Bonjour, La fréquentation des bibliothèques publiques a-t-elle plutôt augmenté ou diminué ces 30 dernières années ? A-t-on une idée de l'impact du...

Question

Bonjour, La fréquentation des bibliothèques publiques a-t-elle plutôt augmenté ou diminué ces 30 dernières années ? A-t-on une idée de l'impact du développement numérique sur cette fréquentation ?

Réponse

Date de la réponse :  28/01/2014

Vous posez de vastes questions, qui sont au coeur des préoccupations de la profession, en France mais également dans le monde.

Nous vous répondrons en ce qui concerne les bibliothèques françaises.
Nous évoquerons dans un premier temps l'évolution de la fréquentation ces 30 dernières années, puis l'impact du numérique plus récemment.

A. La fréquentation des bibliothèques

De manière générale, on peut dire que l'utilisation des bibliothèques était en hausse jusqu'aux années 2000, mais qu'elle a commencé à baisser avec l'arrivée du numérique.

1. Évolution depuis 10 ans

Ces dernières années, on constate surtout une baisse des inscriptions et des emprunts.
Paradoxalement, malgré cette baisse des usages "traditionnels", la fréquentation continuait à progresser jusqu'à récemment - mais il semble que ce mouvement soit en train lui aussi de s'infléchir.
La dernière synthèse nationale sur l’usage des bibliothèques note en effet une baisse du nombre des inscrits et des emprunts, mais une hausse de la fréquentation depuis 2006 - hausse qui s’infléchit pour la première fois en 2011 :
- Bibliothèque municipales données d'activité 2011 synthèse nationale. Ministère de la culture - Service du livre et de la lecture : http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/61100-bibliotheque...

Extraits :

Sur les inscriptions :
« La tendance mise en évidence depuis plusieurs années se prolonge en 2011. Le niveau de « captation » des bibliothèques, mesuré par le taux d’inscrits par rapport à la population, continue sa lente érosion. Certes, le volume d’inscrits des bibliothèques ne s’est réduit que de -0,3 % entre 2010 et 2011. Cependant, sur cette même période, la population croissait de +1,2 %. Ainsi, le taux d’inscrits pour 100 habitants régresse de 0,3 point entre 2010 et 2011 pour s’établir à 17,6 inscrits. Toujours pour les bibliothèques, sur une période plus longue, entre 2006 et 2011, on note que le nombre d’inscrits actifs (en volume) est en recul de 2,7 %. Cette baisse relative correspond en fait à un recul du nombre moyen d’inscrits de 32 personnes. Si cette baisse peut sembler minime, la tendance linéaire semble constituer un mouvement de fond. En se hasardant à prolonger cette tendance à l’horizon 2020 (et en maintenant le taux de croissance de la population générale), on peut estimer que le taux passera légèrement sous le seuil des 15 inscrits pour 100 habitants. Les bibliothèques connaitraient alors une baisse d’un peu plus de 7 % de leurs inscrits par rapport à la situation de 2010.»

Sur les emprunts :
« La tendance observée pour les inscrits actifs se retrouve naturellement lorsque l’on s’intéresse aux emprunteurs, cependant de manière quelque peu amortie. En 2006, 81 % des inscrits en bibliothèques étaient emprunteurs. En 2011, cette proportion est de 83 %. (...) Ainsi, en 2011 pour les bibliothèques, on compte 14,6 emprunteurs pour 100 habitants, alors que ce ratio était de 15,7 en 2006. Si en volume, le recul n’est que de -0,5 % rapport à 2006 (le recul pour les inscrits étant de -2,7 %), la question posée est celle de la capacité des bibliothèques à renouveler leur public d’emprunteurs... »

Sur la fréquentation :
« Si l’on observe une baisse tendancielle du nombre d’inscrits ainsi que du nombre d’emprunteurs, il est important de souligner que la fréquentation des bibliothèques est pour sa part orientée assez nettement à la hausse. Il nous faut convenir que ce constat s’appuie sur des données fragiles, la question de la fréquentation étant mal renseignée par les bibliothèques répondant à cette interrogation. (...) selon les informations collectées et apurées, la fréquentation des bibliothèques aurait augmenté de 3 % par an entre 2006 et 2011, soit une hausse totale de +19 % tout au long de cette période. Le taux de fréquentation pour 100 habitants rapporte le volume de fréquentation à la population. Ce taux est largement supérieur à 100. En 2011, il s’établit à 222 pour les bibliothèques. Autrement formulé, un habitant d’une commune couverte par une bibliothèque la fréquente en moyenne 2,2 fois par an. Cet indicateur aurait très sensiblement progressé entre 2006 et 2011, passant de 2,0 à 2,2. L’année 2011 marque cependant une pause dans la progression observée depuis 2006. »

Pour aller plus loin, nous vous signalons la principale enquête qualitative sur l'usage des bibliothèques, dont les résultats ont été publiés 2007 :
- Maresca, Bruno. Les bibliothèques municipales en France après le tournant Internet : attractivité, fréquentation et devenir / Bruno Maresca ; avec la collaboration de Christophe Evans et de Françoise Gaudet. Paris : Bibliothèque publique d'information - Centre Pompidou, 2007. Présentation sur le site de l'éditeur : http://editionsdelabibliotheque.bpi.fr/livre/?GCOI=84240100906160
Extrait : "La phase terrain de l’enquête, à la fois qualitative et quantitative, ayant été conduite fin 2005, soit à une période charnière pour la France où l’on a assisté à un véritable « basculement dans la société Internet », on voit se dessiner ici (...) des formes avérées de concurrence mais aussi de complémentarité entre les bibliothèques publiques et l’usage d’Internet au domicile ; on mesure l’ampleur de l’évolution considérable de la fréquentation non inscrite et le développement d’une forme d’usage consumériste typique des médiathèques modernes..."

En 2010, au regard des résultats de la dernière enquête sur les pratiques culturelles des français, Claude Poissenot mettait en cause les conclusions optimistes de cette enquête :
- La fréquentation en questions. Claude Poissenot. BBF, 2010, n° 5 :http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2010-05-0067-013

2. Évolution depuis 30 ans

Une synthèse sur l’évolution des pratiques culturelles de 1973 à 2008 indique que la fréquentation des bibliothèques a augmenté dans les années 1980 et 1990, mais que ce mouvement marque le pas ces dernières années :
- Pratiques culturelles, 1973-2008 Dynamiques générationnelles et pesanteurs sociales. Olivier Donnat. Culture études, n° 7, 2011 : http://www.pratiquesculturelles.culture.gouv.fr/doc/evolution73-08/CE-20...
Extrait :
« L’augmentation de la fréquentation des bibliothèques témoigne de la relative autonomie de cette activité par rapport à la lecture de livres qui n’a cessé de perdre du terrain au cours de la même période. Le contraste entre les deux évolutions est particulièrement saisissant dans le cas des 15-24 ans dont la fréquentation a considérablement progressé dans les années 1980 et 1990 en liaison avec les progrès de la scolarisation – les bibliothèques sont en effet souvent utilisées par les lycéens et étudiants comme des lieux de travail ou de consultation –, avant de marquer le pas ces dernières années. »

Une synthèse sur l’évolution des pratiques culturelles des Français à l’ère numérique, de 1997 à 2008 :
- Les pratiques culturelles des Français à l’ère numérique. Éléments de synthèse 1997-2008. Olivier Donnat. Ministère de la Culture et de la Communication, 2009 : http://www.pratiquesculturelles.culture.gouv.fr/
Ce site donne notamment des statistiques sur l'évolution de la fréquentation des bibliothèques : celles-ci montrent une hausse de 1973 à 1997 (de 13 % à 20 % de la population inscrite), puis un recul de 1997 à 2008 (de 20% à 18%) : http://www.pratiquesculturelles.culture.gouv.fr/doc/evolution73-08/T6-FR...

B. L'impact du numérique sur l'usage des bibliothèques

Dans un manuel récent sur les pratiques de lecture, Christophe Evans étudie l'impact de l’internet domestique sur l'utilisation des bibliothèques. Il évoque le recul des inscriptions et des emprunts, le maintient d'une fréquentation importante, ainsi que l'émergence des usages en ligne (car les bibliothèques développent maintenant des collections et des services en ligne) ; extraits :
- sur le recul des inscriptions et des emprunts : "les baisses d’activité sont désormais monnaie courante (...) C’est donc le cœur même de l’activité habituelle des bibliothèques qui est touché, ce qui ne manque pas de déstabiliser les professionnels de la filière, jusqu’à certains décideurs qui s’interrogent parfois un peu vite sur la pertinence de l’ouverture de nouveaux équipements."
- sur le maintient d'une fréquentation studieuse : "... si la bibliothèque est parfois concurrencée sur le terrain de ses missions documentaires traditionnelles, c’est une institution sociale qui paraît moins friable dans sa fonction d’espace physique, de lieu d’accueil et d’animation."
– sur l'émergence des usages en ligne : "Dans un registre moins traditionnel, on peut penser également que le développement récent et rapide des bibliothèques numériques - qu’il s’agisse de collections de documents numérisés accessibles via Internet ou des accès distants à certains types de services électroniques (...) est susceptible de conforter la place de ces institutions à l’avenir. Si la mesure du trafic vers l’ensemble de ces offres est parfois difficile à étalonner, faute de standard et de tradition statistique éprouvée en la matière, et si la nature même de cette fréquentation est souvent incertaine (...), on observe que la présence des bibliothèques sur le Web tend la plupart du temps à augmenter mécaniquement le nombre cumulé de visites des établissements (c’est-à-dire sur place et à distance).
(...) "... peut-on toutefois vraiment dire que les services en ligne sur Internet permettent de diversifier les publics des bibliothèques au sens fort et qu’ils sont toujours profitables à ces institutions ? La réponse à cette question, si elle est globalement positive sur le fond, mérite évidemment quelques nuances : la pratique – et a fortiori la pratique assidue – d’une bibliothèque en ligne comme sur place, est une pratique culturelle qui demeure assujettie à certains déterminismes sociologiques. On retrouvera par conséquent des constantes parmi les profils des usagers-internautes (quant à leur niveau de diplôme, leur engagement dans la lecture, le fait qu’ils soient enseignants, chercheurs ou bibliothécaires, par exemple), lesquelles interdisent de penser que toutes les barrières sautent sur Internet."
Source :
- Lectures et lecteurs à l’heure d’Internet : livre, presse, bibliothèques / sous la dir. de Christophe Evans. Paris : Éditions du Cercle de la librairie, 2011. Sommaire disponible sur : http://www.electrelaboutique.com/ProduitECL.aspx?ean=9782765410003

Cordialement,
Le service Questions? Réponses! de l'enssib

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