Bonjour, Les bibliothèques doivent-elles prêter des liseuses ou des tablettes ? Merci d'avance,

Question

Bonjour,
Les bibliothèques doivent-elles prêter des liseuses ou des tablettes ?
Merci d'avance,

Réponse

Date de la réponse :  17/04/2013

Vous vous interrogez sur l’intérêt pour les bibliothèques de prêter des liseuses ou des tablettes.

Un mémoire d’élève conservateur aborde le prêt de terminaux mobiles pages 41 à 46 ; il évoque l’obsolescence programmée des matériels et conclut ainsi :
« L’argument souvent repris contre le prêt de terminal mobile prend pour analogie le prêt de VHS, CD et DVD qui, en bibliothèque, ne s’est pas accompagné du prêt des lecteurs adéquats. Toutefois, l’équipement des Français n’est pas le même. Selon Laetitia Bontan directrice de la BDP de l’Aisne, « si nous voulons faire découvrir un contenu, il faut bien, à un moment donné, que notre public dispose de l’outil». Se demander si les bibliothèques doivent attendre que les Français soient massivement équipés en terminaux mobiles pour leur proposer du contenu et des services adaptés, et ne pas investir dans l’achat de machines risque de condamner les bibliothèques elles-mêmes à l’obsolescence. Les choix d’acquisitions doivent être stratégiques et pensés comme étape transitoire - mais indispensable - pour accompagner les changements sociétaux.
Par exemple, la bibliothèque municipale de Rouen, qui a initié son prêt de liseuses en juin 2012 affirme que l’«on peut penser que d'ici quelques années, une fois que le taux d'équipement en liseuses aura nettement évolué en France, ce type de service n'aura plus d'utilité». Le taux d’équipement du public desservi semble, une fois encore, le facteur décisif de choix. Magali Haettiger, directrice de la médiathèque de Lorient considère que le prêt des terminaux ne fait pas partie du rôle de la bibliothèque, mais que celle - ci doit fonder son action de médiation sur l’équipement propre du public pour accompagner les usagers à s’approprier leur propre machine . En venant à la bibliothèque avec leur terminal, ils trouvent l’aide des bibliothécaires, tandis que des tablettes sont accessibles sur place dans le cadre de formations. Il semble pertinent, au regard de ses missions de diffusion de la connaissance, que la bibliothèque se positionne à terme comme point d’accès de référence aux ressources numériques idoines aux terminaux mobiles. 88,5% des testeurs professionnels de liseuses à la bibliothèque municipale de Toulouse estiment ainsi utile ou indispensable de trouver à la bibliothèque un accès aux livres numériques. La réponse immédiate à la question du prêt ne peut être que territoriale, contextuelle. Une réponse univoque n’aurait pas de sens, elle dépend du public desservi, de son équipement, de ses demandes, de la pertinence de l’offre par rapport à lui. »
Source :
- Terminaux mobiles et bibliothèques : quelles opportunités, quelles perspectives ? Timothée Hulin, Mémoire de conservateur des bibliothèques, enssib 2013 : http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/60372-terminaux-mo...

Pour aller plus loin :

Deux articles du BBF qui proposent des thèse symétriques, pour et contre le numérique en bibliothèque :

- Desrichard, Yves. Tristesse du numérique. BBF, 2012, n° 3, p. 29-35 http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2012-03-0029-004
Extrait :
"le numérique apporte des surcroîts de contraintes qui ne font pas forcément souhaiter l’avènement, prédit de toute façon inéluctable, du livre numérique : à partir du moment où les considérations juridiques, techniques, informatiques, dictent les contenus achetés et fournis, c’est que le renversement de la révolution numérique ne se fait pas qu’en faveur des bibliothèques et de leurs collections. (...)
Avec le numérique, c’est la notion même de collection qui est éclipsée, non pas tant parce qu’elle présuppose une cohérence, géographique, thématique, destinatrice (pour quels publics ?) aux modes de collecte, de gestion et de conservation des collections, que parce qu’elle entretient l’idée que « le passé a un avenir », en d’autres termes que la consommation des biens culturels et scientifiques ne se réduit pas aux documents du présent. Or, on l’invoque, cette idée a de moins en moins de sens dans le monde numérique."

- Fauchié, Michel. Vive le numérique ! BBF, 2012, n° 3, p. 24-28 http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2012-03-0024-003
Extrait :
"la bibliothèque, « tiers lieu », est aussi celui du « tiers livre » numérique, celui qui permet de lire autrement, de proposer une lecture largement enrichie – certes, quand, et cela reste rare (mais il faut accompagner, favoriser, cette éclosion, comme de jeunes pousses trop fragiles pour être seulement livrées à elles-mêmes), il y a véritablement un avantage au lire numérique."

Un article sur la technique revient sur cette opposition entre pro et anti technique :

- Boraud, Anne. Décrochages dans l'imaginaire technique des bibliothécaires. BBF, 2012, n° 5 : http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2012-05-0011-002
Extrait :
"Les pratiques de terrain dites « innovantes » seraient-elles de meilleurs faire-valoir que les longs discours ? Faut-il scruter à la loupe toute innovation technique pour conclure à la germination d’un nouvel imaginaire ? La réponse dépend de ce que l’on regarde. L’outil ne saurait être à lui seul un point de focalisation : une bibliothèque n’est pas innovante par le simple fait qu’elle prête des liseuses ou des tablettes à ses usagers ! Pour dépasser les clichés sur la technique, il convient d’appréhender l’environnement alentour comme un tout original, fait d’un complexe d’outils, d’intentions, d’usages."

Cordialement,

Le Service questions? réponses! de l'enssib

MOTS CLES : Services et publics : Services au public, Collections : Ressources Numériques,