Critères de désherbage pour les films

Question

Bonjour,
Je suis vidéothécaire dans une BDP et j'aurais aimé avoir des pistes sur les critères de désherbage des films. En effet, hormis l'usure, je me fonde sur des critères empiriques, ne pouvant pas me fier au contenu, ni à l'ancienneté, comme cela se fait pour les documentaires entrés autres... Avez-vous des pistes ?
Pour information, le fonds DVD représente environ 30000 exemplaires, les titres étant la plupart du temps achetés en double, voire plus.
Merci

Réponse

Date de la réponse :  27/01/2020

Vous êtes vidéothécaire en BDP et vous cherchez des conseils concernant les critères à appliquer pour le désherbage de DVD de fiction : pour l'instant, vous ne voyez que l'usure.

 

Le manuel Du cinéma en bibliothèque (Images en bibliothèques, 2017) ne permet pas de vous répondre.


En revanche, le manuel Désherber en bibliothèque (Cercle de la librairie, 2013) aborde le désherbage des documents  audiovisuels pages 70-71. Ce passage ne décrit pas en détail le désherbage des fictions. Il précise tout de même :

Dans ce secteur, une grande part des désherbages s’effectue de manière quasi automatique, selon des critères qui ne relèvent pas vraiment de la politique documentaire. (…) Le DVD, réputé plus solide que la VHS, est en réalité un support fragile et sensible aux manipulations. Soumis à un usage intensif en raison de son succès, il se dégrade rapidement. La détérioration est le plus souvent repérée au retour des prêts, mais elle peut être anticipée : la médiathèque José-Cabanis, à Toulouse, a ainsi pour règle de retirer systématiquement les DVD qui ont fait l’objet de 180 prêts. Dans la plupart des bibliothèques, le désherbage selon des critères qualitatifs n’est pas une priorité : les collections sont récentes, les taux de rotation excellents et les motifs classiques de retrait tels que le manque de place ne se font pas encore sentir. De plus, une large part est faite dans les acquisitions aux films de fiction, aux classiques du cinéma et aux documentaires de qualité, présentant un intérêt artistique : le critère d’obsolescence intellectuelle est donc peu opérant. Les responsables de ces fonds sont néanmoins conscients de la nécessité d’une politique documentaire qui intègre acquisitions et désherbage, même si ce n’est pas encore pour eux une urgence. Certaines bibliothèques, plus généreusement dotées ou décidées à mettre en place une politique volontariste, ont déjà défini des critères d’élimination ou de relégation. La Bibliothèque publique d’information a décidé de stabiliser sa collection de films documentaires à 3500 titres et procède à des retraits sur les critères suivants : obsolescence de l’information, remplacement par un film plus récent et/ou plus pertinent sur le même sujet, faiblesse de la consultation (...) D’autres bibliothèques songent à réduire leur fonds en libre accès, pour des questions de saturation. C’est le cas à la médiathèque parisienne François-Truffaut, dont la collection de prêt compte près de 14 000 DVD ; même si la moitié du fonds est couramment sortie, les acquisitions finissent un jour par remplir les bacs. La mise en réserve permet, dans un premier temps, de conserver des titres jugés toujours utiles. Le critère d’usage est le plus souvent mis en avant pour ces opérations de relégation. Comme leurs collègues chargés de fonds musicaux et littéraires, les vidéothécaires peinent à désherber des DVD de fiction et d’une manière générale les titres présentant un intérêt cinématographique. Le critère d’obsolescence est en revanche utilisé pour les documentaires, et plus rarement le critère d’âge …


Au regard de ce passage, vous pouvez avant tout vous baser sur l'état d'usure et les données de consultation (ainsi que votre capacité de stockage).

Vous pouvez également ajouter des critères de rareté ou de valeur, et des critères plus subjectifs, comme l'intérêt artistique et l'adéquation à votre projet documentaire global.

Si vous souhaitez détailler plus précisément votre politique de conservation pour ce fonds, vous pouvez préciser sur quelles filmographies vous vous basez pour établir votre liste de classiques, distinguer différents niveaux d'exhaustivité selon les genres et les époques, etc.


Pour établir cette politique de conservation, vous pouvez vous référer au chapitre du Manuel du patrimoine en bibliothèque (Cercle de la librairie, 2007) intitulé Comment définir le patrimoine des bibliothèque ? (pages 22 et suivantes) ; cet extrait évoque les livres, mais le raisonnement peut s'appliquer également à des DVD :

Pour les livres les plus récents, l'achat et la conservation dépendront de choix. À partir du contenu actuel du fonds patrimonial, de la politique documentaire globale de la bibliothèque, il est assez aisé d'établir des priorités de conservation et d'acquisition, et d'éliminer de ses réflexions des ouvrages anciens, certes, mais qu'on n'a pas particulièrement vocation à garder. Le bibliothécaire, considérant ces collections composites et disparates, doit identifier des urgences, faire des choix dans son action limitée. La priorité de conservation et d'entretien n'est pas forcément liée à l'âge des documents (…)

Moins on dispose de moyens, plus il convient de déterminer quels livres on veut garder - sans que leur âge soit le seul critère -, quels livres peuvent n'exister qu'ailleurs, quels contenus sont absolument nécessaires quel que soit le support. La gestion d'une collection de conservation passe donc, comme c'est le cas pour un fonds courant, par la définition claire des contenus que l'on veut donner à la collection. Il n'est pas nécessairement besoin d'établir une charte complexe et détaillée; mais définir des axes, pas trop nombreux, est très utile. Il est important de réfléchir en termes de fonds, dans lesquels pourront s'insérer un à un les livres concernés, plutôt que de chercher à déterminer ouvrage par ouvrage s'il est ancien, rare ou précieux: sa cohérence par rapport à un fonds bien identifié est la plupart du temps un critère de choix bien plus intéressant. On l'a vu, un document patrimonial ne l'est pas à l'origine par nature, sauf exception (livre d'art, ouvrage de bibliophilie, etc.) ; il reçoit cette attribution à l'issue de processus parfois complexes. Tout ou presque peut devenir patrimonial, ce qui suppose une réflexion sur la politique patrimoniale de l'établissement. Car si tout devient patrimonial, il est impossible d'agir, la masse dépassant les moyens, même importants, dont peuvent disposer les bibliothèques.


Pour de plus amples conseils, vous pouvez contacter l'association Images en bibliothèque.

Celle-ci propose à ses adhérents des formations et des fiches pratiques qui répondront peut-être à vos questions (dossiers La politique d’acquisition : définir l’identité du fonds et Gérer le fonds de films : mettre en place les outils nécessaires, stage Gérer et animer un fonds image et son en médiathèque).