Organiser la sérendipité dans les espaces des bibliothèques

Question

Je recherche des bibliothèques ayant mis en place des stratégies pour développer la sérendipité dans leurs espaces.
J'effectue cette recherche pour mon mémoire qui porte sur l'influence de l'espace sur la sérendipité en bibliothèque. Je cherche donc plutôt des bibliothèque dans lesquels cette sérendipité est mise en place dans l'espace plus que de manière numérique. De plus ma recherche porte plus sur les bibliothèques municipales françaises.

Réponse

Date de la réponse :  06/04/2016

Vous cherchez des exemples de bibliothèques municipales françaises ayant mis en place des stratégies pour développer la sérendipité dans leurs espaces - plus que de manière numérique.

Nous n'avons pas connaissance de document de référence sur le sujet.
Nous avons toutefois identifié ce billet de 2010 : De la sérendipité en bibliothèque. La bibliothèque apprivoisée, 2010

Pour recueillir des retours d'expérience, vous pouvez lancer un appel sur le forum de l'Association des bibliothécaires de France, Agorabib, dans la rubrique Collections.
Vous pouvez également demander leur avis aux collègues des bibliothèques départementales de prêt (contact@adbdp.asso.fr).

Voilà toutefois quelques pistes de réflexion.

Les initiatives les plus évidentes auxquelles nous pensons sont :

Les plans de classements qui veillent à décloisonner les savoirs et les supports

Par exemple, proposer des fictions dans un rayon documentaires, comme le fait la bibliothèque municipale de la Part-Dieu, à Lyon (bandes dessinées dans le rayon histoire, par exemple). Cette bibliothèque a été réorganisée en départements thématiques dans les années 2000 ; ce projet a été étudié par Nathalie Falgon-Defay :

D'autres articles du manuel Mettre en oeuvre un plan de classement pourront vous intéresser (notamment ceux de Bertrand Calenge).

Sur le sujet, vous pouvez également consulter un article - relativement ancien - sur l'expérience de décloisonnement à la médiathèque de Saint-Herblain :
Espace et collections. Yves Aubin. Bulletin des bibliothèques de France. n° 6, 2002. Extrait :

"La bibliothèque, en perdant son statut privilégié de conservatoire du savoir, en devenant un lieu d’usage par des publics, favorise l’appropriation de ce savoir. Il devient alors possible de prendre des chemins de traverse, d’imaginer d’autres regards et points de vue qui embrassent de larges tableaux ou tracent une venelle hors des routes balisées des classifications. Ce qui est proposé ici est de tracer de nouveaux itinéraires des territoires documentaires. Ce qui rassemble des savoirs, a priori différents ou appartenant à des catégories différentes, peut être une thématique (appelée ainsi par défaut) ou un point commun intérieur ou extérieur aux domaines concernés (ex. : le nu dans l’art peut être le point de vue esthétique d’une époque et/ou la relation à la nudité d’une société ; la bataille de Stalingrad est un moment de l’histoire et de l’évolution technique des armes – les orgues de Staline).
Les transversalités entre domaines ne sauraient être une recherche systématique de rapprochement des contraires ou des dissemblances. Elles ouvrent des voies d’appropriation qui peuvent passer par le sensible (recherche du sens), la technologie, l’étymologie ou la philosophie (ex. : le témoignage). Ces approches ne sont pas exhaustives et toutes sélections peuvent être envisagées qui permettent de donner un sens à des découvertes – autrement – d’un domaine du savoir."

Les fonds tournants

Sur le sujet, vous pouvez lire :

Les étagères mobiles
Les présentoirs présentant des sélections thématiques, des coups de coeur, etc.
Les chariots de retours laissés en libre accès
Pour aller plus loin

Au-delà des espaces, votre réflexion pourra également prendre en compte de manière plus générale l'ensemble des actions de médiation (accueil-renseignement, animations, expositions...), et au delà les projets des bibliothèques en matière de médiation des connaissances.
Sur cette question, vous pouvez lire le manuel suivant :
Les bibliothèques et la médiation des connaissances. Bertrand Calenge. Presses de l'enssib, 2015. Présentation. Entretien avec l’auteur

En ce qui concerne la mise en valeur de la littérature en bibliothèque, vous pouvez lire les travaux de Cécile Rabot, et notamment :
La construction de la visibilité littéraire en bibliothèque. Cécile Rabot. Presses de l'Enssib, 2015. Présentation

 

Sur la sérendipité

Votre réflexion pourra s'appuyer sur ce livre de Sylvie Catellin, qui analyse les mécanismes de la sérendipité ("il n’y a pas de sérendipité sans réflexivité et sans prise de conscience de cette réflexivité. Le savoir réflexif relatif au processus de découverte favorise d’autres découvertes, il implique une créativité capable de faire changer nos points de vue sur la réalité observée, ou d’orienter la recherche vers d’autres horizons conceptuels") :
Sérendipité. Du conte au concept. Sylvie Catellin. Seuil, 2014. Présentation. Conférence de l'auteur

Vous pouvez également évoquer cette réflexion d'Umberto Eco, dans l'essai De Bibliotheca :

"La notion de bibliothèque est fondée sur un malentendu, à savoir qu'on irait à la bibliothèque pour chercher un livre dont on connaît le titre. C'est vrai que cela arrive souvent mais la fonction essentielle de la bibliothèque, de la mienne et de celle des amis à qui je rends visite, c'est de découvrir des livres dont on ne soupçonnait pas l'existence et dont on découvre qu'ils sont pour nous de la plus grande importance. Bien sûr on peut faire cette découverte en feuilletant le catalogue mais il n'y a rien de plus révélateur et de plus passionnant que d'explorer des rayons où se trouvent par exemple rassemblés tous les livres sur un sujet donné, chose que le catalogue auteurs ne donnera pas, et de trouver à côté du livre qu'on était allé chercher un autre livre qu'on ne cherchait pas et qui se révèle être fondamental. La fonction idéale d'une bibliothèque est donc un peu semblable à celle du bouquiniste chez qui on fait des trouvailles et seul le libre accès aux rayons le permet."

Nous vous signalons également cette réflexion du sociologue Christophe Evans, qui met en avant la capacité des lecteurs à "butiner" au sein des collections :

"je me souviens d’une petite fille de 5 ans à laquelle je demandais comment elle avait procédé pour trouver l’ouvrage de la série Petit ours brun qu’elle tenait entre les mains et qui m’avait répondu sur le ton de l’évidence : « Ben, j’ai couru partout, et puis après j’ai trouvé ! » ; sa réponse dans un premier temps m’avait paru manquer de logique , j’ai compris ensuite que c’était ma question qui était déplacée (adultocentrée) : elle ne cherchait pas de livres dans cet espace codé et organisé par des adultes, elle prenait tout simplement ce qu’elle trouvait (« je cherche ce que je trouve », disent justement certains usagers confrontés à des situations d’hyperchoix)."
Source : Notes sur les entretiens de recherche auprès des jeunes. Christophe Evans. Le Muz

Vous pouvez enfin vous référer aux réflexions de Michel de Certeau sur le braconnage culturel.