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Le congrès 1998 de l'Americain Library Association

1998
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    Le Congrès 1998 de l'Americain Library Association

    Par Claudine Belayche
    Washington D.C., 26 juin-1 er juillet 1998

    C'est une grande chance que d'avoir l'occasion de participer au Congrès annuel de l'American Library Association (ALA) et cette année était annoncée par ses organisateurs comme exceptionnelle : l'ALA souhaitait s'ouvrir au monde et décrétait son congrès « international ». Nombre d'appels étaient lancés dans toutes les associations, en particulier celles membres de l'International Federation of Library Associations (IFLA) pour y intéresser des collègues de tous pays. Madame Barbara J. Ford, présidente de l'année, avait d'ailleurs présenté un programme intitulé « Global reach, local touch dont une traduction proche pourrait être : « un regard large pour une action de proximité »,j'y reviendrai.

    Un congrès de l'ALA est tout à fait impressionnant par ses dimensions : en fin de session, le 1er juillet, le directeur général annonçait un record d'inscriptions, plus de 24 000 (dont 5 000 environ uniquement pour l'exposition professionnelle), plus de 2000 exposants, sur quelque 60 000 adhérents !

    Ce congrès, dans la capitale fédérale, se voulait évidemment le plus grand de tous les congrès. Pour cela, l'ALA avait mobilisé le Washington Congress Center (WCC), grand comme le Parc des expositions de la porte de Versailles, pour la seule exposition professionnelle et quelques conférences. Les plus nombreuses des conférences, tables rondes, sessions de comités divers et de groupes de travail se déroulaient dans une trentaine de grands hôtels de la ville, qui louaient leurs salles de colloque et de conférence aux organisateurs.

    Le programme du Congrès, c'est un fort volume - type annuaire - qu'il faut décrypter à la fois pour les sigles des organisations associées, affiliées, des sections et groupes thématiques qui organisent chacune plusieurs sessions, pour les lieux des différentes sessions (des navettes peuvent faciliter la tâche, plus de 20 cars tournent dans la ville de 7 heures à 18 heures). Les clubs d'utilisateurs profitent de l'occasion pour leurs réunions, pour des présentations par les exposants de leurs nouveaux produits (surtout des logiciels et progiciels)... je dois en oublier ou en avoir laissé échapper. C'est pourquoi ce « papier » ne vise aucunement le compte rendu exhaustif. Ce sera, si vous voulez bien me suivre, des impressions de voyage professionnel, que j'ai suivi avec l'intention de comprendre les modes de fonctionnement de l'ALA, mais surtout les préoccupations des collègues des USA et leurs façons d'aborder les sujets (1) .

    L'exposition professionnelle

    Elle se déroule dans le WCC, le plus grand Centre de congrès du monde, dit la plaquette de présentation, sur deux niveaux, répartis en allées, qui distribuent les quelque 2 000 exposants de toutes sortes qui sont là, de 7 h 30 à 18 h, d'une égale disponibilité et amabilité. C'est leur diversité qui m'a le plus frappée : outre les traditionnels fournisseurs de logiciels de gestion (les leaders du marché, si j'en crois la dimension des stands sont sans conteste AMERITECH, DRA, GEAC, IBM), on trouve de nombreux « petits» fournisseurs de logiciels de traitement : je noterai plus particulièrement ceux qui proposent des dispositifs pour les malvoyants (synthèse vocale d'utilisation ultrasimple, grossisseurs...) et toute la gestion électronique de documents et la numérisation.

    Il m'a semblé que la préoccupation de la reproduction de documents protégés par le droit d'auteur, liée aux notices catalographiques des bibliothèques, est nettement plus souple ici, tant qu'elle reste clairement dans les limites du « fair use Les logiciels présentés appellent des images tirées d'ouvrages récents (tableaux, textes liminaires... et même sommaires ou tables de matières). L'utilisation est non commerciale : cela semble suffire aux gestionnaires pour ne pas risquer de procès selon la conception restrictive du droit de l'auteur et de ses ayants droit!... (interprétation personnelle, néanmoins appuyée sur des discussions avec les exposants)

    Il y a bien sûr du mobilier, relativement peu, et que j'ai trouvé très « traditionnel », bien loin de l'offre actuelle de mobilier très « design » en France. Une conception de bibliothèque à la fois moderne, ou postmoderne, et des lieux qui gardent la chaleur du bois et de secrétaires à la mode anglaise du XIXesiècle ?

    Sont là aussi des consultants, en construction de bibliothèque, en gestion et management du changement - selon l'un d'eux, il y a grande difficulté pour les bibliothécaires américains à concevoir la bibliothèque différente, tendant plus vers le centre culturel ouvert et animé ; ils ont donc besoin de recentrer leur action, de redéfinir leurs objectifs ; des consultants les y aident...

    Les éditeurs

    Et puis, il y a des éditeurs, une allée entière consacrée à des petits éditeurs, en fait plutôt des éditeurs associatifs défendant des options [féministes, pour la connaissance de l'holocauste, pour la renaissance de la culture indienne...). Il y a toutes les communautés présentes qui publient dans les langues communautaires, ou sur leurs pays d'origine. Bien sûr, tous les grands de l'édition papier et électronique sont là : MacMillan, Academic press, Routledge, Grolier, Britannica...

    Et des masses de vidéogrammes : il y a des cassettes vidéo en vente pour adultes et enfants, et beaucoup dans le domaine éducatif. L'édition d'accompagnement scolaire est très présente, l'édition jeunesse également, qui m'a paru plutôt moins inventive qu'en France, mais mon séjour a été trop court pour confirmer cette impression.

    L'ALA d'ailleurs est elle-même un grand éditeur; il n'y a pas de compte rendu écrit de débats, mais des enregistrements vidéo de quelques séances sont réalisés. On les commande au bureau ad hoc.

    Les grandes institutions sont là : la NASA présente ses cartographies de la Terre et de l'espace, papier et Cédérom. Le stand de la Library of Congress est impressionnant, qui présente le futur anniversaire des 200 ans de la LC et tous ses programmes de travail : numérisation des collections, nouveaux aménagements des salles du Jefferson Building (2) ...

    Et, last but not least, l'Association organisatrice tient un très grand stand où elle propose à la vente à peu près tout : livres et revues, c'est le moins, du manuel UNIMARC à la défense des communautés minoritaires en bibliothèque, en passant par la lutte contre l'illettrisme (un vrai problème, c'est clair). Une action très massive est faite sur les « banned books » : ces livres qui ont été l'objet de demandes de retrait dans les bibliothèques, en particulier, mais pas seulement pour les enfants ; ils touchent à des sujets comme la sexualité, l'évolutionnisme, le créationnisme... Une journée d'action sera d'ailleurs organisée en septembre 1998 sur la liberté d'expression et la promotion de ces livres, et une Freedom to read Foundation (Fondation pour la liberté d'expression, qui recueille des fonds) a été mise en place.

    Mais aussi, comme dans tout établissement, des teeshirts taille 2 ans à XXL, des « mugs qui promotionnent la lecture pour tous, des crayons, des stylos, des marque-pages, édités par l'association elle-même ou par des bibliothèques ou réseaux de bibliothèques qui lui en confient la distribution.

    L'association met à disposition une vingtaine de terminaux Internet, avec imprimante, pour s'exercer, envoyer des messages ou... lire un quotidien du pays, car les journaux français sont introuvables en ville. On ne semble pas craindre les virus : les lecteurs de disquettes sont accessibles sans restriction aucune !

    Les poster sessions

    Dans une des allées, ont lieu les « poster sessions» : de 12 heures à 14 heures, des bibiothécaires, en leur nom personnel, présentent sur des panneaux une étude qu'ils ont menée, des résultats statistiques, des inventions logicielles sur la gestion de leur établissement... leur participation a été agréée par le comité d'organisation, pour leur sérieux, et un ouvrage complet donne les éléments de leur présentaion. Ils sont eux-mêmes présents pendant deux heures pour expliquer, répondre aux questions, nouer des contacts. Ces moments d'échange sont visiblement très appréciés de leurs collègues.

    Le programme de la présidente

    Barbara J. Ford, présidente de l'année jusqu'à ce congrès (ici les élections ont lieu chaque année pour la présidence), présente son « programme » : sur le thème de l'ouverture au monde à partir d'une entrée de proximité (cela rappelle la définition des bibliothèques publiques du Manifeste de l'Unesco, version 1994). Le premier « show» se déroule au MCC (Metropolitan Congress Center : interprétation personnelle, le sigle n'est jamais développé), un autre centre de congrès récemment ouvert à quelques centaines de mètres du WCC, dans une salle de type Zénith : de quoi s'agit-il pendant cette après-midi très codifiée ? de remercier et de décerner des « awards », prix, récompenses accordées par l'ALA à des généreux donateurs, ou à des soutiens politiques efficaces : c'est ainsi que seront distingués et recevront une sorte de diplôme encadré, sous les applaudissements sincères de la salle : un homme politique, le sénateur Wendell Ford qui a défendu les bibliothèques au Sénat à de nombreuses reprises, le directeur général d'OCLC depuis 10 ans qui a développé cet organisme coopératif au bénéfice toutes les bibliothèques des USA (et de combien en France ?)... et Bill Gates, représenté par son directeur des relations publiques, qui aide au développement des bibliothèques par l'entremise de la Fondation Bill Gates pour les bibliothèques, réalisant l'informatisation et la connexion de tout un réseau de bibliothèques dans un État...

    Après ces distinctions honorifiques, mais pas seulement, le contraste esttotal : une jeune écrivain Amy Tan -non traduite en français- vient pendant près d'une heure nous dire des histoires, son histoire, mêlée de roman, entrecroisée de souvenirs. Quel étonnement dans cette grande salle où l'on imagine plutôt un meeting politique ou sportif, de voir et d'écouter une romancière dire sa grand-mère, sa mère lui parlant, il y a longtemps en chinois, et ses relations avec des amis... Une grande qualité d'écoute pour une romancière qui a passionné ses lecteurs en montrant une vie d'immigrée chinoise et une intégration difficile, et finalement réussie dans la société américaine.

    Le lendemain, la présidente récidive dans la grande salle Constitution de l'hôtel Grand Hyatt, une sorte de grande salle de bal, où se tient la Literacy Fair, une exposition à « petits moyens de bibliothèques et de réseaux qui présentent leurs programmes et actions contre l'illettrisme.

    Ces programmes impliquent des acteurs publics, le gouvernement fédéral dans certains cas, ou les gouverneurs locaux, des fondations privées (comme toujours ici) et parfois des entreprises sponsors : l'un d'eux (America reads challenge) associe comme partenaires l'ALA, le gouvernement fédéral et son secrétaire d'État à l'éducation et... PIZZA HUT dont les présidents respectifs co-signaient une lettre d'invite à participer au programme « accompagnez un jeune lecteur » : « lisez, écrivez, maintenant » ! L'idée est que chaque jeune en difficulté de lecture soit soutenu par un adulte, bon lecteur ou faible lecteur, il n'importe ; le but est de toutes façons de trouver ensemble, dans l'acte de lire un livre, une occasion de rencontre entre adulte et enfant, une occasion de parler, de communiquer, de s'entraider, de dépasser à deux ses difficultés à lire et parfois à vivre, de devenir un lecteur autonome. Un calendrier est distribué à chacun, où il notera ses lectures, ses progrès, ses idées... et l'on gagne des cadeaux si l'on a réalisé le programme en totalité. PIZZA HUT offrira la récompense, sous forme de pizzas, entre autres...

    Imaginerait-on un tel montage en France ? Visiblement les bibliothécaires ne voient aucune compromission dans cet apparentement sur un sujet tel que l'illettrisme. Cela nous rappelle la discussion sur l'introduction d'ordinateurs dans les écoles, couplée avec l'obligation de suivre des programmes publicitaires...

    Pour contribuer à cette action, on peut acheter crayons, mugs, tee-shirts...

    La session de la présidente commence à 15 heures

    Elle y a invité des collègues de quatre pays : l'ouverture mondiale.

    La première sera une Française, notre collègue Christine Deschamps, invitée comme présidente de l'IFLA. Elle présente en anglais les programmes et actions en cours, en ne cachant pas les difficultés de faire réellement travailler ensemble des pays de culture, de langues et d'accentuations, de modes de vie si différents... mais elle parie sur la réussite, parce que la volonté et la nécessité de travailler ensemble sont là !

    Un collègue de Mexico, Jesus Lau, de l'université autonome de Ciudad Juarez, présente la réalité latino-américaine du continent, avec beaucoup de chiffres ; pour les bibliothèques, il restreindra son exposé à celles de Mexico et des alentours.

    Madame Aida S. Naaman vient du Liban : un pays qui se relève avec grande énergie, selon son exposé, de la guerre et qui développe des bibliothèques, espérant reprendre la place qu'il détenait au Moyen-Orient dans le domaine éditorial et intellectuel.

    Celle qui m'a, très personnellement, le plus touchée, émue, parce qu'elle parlait avec passion et enthousiasme, est madame Esther Sibanyoni, Sud-africaine, maintenant à la Bibliothèque d'État de Pretoria, qui a revécu devant nous un combat de militante de la lecture de 20 ans à Shoshanguve, pour y créer une bibliothèque «parce il y avait le besoin, parce que la population le demandait, il fallait faire quelque chose » : convaincre les autorités de la région de l'aider, chercher des appuis dans les ambassades (les USA et l'ALA ont répondu présents). Cette ville de 26 000 habitants aura une bibliothèque en 1999 ; ce n'est pas assez, elle n'est pas très grande, mais... madame Sibanyoni a été élue femme de l'année en république d'Afrique du Sud en 1998 !

    Le programme de la présidente se concluait par une soirée dans les locaux immenses et splendides du bâtiment de verre de la Banque mondiale, où son président accueillait la soirée internationale pour un buffet.

    Deux sessions étonnantes

    Chaque jour, de 9 heures à 17 heures, avaient lieu en parallèle quelque cinquante sessions sur les sujets les plus variés : il fallait choisir, en tenant compte également des lieux plus ou moins excentrés ; visites de grands hôtels garanties - on alterne entre le style anglais aux moquettes et boiseries confortables et traditionnelles, et l'aluminium et verre, avec jets d'eaux d'hôtels plus contemporains. Dans tous les cas, la climatisation réfrigérante vous oblige à sortir de temps en temps pour vous réchauffer à l'air libre !

    Je retiendrai deux expériences, car les sujets étaient pour un Français traités de façon bien « originale ».

    Organisation des bibliothèques : tenir compte des différences

    Sont narrées par des bibliothécaires des expériences de travail sur les communautés qui forment les personnels de leur bibliothèque, sur la prise en compte nécessaire des différenciations. L'un des intervenants propose une analyse de chaque individu par ses composantes sexuelles, de communauté, de langue, d'origine, de couleur, de capacités ou d'incapacités (on ne dit plus « handicap » aux USA), que sais-je encore ! Dans une constitution d'équipe de bibliothèque, on doit tenir compte de ces différences, les gérer au mieux de l'intérêt des personnels et de l'entreprise... pour un service vraiment égalitaire et mieux adapté aux différents publics. La conception de la « neutralité de l'agent public à la française est sérieusement mise à mal !

    Une autre intervenante nous soumet d'abord à quelques mouvements de relaxation... pour se détendre ! Son sujet est de faire prendre conscience aux participants de leurs capacités et tendances, et de les soumette au test DISC, une sorte de test psychologique qu'elle mène in situ... Toute la salle « marche » quand elle propose avec humour que chacune parle à son voisin/sa voisine pendant 5 minutes (tout le monde s'y met, c'était le moment de la communication). Puis elle analyse les comportements : tendance D, ou I, ou D+C... Ces tests doivent éclairer le recrutement vers la meilleure harmonie des équipes et le grand bien de l'entreprise (3) .

    Le dernier intervenant parlera d'une opération lourde, menée dans sa collectivité sur 1 200 agents, dont ceux de la bibliothèque, pour aider à la participation de tous aux objectifs de l'entreprise... Il m'a semblé que cela est une préoccupation importante pour nos collègues : comment faire que tous se sentent réellement partie prenante des actions, et de leur impulsion ? L'entreprise est clairement vécue comme une communauté, où chacun doit se sentir bien, et le « manager » (le bibliothécaire, en notre cas) a mission de réaliser ce bien-être, pour ses agents, et pour le développement de l'entreprise.

    La question de la pertinence des recrutements était sous-jacente dans nombre de questions. Il faut dire qu'aux USA, le recrutement est du seul ressort du directeur, qui compose son équipe, à ses risques et périls, car il en sera tenu pour responsable en cas d'erreur ou de problème majeur.

    Nombre de sessions, organisées par l'une ou l'autre association fédérée, ou groupe, portaient sur ces points : comment se faire recruter encore en l'an 2000 ? Comment gérer au mieux un recrutement ? Comment prouver à son Conseil d'administration que l'on est utile ? Comment mesurer l'utilité sociale d'une bibliothèque ?... Le bibliothécaire a des soucis de véritable chef d'entreprise.

    Table ronde sur les « bibliothèques de rue »

    J'avoue que je croyais y trouver l'équivalent de nos « bibliothèques de rues » dans les quartiers très défavorisés. Point du tout : il s'agissait des centres de rencontres en marge des institutions, créés dans des squats par exemple, où se tiennent des bibliothèques alternatives, avec création de « zines » (publications sauvages, à tirage limité, sans diffusion commerciale).

    Que fait le bibliothécaire dans tout cela ? D'abord selon les organisateurs de cette table ronde, il doit être au courant, puisqu'il s'agit d'une partie de la population. Savoir ce qui y est fait, pouvoir renseigner, éventuellement proposer une aide technique (l'un a parlé d'informatiser cette bibliothèque) et se poser la question de la conservation de ces documents éphémères pour l'information future... Les participants étaient pour certains des militants de ce que l'on a appelé la « contre-culture », mais j'ai trouvé intéressant que l'ALA ait fourni une tribune à cette expression, évidemment très minoritaire.

    Et beaucoup d'autres choses...

    Cet exposé est déjà bien long, je passe sur la table ronde sur les encyclopédies : « papier/CD-ROM/en ligne ? » On a bien sûr conclu à la complémentarité !

    Les questions de droit d'auteur ont également été abordées, et rassemblé beaucoup plus de monde que la salle ne le permettait ! Le programme complet est sur le site de l'ALA : www. ala.org.

    La vie statutaire de l'ALA ou ce que j'en ai pu en comprendre...

    Pendant le Congrès, a lieu la Council Session de l'Association : équivalent de notre Conseil national, sur trois longues matinées (9-13 heures, et seulement dix minutes de pause après vote sur l'opportunité de la pause, car tout doit être inscrit dans l'ordre du jour distribué en début de séance). En l'absence d'assemblée générale de l'association (on imagine assez mal 60 000 personnes, et même seulement 10°/o), ce Conseil est ouvert à tous les adhérents à titre personnel. J'y ai donc assisté deux matinées de suite, avec beaucoup d'intérêt pour le fond et la forme de ces assemblées.

    La présidente préside et joue le rôle d'animatrice, de régulatrice des débats, mais n'intervient jamais sur le fond. Elle est entourée de la «présidente élue» (pour 1998-1999), de la secrétaire; et en bout de table le directeur général de l'association écoute et prend des notes.

    Le Conseil compte deux cents personnes - environ 150 présents. Il n'y a pas de vote par procuration ou de mandat. Une centaine d'adhérents assistent au fond de la salle et rencontrent leurs délégués, leur passent des papiers et argumentaires. Trop peu, ont dit quelques conseillers, l'information est mal faite sur ces sessions ! Une motion sera d'ailleurs présentée pour exiger une meilleure représentativité des adhérents (actuellement, 200 conseillers représentent... 60 000 adhérents, soit 1 pour 300 !).

    Les deux séances auxquelles j'ai assisté ont permis au trésorier de présenter le rapport financier : disséqué, questionné, par des représentants visiblement très au fait de la lecture des bilans comptables... et ne s'en laissant pas compter. Dans les questions, les amortissements des matériels informatiques ont-ils été suffisamment provisionnés ? Le bug de l'an 2000 est-il analysé sérieusement ? Le trésorier était sur le gril.

    Il faut dire ici que le budget annuel de fonctionnement de l'ALA approche les 30 millions de dollars (autant en euros, environ 180 millions de nos francs !), dont une part non négligeable (un tiers, si j'ai bien lu les documents financiers distribués) vient de mécènes et soutiens privés, qui aident ainsi non la structure de l'association, mais ses actions en faveur des bibliothèques et de la lecture. Pendant cette session, deuxjeunes hommes (les fils de l'ancienne présidente de l'Association) ont demandé la parole : considérant l'importance de l'action de l'ALA pour le développement des bibliothèques, ils offrent une contribution de 25 000 dollars, à égalité de ce que l'ALA sera capable de récolter parmi ses membres pour les mêmes actions ! (applaudissements nourris) Barbara J. Ford ne pouvait douter que l'on trouve facilement une somme équivalente parmi les adhérents !

    L'ALA emploie quelque deux cents permanents, et le souci de ses adhérents est aussi celui de savoir si l'ALA fait ou non des bénéfices... Il fallait également prouver l'efficacité d'investissements dans la prise d'un cabinet de consultant spécialisé en... recherche de fonds et mécénat ! Il semble que le résultat, pour l'instant, n'ait pas été à la mesure des espoirs ; la contestation s'est exprimée.

    Et puis il y avait plus de vingt résolutions, que la présidente (et la présidente de séance) a dû présenter longuement. Sur chacune, arguments de forme et de fond. Le débat est très formalisé : la parole se prend de la salle sur l'un des 10 micros répartis parmi les conseillers et numérotés. On s'écoute l'un l'autre, on se répond, on redemande la parole, on propose de suspendre le débat (vote : on compte les pour, les contre ; on recompte en cas de presque égalité)...

    Pour la novice que j'étais, j'avais parfois l'impression d'être dans ces débats que le cinéma américain aime à montrer, un avocat, un procureur, discutant sur un détail, redemandant la parole.

    Les sujets traités sont sérieux : parfois trop pour que le vote soit organisé tout de suite ; à plusieurs reprises. Il a été voté de repousser au prochain conseil (à la session de Mid-Winter, en février) la modification de la constitution de l'ALA pour prendre en compte des minorités (les latinos au lieu des hispano-américains, les « disabled » au lieu de « mental-handicapped » et « physical-handicapped »).

    Une question grave a été posée sur la compatibilité de la constitution de l'ALA et de l'accord avec les groupes Scouts : « puisque les scouts refusent de tolérer l'homosexualité,' c'est contraire à notre constitution, nous devons donc couper toute relation institutionnelle » disait cette résolution : elle a été ajournée, pour être rediscutée avec la précédente.

    Discussion importante, où la terminologie ne masque pas le fond : l'ALA soutient, promeut, homologue, selon les cas, certaines formations universitaires aux sciences de l'information et/ou des bibliothèques. La résolution demande que l'ALA, désormais, ne soutienne que les formations faisant explicitement mention des bibliothèques. L'American Library Association ne peut que soutenir la Bibliothéconomie. Une intervenante a même déclaré que l'on trouvait autant de spécialistes de l'information que l'on voulait, mais que l'on ne trouvait plus de bibliothécaires ! Vu l'importance du débat, sa discussion est ajournée.

    Et aussi, le choix des secteurs où l'ALA investit en actions : demande du collègue « gauchiste-écolo », très présent au micro, que l'ALA s'engage à ne placer ses revenus que dans des organismes à vocation sociale ou mutualiste. On touchait à une question de fond : car les conseillers savent que l'ALA, de même que leurs bibliothèques, ne peuvent se couper de sponsors ou de soutiens financiers. Peut-on être aussi rigoureux et stricts ? Motion repoussée, bien que plusieurs voix se soient exprimées pour dire que l'ALA ne devait pas baser son action sur des considérations autres que le développement des bibliothèques... mais justement, on était au coeur du débat !

    Il y aurait encore beaucoup à dire, cette synthèse ne se veut pas un compte rendu officiel, juste quelques impressions des bibliothèques, vues du Congrès de l'ALA 1998. (4)

    1. (NDLA) Je prie les lecteurs de bien vouloir être indulgents s'il s'avérait que j'ai parfois mal compris certaines discussions, ou certains détails. retour au texte

    2. La Bibliothèque du Congrès a organisé le soir même une réception somptueuse où toutes les salles étaient ouvertes aux participants : la grande salle de lecture, les salles spécialisées dans les collections européennes, asiatiques, orientales... Une nouvelle présentation de documents précieux sur les persécutions religieuses en Europe et la fondation des États-Unis (une relecture de l'histoire de l'immigration aux USA) m'a paru très pertinente. Le personnel de la bibliothèque, nombreux recevait et expliquait avec le sourire, et visiblement un réel plaisir à être de la fête, le fonctionnement de chaque salle. Tous les ordinateurs étaient accessibles dans la salle de référence et n'étaient pas les moins fréquentés. retour au texte

    3. La bibliothèque est réellement gérée et considérée comme une entreprise. Ses financeurs en attendent des résultats tangibles, ses utilisateurs (vaut-il mieux dire « clients » des services de qualité... retour au texte

    4. Texte intégral du Manifeste de l'Unesco dans : Le Métier de bibliothécaire, 101 éd., Éditions du Cercle de la Librairie, 1996. retour au texte