Colloque
Colloque HyperOtlet - Documents et documentation : approche rétro-prospective

Organisateur : Enssib | CNRS

Date et horaire : 25/03/2021 09:00 - 26/03/2021 17:00

Adresse : Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord 20 Avenue George Sand 93210 Saint-Denis

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colloque hyperotlet
Présentation de l’évènement

À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, la documentation s’impose comme une notion nouvelle pour désigner une période de bouleversements dans les pratiques d’écriture, de communication et d’information, accélérées par la révolution industrielle et la Première Guerre mondiale et transformées par les innovations techniques. Le livre dans sa forme et ses fonctions connaît, après l’invention de l’imprimerie au XVe siècle, sa deuxième révolution industrielle à la suite du développement de nouveaux moyens d’impression (fabrication industrielle du papier, presse rotative), d’édition (grandes maisons d’édition), et de diffusion. La formation d’un nouveau public soutient le développement des nouveaux médias (photographie, presse, cinématographie, téléphone, gramophone, et plus tard télévision). Cet environnement favorise l’accroissement exponentiel et la diversification des formes du document (presse, manuels, photographies, film, disque, microfilm, fiches, affiches).

Ce mouvement s’amorce dès la fin du XVIIIe siècle mais il prend au XXe siècle une consistance et une ampleur inédites. La Première Guerre mondiale accélère encore la prolifération de documents dont la portée est principalement idéologique : tracts, journaux, affiches, photographies sont produits en telle quantité que l’on parle métaphoriquement d’un « orage de papier » (Christophe Didier).

Ce déluge documentaire confronte les institutions à des problèmes de gestion, de traitement et de conservation de l’information qui excèdent les systèmes traditionnels (bibliothèques, archives, musées). Se développent des initiatives qui tentent d’y répondre en inventant et en développant des moyens inédits de classification, de circulation et de conservation. Le juriste belge Paul Otlet (1868-1944) a consacré sa vie à multiplier des propositions pour structurer et mettre en forme ce qu’il a désigné comme la documentation, qu’il théorise dans son Traité de documentation en 1934. Cet ouvrage massif constitue un manifeste qui fonde la documentation et l’information comme sciences et disciplines à part entière, initiant par là un « nouveau régime documentaire » (Bertrand Müller) qui contamine le régime du livre imprimé, avant d’être supplanté par l’actuel « régime numérique » ou « computationnel » (Bruno Bachimont).

Ce traité fait l’objet du projet de recherche ANR HyperOtlet, qui vise à étudier les articulations multiples entre de nouveaux dispositifs documentaires et des modes d’organisation, de présentation et de visualisation des connaissances (https://hyperotlet.hypotheses.org/).

L’objectif de ce colloque est de considérer le Traité de documentation comme un prétexte, un analyseur à travers lequel toute une époque peut être interrogée, notamment dans son rapport à la documentation. Au lieu de considérer Paul Otlet comme un génie avant-gardiste précurseur du web, nous proposons une lecture « rétro-prospective » centrée sur les notions d’espace de savoirs, de matérialisation et de visualisation des connaissances dans la première partie du XXe siècle principalement, mais aussi jusqu’à nos jours. Ainsi, l’ambition de ce colloque est d’interroger la portée du paradigme documentaire au début du XXe siècle et de mesurer ses résurgences dans la période contemporaine sous la forme proclamée ici ou là du « retour du document ».

La notion de « rétro-prospective » permet ainsi d’embrasser différentes manières d’étudier l’œuvre de Paul Otlet et son contexte en articulant différentes méthodes de recherches, issues notamment des humanités digitales, pour ouvrir de nouvelles potentialités d’études sur des objets et concepts très contemporains : les interfaces, les dispositifs informationnels et communicationnels, les réseaux, les documents, les archives, les encyclopédies, les systèmes d’indexation, les milieux de savoirs.