Formule pour signaler la provenance d'un don

Question

Bonjour,
J'ai reçu un don important d'un grand collectionneur décédé il y a peu.
Je souhaiterais indiquer sur chaque document sa provenance par une formule appropriée. Existe-t-il des formulations consacrées ? Y a-t-il une norme en usage ?
J'ai rencontré la formulation suivante : "Cette partition appartenait à Monsieur X. Sa famille nous en fait don + date du don".
Auriez-vous d'autres propositions?
Je vous remercie.

Réponse

Date de la réponse :  10/04/2019

Vous allez intégrer dans les collections de votre bibliothèque un don important d'un grand collectionneur de jazz décédé récemment. Vous souhaitez faire figurer une formule indiquant la provenance du don sur le document. Vous souhaitez savoir s'il existe une norme sur la rédaction de ce type de mention.

 

Malgré nos recherches, nous n'avons pas trouvé de normes définissant la forme d'une mention de provenance.
 

La mention indiquant la provenance d'un don s'appelle aussi un ex-dono.
Voici comment le référentiel de Bibliopat sur les marques de provenance définit l'ex-dono :

Du latin ex dono : « reçu en don de », « provenant du don de », « provenant de la donation de ».
Marque dorée, estampée à froid, peinte, dessinée figurant sur la reliure, le plus souvent sous la forme des armes et du nom du donateur, indiquant clairement que le livre a été remis en don par une personne physique ou morale à une autre personne physique ou morale.
L’ex-dono peut également prendre la forme d’une mention manuscrite, ou, notamment lorsque le bénéficiaire est une institution, d’une étiquette imprimée ou gravée.
L’ex-dono manuscrit est inscrit par le bénéficiaire, parfois bien longtemps après la date du don, en signe d’hommage et de reconnaissance au donateur.
La mention latine ex dono (pouvant ne pas être employée) est souvent suivie du nom du donateur (parfois de sa qualité), en latin au génitif. Cette mention peut être complétée du nom du bénéficiaire du don et d’autres informations comme la date, le lieu, les circonstances,…. Les formules « D.D.D. [Untel] » pour De Dono Domini ou « D.D.Dom. » pour Dono Dedit Dominius apparaissent également.
L’expression « ex-dono de gratitude » est parfois utilisée.

Source : Ex-Dono. Liste hiérarchisée de termes relatifs aux marques de provenance portées sur les livres. BiblioPat

 

Le manuel du patrimoine en bibliothèque reste assez vague sur la forme que doit prendre une mention de don :

"Dons, legs, dépôts peuvent faire l'objet de conditions particulières: il s'agit de négociations avec un auteur ou ses ayants droit, parfois de proches parents désireux de mettre en valeur l'œuvre qu'ils veulent voir intégrer des collections publiques.
Des précautions sont à prendre. Les conditions de prêt doivent avant tout être applicables, en fonction des moyens humains et techniques de l'établissement. L'objectif doit être évidemment une mise à disposition rapide des fonds, mais valeur du don n'entraîne pas toujours que l'on accepte qu'il prenne le pas sur tous les travaux en cours. Parmi ces conditions particulières figure l'interdiction de communication avant une date donnée. Ce peut être un moyen de rassurer un donateur hésitant. II est conseillé dans ce cas de mettre noir sur blanc les conditions, de les indiquer dans une délibération municipale, et d'obtenir des donateurs des assouplissements: pour une correspondance par exemple, on peut demander ce que la communication soit interdite pendant un certain nombre d'années sauf autorisation des ayants droit des deux parties, ce qui laisse la possibilité d'une exception. L'interdiction de communiquer n'interdit pas le catalogage, ni le signalement (voir plus loin). Indiquer clairement cette interdiction sur un document officiel permet d'en garder la mémoire, même quand les équipes chargées de la conservation du fonds ont changé, et d'éviter de n'avoir comme information qu'une annotation manuscrite et anonyme qui risque de disparaître à l'occasion d'un changement de conditionnement: nouvelle boîte, nouvelle chemise ...
Des traitements particuliers peuvent être acceptés: par exemple, l'utilisation d'un timbre spécial qui mentionne le nom de l'établissement et celui du fonds, ou seulement celui du fonds (pour les dépôts). Ou bien encore une page spéciale sur site Internet de la bibliothèque.

Source : Manuel du patrimoine en bibliothèque. Sous la dir. deRaphaële Mouren. Editions du Cercle de la librairie, 2007.

 

Nous avons consulté également la base de provenance des livres anciens de la bibliothèque municipale de Lyon. Nous avons noté que pour les ouvrages les plus récents, on trouvait aussi bien un timbre, une étiquette collée, ou encore une mention manuscrite.

La bibliothèque de l'Institut de France a elle aussi répertorié les différents type d'ex-dono :

  • Envoi / ex-dono autoris :

Mention autographe de don, portée sur un exemplaire par l’auteur ou l’un des auteurs de l’ouvrage.

  • Ex-dono imprimé :

Mention portée sur un livre indiquant que celui-ci a été remis en don par une personne physique ou morale à une autre personne physique ou morale dont les noms sont souvent indiqués, parfois avec une mention de date. L’ex-dono peut prendre la forme d’une étiquette imprimée ou gravée collée, notamment lorsque le bénéficiaire est une institution.

  • Ex-dono manuscrit :

Mention manuscrite portée sur un livre indiquant que celui-ci a été remis en don par une personne physique ou morale à une autre personne physique ou morale dont les noms sont souvent indiqués, parfois avec une mention de date.

Source : Typologie des marques de provenance. Bibliothèque de l'Institut de France

 

Pour résumer il vous revient de choisir la formulation qui vous convient le mieux, en accord avec la volonté des donateurs.
Il faut savoir toutefois que certains donateurs tiennent à rester anonymes. C'est ce qu'indique Claire Josserand, dans son mémoire de conservateur (p.16) :

La question des provenances récentes :
Peu de bases de données et de catalogues indiquent les mentions de provenance des documents entrés récemment dans leur collection. En effet, il est vrai que cela peut soulever des questions d’ordre juridique: comment préserver la confidentialité et l’anonymat des donateurs, par exemple? Il est possible de conserver cette mention en attendant un délai raisonnable pour que la provenance soit accessible sans qu’elle soit visible par le public. Ainsi, la Bibliothèque de l’Institut de France, qui reçoit régulièrement des dons attribue un numéro de don à chaque document ou ensemble de documents. Cette pratique, ainsi que le dossier administratif conservé, permet de garder la trace de la provenance des documents sans pour autant révéler l’identité du donateur auprès des lecteurs, si celui-ci souhaite garder l’anonymat.

Source : Les données de provenance des collections des bibliothèques. Claire Josserand. Mémoire du diplôme de conservateur des bibliothèques, Enssib, 2016.