Les données à mille temps
Organisateur : Enssib
Responsable : Agnieszka Tona, maîtresse de conférences, Enssib
Date et horaire : 06/02/2026 10:00 - 12:30
Adresse : Enssib, amphithéâtre | 17/21 boulevard du 11 novembre 1918 | 69100 Villeurbanne
Séance du 6 février 2026 : « Du temps en données, des données en temps »
Cette séance du séminaire portera sur les processus et les pratiques de « mise en données » du temps, mais aussi de « mise en temps » des données. Par la première expression, nous entendons les différentes manières dont le temps est représenté, traduit, modélisé ou encodé sous forme de données. La seconde expression, quant à elle, renvoie aux diverses façons d’intégrer le temps dans la structuration, l’analyse et l’interprétation des données.
L’une des manières les plus courantes d’appréhender le temps consiste à le mesurer et à le quantifier — ou, pour le dire autrement, à le « mettre en nombres ». Il en résulte des unités comme les secondes, minutes, heures, jours, mois, années ou siècles, mais aussi des formes dérivées telles que les horaires et les dates, qui alimentent à leur tour d’autres mesures et calculs (durées, fréquences, rythmes, etc.). Ces unités sont à la fois les objets et les produits d’un long processus d’élaboration collective, jalonné, au fil du temps, de profondes transformations des pratiques de quantification et des dispositifs socio‑techniques de mesure et de repérage du temps. Parmi ces derniers, on peut signaler les horloges, les calendriers, les horaires de transport, etc., qui illustrent exemplairement la double opération qui structure les rapports entre temps et données : la « mise en données » du temps et, corrélativement, la « mise en temps » des données.
Comment et pourquoi a‑t‑on conçu ces différentes mesures du temps ? Quelles pratiques de quantification et quels dispositifs socio‑techniques soutiennent-ils leur production ? De quelles manières les individus, les groupes et les institutions produisent‑ils aujourd’hui des données numériques sur le temps, les utilisent et agissent avec elles, et finalement, se trouvent‑ils transformés par elles ? Telles sont quelques‑unes des questions auxquelles cette séance du séminaire se propose de répondre.
Programme
- 10h00 | Introduction, Agnieszka Tona, maîtresse de conférences en Sciences de l’information et de la communication, Enssib
- 10h20 | « Le temps comme synthèse des rythmes et activités sociales », Olivier Beraud Martin, professeur à l'Université Paris Cité, chercheur au CERLIS (CNRS) et membre de l'IUF (Institut Universitaire de France).
Le temps et sa mesure nous sont tellement familiers que nous oublions que l'un et l'autre ne sont pas naturels. Ils sont le fruit d'une très longue histoire, mêlant instruments de mesure, besoins sociaux de coordination et de décision, enjeux politiques de régulation et de normalisation. Parcourir cette histoire permet de saisir plusieurs enjeux de la conceptualisation du temps et de sa mesure, notamment la distinction entre moment et durée, la question des heures inégales, les problèmes associés aux définitions légales du temps. Cela permet de bien comprendre en quoi le temps est une réponse à une multitude de questions et qu'il constitue une « synthèse » sociale, technique et politique. - 11h20 | « Un voyage dans l’espace-temps des données SNCF », Maguelonne CHANDESRIS, membre du réseau SYNAPSES des experts scientifiques et technique du groupe SNCF.
La circulation des trains nécessite une coordination rigoureuse entre les différents acteurs (planification, préparation des voyages, billetterie, etc.). Avec la digitalisation, les données relatives aux horaires et aux opérations sont désormais collectées et analysées pour optimiser leur gestion. Nous reviendrons sur des évolutions du groupe SNCF dans le domaine depuis les années 2000 et aborderons des perspectives futures.
------------
Présentation générale du séminaire
A l’instar de tout objet informationnel ou culturel, les données s’ancrent dans l’axe du temps et peuvent être définies et estampillées par ses mesures. Il n’est pas rare que le rapport entre le concept de temps et la donnée s’exprime de manière très explicite dans les définitions mêmes de cette dernière, comme celle que propose l'Organisation internationale de normalisation (1993) : « la donnée : représentation calendaire d'un moment dans le temps ».
Et c’est justement ce sont ce(s) rapport(s) entre les données et le temps que ce séminaire interdisciplinaire propose d’explorer. Quelles sont les représentations du temps et des temporalités qui affectent aujourd’hui les données (qu’elles soient personnelles, publiques, ouvertes, massives, de recherche, etc.) ? Sous quelles formes ces représentations se matérialisent-elles dans les discours et les pratiques scientifiques et professionnelles autour de ces données ? Qu’est-ce que les données nous apprennent sur le temps ? Comment le disent et le racontent-elles ?
C’est ce que cherchera à explorer cette série de séminaires à travers un dialogue entre acteurs professionnels de l’information et chercheurs de plusieurs disciplines (SIC, sociologie, histoire, philosophie des sciences et épistémologie, informatique, etc.).