Épreuves non corrigées

Question

Bonjour,
Responsable d'un bibliothèque de village, j'ai reçu en don des livres "épreuves non corrigées". Puis je les intégrer à nos collections ou les vendre via notre associations des amis de la bibliothèque ?
Merci par avance.
Bien cordialement.
 

Réponse

Date de la réponse :  09/09/2019

Vous avez reçu en don des épreuves non corrigées et vous vous interrogez sur leur destination finale : les intégrer à votre fonds ou bien les donner à vendre à l'Association des Amis de la bibliothèque.

 

L'intégration au fonds de ce type de documents requiert quelques précautions.

 

En effet, d'après la vidéo de la booktubeuse Audrey (le Souffle des mots), les épreuves non corrigées, même reliées, sont susceptibles de présenter des fautes ou des coquilles en nombre important.

 

Elles peuvent même, parfois, ne pas être la version définitive validée par l'auteur en vue de sa publication et de sa commercialisation.

Source : Comment ça marche ? Partenariats, services presse, épreuves non-corrigées... Youtube.com, 7 février 2015.

 

C'est pourquoi, à notre sens,  une bibliothèque publique se doit d'éviter de mettre en circulation de tels documents.

Par ailleurs, les bibliothécaires peuvent difficilement fermer les yeux sur le respect du droit moral des auteurs que nous allons aborder ci-dessous.

 

 

En ce qui concerne la vente, même par une association, cette pratique est formellement interdite car ces épreuves comportent la mention "interdit à la vente" d'après la vidéo de Audrey.

 

Cependant, depuis quelques années ces épreuves sont proposées sur des sites de vente en ligne.

Ce qui n'est pas sans faire réagir des journalistes.
En effet,  suite à la vente d'une épreuve non corrigée de l'ouvrage d'Hannu Rajaniemi, The Quantum Thief, sur le site d'enchères eBay, David Barnett a évoqué ce nouveau marché pour les collectionneurs :

Fool for proofs: the advance reading copy trade. David Barnet. The Guardian.com. 21 septembre 2011.

L'auteur pointait en particulier le non respect du droit moral de l'auteur que provoque cette pratique :

 

But if it's not strictly – or straightforwardly – a legal problem, it's certainly an ethical one. Proofs are designed to be a publicising tool for a book, not a substitute for it. If most proofs are uncorrected versions, they are not the version the author or their editors want in the world. And, of course, traded proofs generate no royalties for the author.

 

Le site ActuaLitté avait relayé cette information :

Les Épreuves de livres, prochaine passion des collectionneurs ?. Clément Solym . Actualitté,  22 septembre 2011.

 

Concernant l' atteinte au droit d'auteur, elle est aisée à comprendre lorsque l'on prend connaissance du guide sur le contrat d'édition proposé par le Conseil permanent des écrivains :

le droit moral de l'auteur est un droit imprescriptible : seul le dernier jeu d'épreuves comportant la mention "bon à tirer" est conforme à sa volonté.

 

Source : Contrat d’édition : comprendre ses droits,  contrôler ses comptes. Conseil permanent des écrivains, SNAC, 2007

Extrait (chapitre 2, "Obligations de l'auteur et de l'éditeur", p.33)

Le dernier jeu d’épreuves sur lequel l’auteur et l’éditeur se sont accordés, parfois porteur de la mention « bon à tirer », est une garantie pour l’auteur dans la mesure où il lui permet de s’assurer que la publication sera conforme à ce qu’il souhaite. Dans le cas de remise du texte sur support informatique, l’auteur doit en conserver un tirage sur papier qui seul fera foi de la conformité du texte.

Rappelons que l’éditeur ne peut ni ne doit, conformément à son obligation de respect du droit moral de l’auteur, apporter unilatéralement aucune modification (changement, suppression ou adjonction) à l’oeuvre qu’il doit publier.

 

 

En conséquent, il nous semblerait plus approprié de rediriger ces épreuves non corrigées vers des associations caritatives susceptibles de les distribuer gratuitement. Ou bien encore de les éliminer.