurs de bibliothèques privées ont d’autres critères.</p><p rend="answer">Depuis sa création, la bibliothèque a accepté les collections de livres et les revues proposées par les académies partenaires. Tout au plus, à certaines époques – par exemple dans les années 1950 –, les ouvrages de certains auteurs jugés inacceptables par le pouvoir n’étaient pas accessibles à tout le monde. À l’université, par exemple, les étudiants n’y avaient pas accès. Mais les membres de l’Académie, les lecteurs de la bibliothèque académique, n’étaient touchés par ces interdictions que de manière sporadique.</p><p rend="answer">Les restrictions concernaient les ouvrages que l’on souhaitait acheter : l’Académie n’avait tout simplement pas les moyens financiers nécessaires à certaines périodes. Dans les années 1950 et 1960, il fallait demander des « devises occidentales » en justifiant ce que l’institution souhaitait acquérir. En raison de ces restrictions financières, l’acquisition de nombreux ouvrages modernes a pris un retard considérable. C’est pourquoi, encore aujourd’hui, nous acceptons parfois la bibliothèque d’un chercheur d’Europe occidentale à titre de legs. Cela permet de combler plus rapidement les lacunes.</p></sp></div><div type="section1" xml:id="div02"><head style="T_1" subtype="level1">Bibliothèques, sciences et pouvoir : une histoire sensible</head><sp rend="question"><p rend="question">Cécile Swiatek Cassafieres • L’histoire des académies et des bibliothèques savantes est aussi une histoire de leurs relations aux pouvoirs politiques. Comment analysez-vous, sur le temps long, ces relations parfois complexes ?</p></sp><sp rend="answer"><p rend="answer"><hi style="typo_gras" rend="bold">István Monok</hi> • La nature du pouvoir est immuable. Ce ne sont que de belles paroles, ou plutôt des slogans populistes (tout politicien est populiste, sinon il ne remporte pas d’élection), et tout système est tel que George Orwell le décrit dans <hi style="typo_Italique" rend="italic">La ferme des animaux</hi> : il y a des égaux et des plus égaux. On peut proclamer hypocritement que notre système de pouvoir est « démocratique », cela fait partie du théâtre du pouvoir. Tout comme le fait que nous alimentons ce pouvoir. En grande partie, c’est l’élite économique qui se cache derrière – et qui, au fond, est composée des mêmes personnes à travers l’histoire –, mais aussi les couches sociales qui veulent toujours se conformer au pouvoir, y compris l’intelligentsia. Les universitaires, ou même les bibliothécaires, ne font pas exception. Pourtant, l’intellectuel doit, par définition – <hi style="typo_Italique" rend="italic">eo ipso</hi> –, être dans l’opposition. Il raisonne à partir de valeurs, ce qu’un politicien ne peut se permettre. Ce dernier privilégie l’intérêt et ne crée de valeur que si celle-ci correspond aux intérêts de ceux qui le soutiennent.</p><p rend="answer">L’Académie hongroise des sciences a été fondée dans le cadre d’un mouvement national. Il y avait là une certaine contradiction dans le Royaume de Hongrie du XIX<hi style="typo_Exposant" rend="sup">e</hi> siècle, car celui-ci était multiethnique. Les églises et l’intelligentsia rassemblaient souvent des personnes appartenant à différentes nations autour d’un même objectif. La langue latine masquait quelque peu ces tensions, car dès la seconde moitié du XVII<hi style="typo_Exposant" rend="sup">e</hi> siècle, des mouvements visant à renforcer l’identité propre à chaque groupe ethnique, des mouvements intellectuels (qui n’avaient alors encore aucun caractère politique), avaient vu le jour. La Transylvanie en est un excellent exemple : là-bas, les membres des différentes confessions religieuses ont fondé séparément des « bibliothèques nationales » et créé des « académies » (à commencer par des associations culturelles). Les catholiques hongrois à Alba Iulia (Gyulafehérvár) en 1798, les Allemands luthériens à Sibiu (Nagyszeben, Hermannstadt) en 1803, les Hongrois de confession helvétique à Tîrgu Mureş (Marosvásárhely), les Roumains grecs-catholiques (unités) à Blaj (Balázsfalva) pouvaient considérer la bibliothèque du lycée, créée à la toute fin du XVII<hi style="typo_Exposant" rend="sup">e</hi> siècle, comme leur collection centrale, mais pour tous les Roumains (orthodoxes et grecs-catholiques), c’est la bibliothèque de l’Asociația Transilvană pentru Literatura Română și Cultura Poporului Român (ASTRA, en français, Association transylvaine pour la littérature roumaine et la culture du peuple roumain), une association culturelle fondée à Sibiu en 1861 qui est devenue une institution nationale. Le pouvoir a entravé les aspirations nationales hongroises. Si l’on reste en Transylvanie, la Société transylvanienne pour la promotion de la langue hongroise, créée en 1791, n’obtint pas l’autorisation impériale, tout comme l’Académie des sciences hongroise de Transylvanie, qui resta un simple projet en 1842. Ce n’est qu’en 1858 que la cour de Vienne autorisa la création d’une Association du Musée de Transylvanie.</p><p rend="answer">C’est aussi pour cette raison qu’une certaine idéologie s’est développée autour de l’Académie hongroise des sciences, et qu’elle a pu se développer presque exclusivement grâce à des dons privés, car son activité était liée, outre à un engagement envers les sciences, à une rhétorique sereine et fondée sur des arguments, et, en fin de compte, aux mouvements nationaux hongrois. C’est aussi pour cette raison que son fonctionnement a été suspendu lors de la prise du pouvoir par les communistes après la Première Guerre mondiale (sous la direction du commissaire à la philosophie György Lukács), tout comme la bibliothèque ne comptait pas un grand nombre d’ouvrages à caractère communiste. Mais la politique culturelle et scientifique de l’entre-deux-guerres a également soutenu ses activités en raison du caractère national de l’Académie, car la Hongrie, vaincue et humiliée (diktat de la paix de Trianon) s’efforçait, dans sa politique scientifique, de faire connaître son passé et sa culture aux peuples européens (c’est à cette époque qu’ont été fondés, dans les capitales européennes, les instituts de recherche à l’origine, le réseau des <hi style="typo_Italique" rend="italic">Collegium Hungaricum</hi>, prédécesseurs de l’Institut hongrois situé aujourd’hui rue Bonaparte à Paris). L’Académie n’était en aucune manière antisémite ou anticommuniste (l’institution ne peut d’ailleurs pas avoir d’orientation politique), mais dans les années 1930, aucun académicien juif n’a été élu. La volonté de se conformer à l’esprit du temps était donc présente chez les gens, y compris au sein de l’intelligentsia académique.</p><p rend="answer">Ces changements de pouvoir n’ont pas laissé de traces notables dans les fonds de la bibliothèque : celle-ci s’est concentrée sur la littérature scientifique internationale et, à l’apogée des échanges internationaux, entre les deux guerres mondiales, elle a organisé des échanges de publications avec près de 2 000 institutions. En effet, la production scientifique hongroise a publié un nombre considérable d’ouvrages en langue internationale, principalement en allemand et en français, grâce au prestige de l’Académie. C’est cela qui a constitué la base des échanges (et non la littérature spécialisée en hongrois), parallèlement à l’édition de sources importantes (il s’agissait principalement de sources latines et allemandes).</p><p rend="answer">Par cette digression qui peut sembler longue, je voudrais dire que l’Académie et sa bibliothèque ont su jouer un rôle de contrepoids face aux excès du pouvoir politique de l’époque, du moins en ce qui concerne l’image de la Hongrie présentée à l’étranger. Cela ne suffisait bien sûr pas pour l’image de la Hongrie, mais cela fonctionnait encore un peu, même lorsque, dans les années 1950, de graves ingérences politiques directes caractérisaient la vie interne de l’Académie et de la bibliothèque. Tout comme l’Académie n’a pas pu contrebalancer le jugement porté sur l’ère Viktor Orbán, qui s’est achevée en 2026, il est vrai que le poids de la science est très faible face aux médias modernes : ainsi, cette période est également mal connue à l’étranger, conformément à ce que le pouvoir attendait de la presse et des faiseurs d’opinion (influenceurs – ceux-là même qu’on appelait, au Moyen Âge : inquisiteurs) dans les différents pays.</p></sp><sp rend="question"><p rend="question">Cécile Swiatek Cassafieres • En tant que directeur de la Bibliothèque et des archives de l’Académie des sciences de Hongrie aujourd’hui, et précédemment à la Bibliothèque nationale de Hongrie, comment pensez-vous que l’on puisse ou que l’on devrait aujourd’hui concilier la mission scientifique, la responsabilité patrimoniale et les contraintes institutionnelles ou politiques ?</p></sp><sp rend="answer"><p rend="answer"><hi style="typo_gras" rend="bold">István Monok</hi> • La mission scientifique et la responsabilité envers le patrimoine sont parfaitement compatibles, voire se renforcent mutuellement. Je suis convaincu que les bibliothèques, mais pas seulement elles, n’ont pas le droit de trier leurs fonds pour des raisons politiques, morales ou autres : l’intégralité de la collection constitue le patrimoine. La pornographie au même titre que le livre de prières. Certes, on trouve rarement de la pornographie ou des livres de prières dans les bibliothèques scientifiques, mais il peut très bien exister une collection spéciale dont l’intégrité mérite d’être préservée pour des raisons scientifiques. Par exemple, la collection privée d’une personnalité culturelle ou scientifique éminente (qui peut justement comprendre les deux types d’ouvrages mentionnés, ensemble ou séparément).</p><p rend="answer">Tout comme un chercheur doit connaître l’exhaustivité des sources relatives à son sujet de recherche, les bibliothèques doivent traiter, mettre à disposition (de manière traditionnelle et numérique, en libre accès) et conserver l’intégralité de leur collection.</p><p rend="answer">Les contraintes institutionnelles et politiques sont bien plus lourdes. La grande question est en effet de savoir quand nous tombons dans l’excès, c’est-à-dire quand nous commençons à commettre des fautes (<hi style="typo_Italique" rend="italic">Omne quod est nimirum, vertitur ad vitium</hi> – Tout excès mène au vice). Dans le discours politique actuel, il convient de formuler cela « <hi style="typo_Italique" rend="italic">comme il faut</hi> » en se demandant « <hi style="typo_Italique" rend="italic">où se trouve la ligne rouge</hi> » que nous ne devons pas franchir. L’une des choses les plus difficiles dans le travail d’un dirigeant, c’est que lorsqu’il prend la parole, ce n’est pas en tant que simple citoyen qu’il s’exprime – même s’il commence son discours en précisant « <hi style="typo_Italique" rend="italic">je m’exprime ici en tant que simple citoyen</hi> » –, mais c’est l’institution qui s’exprime à travers lui. Autrement dit, ce qu’il pourrait dire ouvertement en tant qu’homme, il ne peut pas le faire en tant que dirigeant. Ou alors seulement en privé, car il serait insensé de contredire publiquement un ministre : celui-ci ripostera même s’il reconnaît par ailleurs le bien-fondé de notre argument (le sort d’un homme politique n’est pas toujours facile, un ministre ne peut pas montrer qu’il se trompe, et encore moins qu’il est faible). Il n’existe toutefois aucune contrainte qui nous oblige à transmettre à un autre – et surtout pas à la presse – une opinion critique à l’égard d’un fonctionnaire de l’administration publique. En effet, l’intermédiaire a lui aussi ses propres intérêts personnels et institutionnels.</p></sp><sp rend="question"><p rend="question">Cécile Swiatek Cassafieres • Que signifie, pour vous, la notion d’autonomie académique, et quel rôle concret une bibliothèque peut-elle jouer pour la garantir ?</p></sp><sp rend="answer"><p rend="answer"><hi style="typo_gras" rend="bold">István Monok</hi> • Pour moi, l’autonomie scientifique signifie qu’un scientifique peut poser n’importe quelle question ; personne n’a le droit de l’en empêcher, et aucune raison morale ou politique ne saurait justifier une telle restriction. Seuls les scientifiques eux-mêmes ont le droit et le devoir d’imposer des limites. Par exemple, le fait de ne pas rendre publique une hypothèse scientifique (tant qu’elle n’a pas abouti à un résultat vérifiable), mais de la présenter uniquement à ses partenaires scientifiques. Qu’ils en discutent et rendent public le résultat ; s’il n’y a pas de consensus, alors qu’ils rendent publics les arguments pour et contre exprimés au cours de la discussion.</p><p rend="answer">La liberté scientifique d’une institution signifie que les orientations de la recherche doivent être décidées conformément aux règles internes de l’institution, mais de telle sorte qu’aucun chercheur ne soit contraint d’effectuer des travaux contraires à ses propres convictions.</p><p rend="answer">Les bibliothèques peuvent constituer des garanties institutionnelles de la liberté scientifique si elles n’acceptent aucune mesure restrictive dans l’enrichissement de leurs collections – les contraintes financières étant bien sûr une exception –, et si elles appliquent les principes de l’accès libre dans l’utilisation traditionnelle et moderne de l’ensemble de leurs fonds documentaires : science ouverte (= libre accès, données de recherche ouvertes, science citoyenne). La science citoyenne (<hi style="typo_Italique" rend="italic">Citizen Science</hi>) peut être un outil entre les mains des bibliothèques, grâce auquel elles peuvent agir plus activement en faveur de la liberté de la recherche scientifique : simplement en jouant le rôle d’intermédiaire entre le scientifique et le citoyen menant une vie ordinaire.</p></sp></div><div type="section1" xml:id="div03"><head style="T_1" subtype="level1">Le présent et l’avenir : bibliothèques savantes à l’âge numérique</head><sp rend="question"><p rend="question">Cécile Swiatek Cassafieres • Le bicentenaire de la Bibliothèque de l’Académie des sciences de Hongrie se déroule à une époque de transformations majeures : numérisation, accès ouvert, intelligence artificielle. En quoi ces évolutions redéfinissent-elles le rôle d’une bibliothèque d’une académie comme celle des sciences de Hongrie ?</p></sp><sp rend="answer"><p rend="answer"><hi style="typo_gras" rend="bold">István Monok</hi> • Si je suis un vrai bibliothécaire, je dirai que le rôle des bibliothèques n’a pas changé depuis l’Antiquité. Il faut déterminer quels documents la bibliothèque doit posséder, les acquérir, les traiter de multiples façons et les mettre à la disposition de tous ceux à qui ils s’adressent (<hi style="typo_Italique" rend="italic">quibus expedit universis</hi>). Le changement, au cours de l’histoire, réside dans les outils du bibliothécaire et dans la question de savoir « à qui » l’accès est destiné.</p><p rend="answer">Les technologies numériques n’ont toutefois pas simplement modifié le parc d’outils, elles imposent au monde une autre façon de penser, d’un genre nouveau. Les bibliothécaires doivent penser différemment ; il ne suffit pas de se familiariser avec les nouveaux outils. Mais au-delà de cela, il faut aussi savoir que les technologies de l’information évoluent trop rapidement, car seuls les profits économiques intéressent leurs propriétaires. Or, la société ne change pas aussi vite. La bibliothèque doit donc également jouer un rôle de contrepoids. Elle doit ralentir les changements.</p><p rend="answer">De plus, la possession de la technologie est synonyme de pouvoir. Celui qui détient le pouvoir en abuse, comme dans les films de mafia : si l’on demande à un mafieux pourquoi il a tué quelqu’un, la réponse est simple : « parce que je le pouvais ». Le pouvoir agit simplement parce qu’il en a la possibilité. De ce point de vue, les technologies de l’information livrent l’humanité tout entière à la merci de quelques groupes. Ceux-ci profitent de l’occasion, mais un nouveau féodalisme est en train de se former, car le droit féodal repose sur le « <hi style="typo_Italique" rend="italic">jus usi et abusi</hi> », c’est-à-dire « le droit d’exercer le pouvoir et d’en abuser ».</p><p rend="answer">La bibliothèque fait contrepoids en s’engageant en faveur de la science ouverte et de l’information ouverte. Et encore une fois, en ce qui concerne l’exhaustivité : chaque document doit être présent dans l’espace numérique. Si ce n’est pas seulement 20 % de l’univers imprimé européen qui est accessible numériquement, mais près de 100 %, alors l’IA se rapprochera davantage de ce qu’est l’intelligence, car aujourd’hui, elle n’apprend encore que sur des données et des contenus qui ne sont pas entièrement vérifiés.</p><p rend="answer">Les bibliothécaires doivent recataloguer chaque document et les décrire à l’aide de métadonnées beaucoup plus détaillées, en collaboration avec les acteurs du monde scientifique, car le bibliothécaire n’est pas préparé à cela tout seul. C’est précisément pour nourrir l’apprentissage de l’IA que nous devons le faire. Ce faisant, le bibliothécaire devient, ou peut devenir, un scientifique.</p></sp><sp rend="question"><p rend="question">Cécile Swiatek Cassafieres • Pensez-vous que les bibliothèques savantes ont aujourd’hui une mission critique face à l’accélération de la circulation de l’information ?</p></sp><sp rend="answer"><p rend="answer"><hi style="typo_gras" rend="bold">István Monok</hi> • Oui, tout à fait. Une entreprise privée dotée de formidables capacités techniques et d’une supériorité technologique fait partie du monde des affaires. Cela signifie qu’il ne s’agit pas d’une institution caritative. Elle ne travaille que si cela génère des profits. Elle crée énormément de valeur, mais le libre accès, la science ouverte et la culture ouverte ne l’intéressent pas. Tout comme l’élaboration des « règles » internationales de la scientométrie est déjà entre les mains des grandes sociétés internationales anonymes : ce qu’elles vendent est scientifique, le reste est « prédateur », suspect, insuffisamment contrôlé (selon elles). Ou bien cela n’a tout simplement pas d’importance, comme la science en langue nationale (vernaculaire), c’est-à-dire si elle n’a pas été publiée en anglais.</p><p rend="answer">Les bibliothèques sont bien sûr soumises aux mêmes règles que celles qu’ils édictent, ou que les cercles sous leur influence édictent. Mais nous sommes nombreux à ne pas vouloir cela, c’est-à-dire que l’histoire des bibliothèques se poursuit : une résistance active ou passive, avec beaucoup, beaucoup de travail, un travail dont la mise en œuvre justifie la légitimité de nos intentions, même si certaines de nos actions sont illégales (irrégulières). Car l’intelligentsia doit savoir que ce qui est légal n’est pas forcément légitime.</p><p rend="answer">La bibliothèque est une bonne institution ; si elle s’associe aux autres bibliothèques, aux autres institutions de la mémoire, aux institutions scientifiques, elle peut alors formuler des propositions susceptibles de satisfaire les intérêts de ceux dont le métier est de réfléchir à ces intérêts.</p></sp><sp rend="question"><p rend="question">Cécile Swiatek Cassafieres • À la fois penseur du livre et praticien des bibliothèques, vous êtes devenu directeur de la Bibliothèque et des archives de l’Académie des sciences de Hongrie, grand établissement patrimonial, après plusieurs postes à responsabilité, notamment à la Bibliothèque nationale de Hongrie et des charges d’enseignement académique. Que change-t-on dans sa manière de penser l’histoire quand on devient dépositaire de cette histoire ?</p></sp><sp rend="answer"><p rend="answer"><hi style="typo_gras" rend="bold">István Monok</hi> • Si je devais répondre par un lieu commun, je ferais référence à l’expérience. Notre histoire propre est la somme de nos expériences personnelles. En repensant à la manière dont nous avons nous-mêmes évolué, et bien sûr à la manière dont les autres, ou plus précisément les institutions officielles et le pouvoir, se sont comportés à notre égard.</p><p rend="answer">Je suis convaincu qu’il ne suffit pas, pour le directeur général d’une bibliothèque nationale ou le directeur de la bibliothèque d’une académie nationale bicentenaire, de savoir simplement comment travailler en tant que responsable administratif d’une bibliothèque, en respectant les dispositions légales et les règles de gestion. Sans horizon culturel et scientifique, nous ne savons pas ce que nous devons gérer.</p><p rend="answer">C’est à la Bibliothèque nationale et à la Bibliothèque de l’Académie que j’ai appris comment les milieux scientifiques et culturels, ainsi que certaines personnalités éminentes, envisagent qui peut faire partie du patrimoine culturel national et sous quelle forme. Qui souhaitent-ils exclure de cette possibilité ? Et aussi comment cela s’est-il passé dans le passé, puisque les récits récents nous en apprennent beaucoup, grâce à la tradition orale vivante.</p><p rend="answer">En bref : nous verrons s’il est possible de raisonner par analogie en histoire. Si un acteur ressemble à une personne ayant vécu autrefois, si la situation historique présente des éléments similaires, peut-on parler d’une analogie valable ? Il existe des cas évidents dans notre propre vie. Par exemple, lorsque, lors de l’effondrement du régime de Ceaușescu, les services de sécurité ont incendié les fonds de la bibliothèque universitaire de Bucarest, « détruisant » les idées incitant à la révolution, ou encore lorsque les Serbes (la Bibliothèque nationale de Sarajevo) et les Croates (les Archives nationales de Sarajevo) ont incendié les institutions de la mémoire bosniaque afin d’effacer également la mémoire des habitants de la région. On comprend d’un seul coup pourquoi la Bibliothèque de l’Académie continue à ce jour de collecter des copies de tous les documents en rapport avec la Hongrie qu’elle peut trouver – autrefois sur microfilm, aujourd’hui sous forme numérique. Il existe des documents qui n’existent plus, détruits lors de la guerre serbo-croate des années 1990 : il ne reste que le microfilm, enregistré dans les années 1950.</p></sp></div><div type="section1" xml:id="div04"><head style="T_1" subtype="level1">Une parole de transmission</head><sp rend="question"><p rend="question">Cécile Swiatek Cassafieres • Avec deux siècles d’histoire derrière la Bibliothèque de l’Académie des sciences de Hongrie, que représente pour vous personnellement ce bicentenaire ?</p></sp><sp rend="answer"><p rend="answer"><hi style="typo_gras" rend="bold">István Monok</hi> • Au cours de cette année festive, la bibliothèque a reçu trois dons privés importants. Un couple de bibliothécaires à la retraite a sacrifié l’intégralité de la fortune qu’il avait mise de côté tout au long de sa vie pour acquérir une collection d’incunables mise en vente (64 incunables, dont 15 n’existent qu’en un seul exemplaire en Hongrie). Un antiquaire aujourd’hui décédé, dont le passe-temps consistait à collectionner et à répertorier bibliographiquement les publications universitaires des XVII<hi style="typo_Exposant" rend="sup">e</hi> et XVIII<hi style="typo_Exposant" rend="sup">e</hi> siècles, nous a fait don de l’intégralité de sa collection – composée en grande partie d’exemplaires uniques. Un historien de la littérature a fait don à la bibliothèque des manuscrits et des œuvres de son ancêtre maternel du XIX<hi style="typo_Exposant" rend="sup">e</hi> siècle (qui était académicien). Je pourrais continuer ainsi.</p><p rend="answer">Lorsque le palais de l’Académie a été construit (il a été achevé en 1865), l’intégralité des coûts de construction a été financée par des dons publics. Certains ont donné de grosses sommes, beaucoup n’ont acheté que dix briques. Autrement dit, au cours de ces 200 ans, l’idéal académique n’est pas mort. Selon un récent sondage d’opinion, l’Académie des sciences est l’institution la plus fiable aux yeux de la population hongroise. Elle arrive en tête, devant les pompiers, les ambulanciers et la police – et bien sûr les politiciens, qui occupent la dernière place du classement.</p></sp><sp rend="question"><p rend="question">Cécile Swiatek Cassafieres • Si vous aviez un message à adresser aux jeunes chercheurs, bibliothécaires et historiens du livre européens, quel serait-il ?</p></sp><sp rend="answer"><p rend="answer"><hi style="typo_gras" rend="bold">István Monok</hi> • Il y a un chanteur hongrois qui dit dans l’une de ses chansons : « <hi style="typo_Italique" rend="italic">Ne croyez jamais vos yeux !</hi> » Car souvent, on nous met de la lumière dans les yeux pour qu’il fasse sombre dans notre tête. Pour ma part, je pense qu’il faut apprendre à se connaître les uns les autres, et découvrir le chemin que d’autres ont parcouru. Ce ne sont pas des slogans ou de belles idées qu’il faut suivre, mais notre propre opinion fondée sur des connaissances concrètes. Si nous parvenons à formuler cela, à nous le dire les uns aux autres, à écouter l’opinion de chacun – en principe, personne ne peut être exclu de cette écoute –, alors nous pourrons travailler ensemble, et peut-être un jour penser de la même manière. Une société est ainsi, une autre est autrement. Il n’y a pas de changements rapides, car ceux-ci ne font que détruire. Les bibliothèques sont des institutions solides, elles doivent faire contrepoids aux changements rapides. Qu’elles changent, à l’image de la nature. Nous le savons, <hi style="typo_Italique" rend="italic">Natura non facit saltus</hi> (Leibniz, Linné) ; il n’y a pas non plus de sauts dans la société.</p></sp><sp rend="question"><p rend="question">Cécile Swiatek Cassafieres • Enfin, que souhaiteriez-vous que l’on retienne, dans 100 ans, du rôle de la Bibliothèque de l’Académie des sciences de Hongrie aujourd’hui ?</p></sp><sp rend="answer"><p rend="answer"><hi style="typo_gras" rend="bold">István Monok</hi> • Notre bibliothèque est moderne et remplit deux missions publiques essentielles : l’indexation de la production scientifique hongroise dans une base de données, et l’acquisition, pour l’ensemble du pays, des informations scientifiques numériques du monde entier. Nous sommes les porte-drapeaux du mouvement <hi style="typo_Italique" rend="italic">Open Science</hi>. Dans 100 ans, on se souviendra de nous comme de ceux qui ont su rester modernes tout au long du siècle suivant, en préservant le patrimoine culturel qui nous a été confié et en sachant toujours le présenter de manière innovante à la société, et en premier lieu au public scientifique.</p></sp><p style="txt_separateur" rend="break">***</p><floatingText type="encadre" subtype="Encadré"><body><div type="encadre"><head style="titreEncEncadré">Encadré. Biographie du professeur István Monok</head><div xml:id="floatingText1div1"><p style="txt_Normal">Professeur Dr Monok István</p><p style="txt_Normal">Főigazgató / <hi style="typo_Italique" rend="italic">director generalis, Bibliotheca et Archivum Academiae Scientiarum Hungaricae</hi></p><p style="txt_Normal">Egyetemi tanár / <hi style="typo_Italique" rend="italic">professor universitatis</hi>, Tokaj-Hegyalja Egyetem, Sárospatak – Hongrie.</p><p style="txt_Normal">Le professeur István Monok est un intellectuel humaniste et érudit d’Europe centrale de renommée internationale. Penseur et praticien du livre, de la lecture et des bibliothèques né en 1956, spécialiste des bibliothèques historiques et de la circulation des savoirs entre l’Est et l’Ouest de l’Europe, il a été témoin de transformations et de bouleversements politiques et académiques au fil de ses diverses fonctions depuis le début des années 1980. Directeur de la Bibliothèque et des archives de l’Académie des sciences de Hongrie depuis 2013, il conjugue érudition scientifique et responsabilité institutionnelle. Il défend une vision de la bibliothèque comme lieu de liberté intellectuelle, de conservation et d’accès aux mémoires de l’Europe et de dialogue au service de la société.</p><p style="txt_Normal">Pour mieux connaître l’œuvre, l’engagement et la production scientifiques du professeur István Monok en français :</p><p style="txt_Normal">• Mélanges en l’honneur d’Istvan Monok, ouvrage commémoratif à l’occasion de son 70<hi style="typo_Exposant" rend="sup">e</hi> anniversaire (2026) : <hi style="typo_Italique" rend="italic">Litterae et Amicitia : Ünnepi kötet Monok István 70</hi>. születésnapjára (eds. Viskolcz Noémi, Zvara Edina, N. Kis Tímea, &amp; Nagy Andor). (2026). Eszterházy Károly Katolikus Egyetem – Tokaj-Hegyalja Egyetem.</p><p style="txt_Normal">• Son CV : <ref target="https://monokistvan.hu/cvfrancais.html"><hi style="typo_souligne" rend="underline">https://monokistvan.hu/cvfrancais.html</hi></ref></p><p style="txt_Normal">• Ses publications dans de nombreuses langues : <ref target="https://monokistvan.hu/monokpubl_almenu.html"><hi style="typo_souligne" rend="underline">https://monokistvan.hu/monokpubl_almenu.html</hi></ref></p><p style="txt_Normal"><ref target="https://m2.mtmt.hu/gui2/?type=authors&amp;mode=browse&amp;sel=authors10004062"><hi style="typo_souligne" rend="underline">https://m2.mtmt.hu/gui2/?type=authors&amp;mode=browse&amp;sel=authors10004062</hi></ref></p><p style="txt_Normal"><ref target="https://orcid.org/0000-0001-7165-0252"><hi style="typo_souligne" rend="underline">https://orcid.org/0000-0001-7165-0252</hi></ref></p></div></div></body></floatingText></div><div type="section1" xml:id="div06"><head style="T_1" subtype="level1">Références</head><list type="unordered" xml:id="list1" rendition="#list-disc"><item style="txt_Liste_1">Mélanges en l’honneur d’István Monok, ouvrage commémoratif à l’occasion de son 70<hi style="typo_Exposant" rend="sup">e</hi> anniversaire (2026) : <hi style="typo_Italique" rend="italic">Litterae et Amicitia : Ünnepi kötet Monok István 70</hi>. születésnapjára (eds. Viskolcz Noémi, Zvara Edina, N. Kis Tímea, &amp; Nagy Andor). (2026). Eszterházy Károly Katolikus Egyetem – Tokaj-Hegyalja Egyetem. En ligne : <ref target="https://real.mtak.hu/241735/">https://real.mtak.hu/241735/</ref></item><item style="txt_Liste_1">Barbier Frédéric, Monok István (ed.). (2025) <hi style="typo_Italique" rend="italic">Les bibliothèques centrales et la construction des identités collectives</hi>. Leipzig, Leipziger Universitätsverlag, 2025 (coll. L’Europe en réseaux, contributions à l’histoire de la culture écrite, 1650-1918 ; 3). 3-86583-056-0 (édition complète) – 3-86583-050-1 (vol. 3 br.).</item><item style="txt_Liste_1">Kalydy Dóra (ed). (2026) <hi style="typo_Italique" rend="italic">Citizen Science in Central and Eastern Europe. </hi>A Magyar Tudományos Akadémia Könyvtárának közleményei = Publicationes Bibliothecae Academiae Scientiarum Hungaricae (54/129). Budapest, Library and Information Centre of the Hungarian Academy of Sciences, ISBN 978-615-679-225-9. DOI : <ref target="https://doi.org/10.36820/MTAKIK.KOZL.2026.1">https://doi.org/10.36820/MTAKIK.KOZL.2026.1</ref></item><item style="txt_Liste_1">Máté Ágnes. (2026) <hi style="typo_Italique" rend="italic">The Library of the Hungarian Academy of Sciences : Two Hundred Years of Growth in Anecdotes 1826-2026</hi>. Budapest, Library and Information Centre of the Hungarian Academy of Sciences – Hungarian Academy of Sciences, p. 8-465. ISBN 978-615-679-223-5. En ligne : <ref target="https://real.mtak.hu/238445/">https://real.mtak.hu/238445/</ref></item><item style="txt_Liste_1">[À paraître sur <ref target="https://real-eod.mtak.hu/">https://real-eod.mtak.hu/</ref>] : Actes des journées commémoratives du bicentenaire de la Bibliothèque de l’Académie des sciences de Hongrie, à Budapest, 12 au 14 mai 2026.</item></list></div></div></body></text></TEI>