Séminaire

Des concepts pour penser la société du XXIe siècle

Organisateur : Elico, Enssib

Responsable : Marie-Després-Lonnet, professeure émérite Lyon 2 et Valérie Larroche, professeure des universités, Enssib

Date et horaire : 30/01/2026 09:30 - 12:30

Adresse : Enssib | 17-21 bd du 11 novembre 1918 | 69100 Villeurbanne


Séminaire retransmis en direct sur la chaîne youtube de l'Enssib.

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Présentation de l’évènement

Chaque session du séminaire « Des concepts pour penser la société du XXIe siècle » porte sur un concept qui donnera lieu à un ouvrage au sein de la collection éponyme dirigée par Valérie Larroche et Olivier Dupont. Les enregistrements des sessions précédentes sont accessibles en ligne. Cette session est conjointe avec le séminaire mensuel d'Elico.

 

Session du 30 janvier 2026 : La représentation : un socle pour les SIC ?
 

Cette séance sera consacrée au concept de représentation. Concept central des sciences de l’information et de la communication, la représentation traverse les recherches sous des formes et des usages hétérogènes. 
« La représentation n’est pas l’ennemie de la présence, mais elle modifie quelque peu celle-ci. Elle la sémiotise, la cadre ou la hiérarchise ; elle contribue peut-être, du même coup, à desserrer son carcan. Représenter, c’est rendre la présence ou le présent disponibles, voire optionnels ; c’est faire appel à la liberté du sujet, à sa mémoire, à son savoir ou à ses facultés d’interprétation ». Daniel Bougnoux, La crise de la représentation, Paris : La découverte, 2019.


L’objectif de ce séminaire est de partir des questions que se sont posées les trois intervenantes au cours de leurs parcours de recherche respectifs, afin de mettre en discussion les apports, les limites et les déplacements possibles du concept de représentation. Cette réflexion collective vise également à revenir sur l’organisation générale du livre, structuré actuellement autour de trois axes : Anthropologie des représentations, Représentation et savoirs, Représentation et pouvoir.
 

  • La figuration ou la représentation à l’épreuve de la matérialité
    Lise Renaud, maître de conférences HDR en sciences de l’information et de la communication à Avignon Université, membre du Centre Norbert Elias (UMR 8562) et responsable de la thématique Cultures : processus et formes.
    Cette présentation sera l’occasion de revenir sur le déplacement opéré au cours de ses recherches, du concept de représentation vers celui de figuration pour définir ce qui se donne à lire à travers et autour des médias informatisés. Investiguant depuis plusieurs années, les médias informatisés et leurs discours d’escorte, le concept de représentation, même en lui adjoignant le qualificatif social ou collectif dans le sens que lui a donné la psychologie sociale, s’il a été mobilisé au début des recherches de Lise Renaud, s’est progressivement avéré trop flou et lâche pour signifier la matérialité de ce qu’on imagine ou projette dans et sur les médias informatisés. C’est à travers la notion de figuration (mais aussi de ses déclinaisons préfiguration, configuration, reconfiguration telles que définies par J.J. Boutaud) qu’il parait davantage envisageable de saisir une incarnation formelle et de comprendre comment sont susceptibles d’agir toute une imagerie, un ensemble de systèmes de signes, sur l’élaboration d’un savoir au sujet des médias informatisés et sur la façon de les appréhender au quotidien.  In fine, l’hypothèse, qui sera mis à l’épreuve lors de cette présentation, est la nécessité pour penser la représentation en tant que processus communicationnel, de mobiliser d’autres notions permettant de la ré-arrimer dans une filiation plus sémiotique et de gagner ainsi en granularité.
     
  • Représentation, pouvoir et industrialisation : formats, répétitions et régimes de visibilité
    Eleni Mouratidou, professeure des universités à l’Université Paris Nanterre, membre du Dicen-IDF, Université Paris Nanterre
    Cette intervention aborde la notion de représentation en la saisissant dans son acception originelle, dramaturgique, ainsi que dans sa manifestation matérielle, en tant qu’elle structure ou accompagne les discours syncrétiques des organisations. Eléni Mouratidou propose une réflexion théorique articulée en trois temps : la représentation en tant que convention ; la représentation en tant que forme médiationnelle et spectaculaire ; la représentation en tant que format industrialisant ou industrialisé.
    L’intervention s’appuie sur une définition minimale de la représentation, entendue comme un processus permettant de rendre présente une absence, définition associée notamment aux travaux de Louis Marin, pour qui « représenter signifie se présenter représentant quelque chose ». Si l’acte de représenter permet de doter une présence d’une épaisseur sémiotique et discursive et de lui conférer une dimension symbolique, la représentation n’entretient pas nécessairement de relation de ressemblance avec la chose représentée. Comme le souligne Nelson Goodman, « une image, pour représenter un objet, doit être un symbole, valoir pour lui, y faire référence », tandis que Daniel Bougnoux propose d’opposer théoriquement la manifestation, relevant de l’ordre de la présence réelle, à la représentation symbolique, conçue comme figuration in absentia. Dans une perspective interactionniste enfin, la représentation peut être comprise comme « la totalité de l’activité d’une personne donnée, dans une occasion donnée, pour influencer d’une certaine façon un des autres participants ».
    À partir d’un corpus d’acteurs hétérogènes — organisations médiatiques, créatives et culturelles — l’intervention s’attache à analyser la manière dont la représentation se constitue en dispositif de pouvoir, d’institution, d’autorisation et de légitimation, comme résultante du fonctionnement du dispositif sur lui-même. Elle montre enfin comment la formation dispositive de la représentation contribue à son instrumentalisation et, plus largement, à son éventuelle industrialisation.
     
  • Représentation(s) et documentation
    Marie Després-Lonnet, professeure émérite à l’Université Lyon 2 depuis 2025, membre du laboratoire Elico et autrice de l’ouvrage (en cours de conception) intitulé représentation, un concept en SIC de la série des concepts pour penser la société du XXIe siècle
    Cette intervention propose d’aborder les pratiques documentaires comme des pratiques de représentation, entendues comme des opérations d’indexicalité par lesquelles des dispositifs textuels et visuels désignent, décrivent et organisent le renvoi vers des éléments absents, tout en orientant leurs cadres d’interprétation. Elle s’appuie sur un parcours de recherche consacré à l’analyse de diverses pratiques de documentation, déployées dans des contextes variés et intégrant une dimension visuelle significative, qu’il s’agisse de la documentation d’œuvres, d’objets patrimoniaux, de lieux ou de projets, dans des cadres institutionnels et professionnels différenciés. En mobilisant le concept de représentation, il s’agit d’interroger ce que signifie documenter, en s’intéressant à la fois aux opérations de re-présentation qu’implique toute intention documentante et aux éléments sur lesquels portent ses opérations, sachant que ces derniers sont eux-mêmes, pour partie, des représentations.
    Le recours à la notion de représentation permet ainsi de déplacer le regard porté sur les pratiques documentaires, en les appréhendant comme des discours socialement et institutionnellement situés, fondés à la fois sur des normes professionnelles, des cadres épistémiques et des régimes de valeurs historiquement et culturellement construits, et en mettant en question leur apparente neutralité discursive. L’intervention examinera comment ces choix de représentation participent à la construction et à la stabilisation de régimes de visibilité, de légitimité et de vérité. Elle s’attachera également à interroger les tensions et les limites que soulève l’usage du concept de représentation lui-même, en particulier face à la pluralité des cadres interprétatifs, et à questionner l’utopie documentaire normative d’un regard unifié et d’un discours universel sur les objets et les savoirs.

 

 

 

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