Différence entre culture informationnelle et culture de l'information

Question

Bonjour,

Je constate dans mes recherches que les termes "culture de l'information" et "culture informationnelle" sont parfois employés comme synonymes et parfois distinguées (ce qui entraîne une grande confusion dans mon esprit). Y-at-il une différence entre ces deux expressions et si oui quelle est-elle ?

Merci

Réponse

Date de la réponse :  14/06/2018

Vous constatez que les locutions "culture de l'information" et "culture informationnelle" sont parfois employées comme synonymes et parfois distinguées.
Vous voulez savoir s'il existe une différence entre ces deux expressions, et si oui en quoi elle consiste.

Vous pouvez consulter :

  • Culture informationnelle : vers une propédeutique du numérique. Madjid Ihadjadene, Alexandra Saemmer, Claude Baltz. Hermann, 2015. Voir en particulier l'article introductif d'Eric Delamotte, "Dynamique du développement de la culture informationnelle" ; extraits :

« Avec le concept de « culture informationnelle », il s’agit de dépasser l’assimilation de la société de l’information à une accumulation de technologies et à une idéologie du tout technique afin de saisir la co-évolution des technologies, de l’économie, de l’éducatif, du social et des imaginaires.
(…)
De la media information literacy à la culture de l'information :
Dans une perspective moins techniciste et instrumentale, le concept de « culture informationnelle » a émergé comme le résultat d'importants déplacements paradigmatiques : d'une vision productiviste à une approche anthropologique en passant par une conception horizontale et utopique de l’information. Il met l'accent sur une vision globale et multiple plutôt que sur une approche segmentée des compétences de l'écrit et de la lecture, de l'information et de la communication, de l'identité et de la culture. Il insiste sur les liens potentiels plutôt que sur la séparation des différentes composantes de l'information englobant les circulations, médiations et passages entre les documents (papier et numérique), entre production et réception, entre arènes et entre médias.
(…)
La culture informationnelle est ainsi une « culture » large et complexe, permettant l'acquisition de savoirs et de démarches d'information dépassant la simple recherche de documents pour intégrer une réflexion « sur » et « autour » du document er de l'information, et incluant des capacités cognitives er métacognitives. Brigitte Juanals (2003) y différencie trois niveaux progressifs : la formation à l'information sur les plans technique et méthodologique ; la culture de l'accès à l'information qui intègre l’utilisation autonome, critique et créative de l'information, avec production de savoirs ; la culture de l’information qui englobe connaissance des médias, culture générale, culture technique (relative à une pluralité de technologies) et intégration sociale, avec prise en compte de considérations éthiques. »

  • Cultures de l'information. Vincent Liquète. CNRS éditions, 2014. Voir en particulier dans l'article d'Anne Lehmans le chapitre "Culture informationnelle versus culture de l'information" (pages 42-45) ; extraits :

"Les termes de culture de l'information et culture informationnelle sont souvent confondus, même si, des 1997, Claude Baltz les distingue. La principale tentative explicite de définition de la culture informa­tionnelle est celle de l'ERTé « Culture information­nelle et curriculum documentaire » (… ) Parmi ces chercheurs, Annette Beguin-Verbrugge et Susan Kovacs (2011) définissent la culture informationnelle comme « un ensemble de connaissances et de savoir-faire partagés dans une communauté qui permettent de situer, de repérer, de qualifier, de traiter et de communiquer des informations de manière per­tinente. » (…)
Dans ce grand projet de recherche (…), la culture informationnelle s'oppose à la culture de l'information dans ce sens qu'elle n'est pas purement normative et dichotomisante (définition de savoirs et de pratiques formels, et finalement de ce qui est légitime) mais s'insère dans un contexte complexe fait de pratiques, de dispositifs et de représentations à partir desquels les activités peuvent donner lieu à des apprentissages dans le tra­vail de construction du sens. Elle s’oppose également, mais moins clairement, à l’information literacy anglo-saxonne centrée sur les « bonnes pratiques » et sur les situations de recherche et de communication de l'in­formation alors que la culture informationnelle vise la construction des apprentissages.
Alexandre Serres et Yolande Maury (2010), quant à eux, montrent que la culture de l'information est liée d'une part à la culture générale propre au système éducatif français, d'autre part à la culture trans­disciplinaire qui situe l'information dans le cadre des activités. La culture informationnelle est définie dans la tension entre les pratiques normatives et les pra­tiques individuelles. Pour Yolande Maury (2012), la culture de l'information désigne des catégories tech­niques de « penser, classer, catégoriser », tandis que la culture informationnelle fait référence au symbolique, au social et au politique, et vise l'autonomie dans le « participer, confronter, partager, construire sa propre vision du monde ».
Viviane Couzinet (2008) oppose la culture de l'information, qui relève de la culture générale, et la culture informationnelle qui se réfère à des théories et à une discipline scientifique reconnue. Vincent Liquette (2011) voit également dans la culture informationnelle une emprise des savoirs disciplinaires académiques. Olivier Le Deuff (2012), à l'in­verse, distingue les cultures informationnelles, composées des pratiques et des usages, de la culture de l'information qui fait référence aux savoirs et à la par­ticipation..."

"A un autre niveau, suivant une lecture anthropologique, la culture informationnelle est différenciée de la culture de l’information par la référence à « l’informationnel », au-delà de « l’informatif » (mise en forme de la relation au réel, art et manière de s’orienter dans les savoirs) et de l’information, objet d’interprétation et de savoir (y compris référé à des théories) ; elle est alors introduction à un monde (dans le sens de « devenir membre »), l’informationnel faisant non seulement « signe » et informant l’esprit, mais modifiant la perception du monde et participant d’un processus de transformation (empowerment, capacité à vivre et construire son propre monde)."

Pour compléter, il convient de mentionner l'émergence ces dernières années de l'éducation aux médias et à l'information.
Exemples d'articles sur le sujet :