Photimage-Le Mans

Ingénieur en informatique, Philippe Bourdenet évolue depuis plus de vingt-cinq ans au sein de l’université, accompagnant les changements imposés par le web des points de vue technique et métiers.

Biennale du numérique des 18 et 19 novembre 2019, parole aux intervenants : rencontre avec Philippe Bourdenet

Rencontre avec Philippe Bourdenet, ingénieur informaticien à l’Université du Mans, qui assurera la conférence introductive de la Biennale du numérique le 18 novembre 2019 à l’Enssib.

 

1/ Vous êtes aujourd’hui ingénieur à la Direction des services informatiques (DSI) de l’Université du Mans et intervenez pour la première fois à la Biennale du numérique. Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur votre parcours professionnel ?
J’ai commencé ma carrière il y a vingt-cinq ans dans une bibliothèque universitaire, où j’étais employé sur un poste informatique. A l’époque, il y avait tout à construire dans le web en termes de service. J’ai passé quelques années plus tard un concours d’ingénieur d’études pour devenir responsable informatique au SCD (Service commun de la documentation) de l’Université du Maine au Mans (baptisée il y a deux ans Le Mans Université). Et il y a 8 ans, j’ai intégré la DSI pour des raisons de mutualisation de compétences et pour assurer des missions de support de services documentaires (SIGB, production d’outils pour le web, valorisation de la recherche). Petit à petit, mes missions se sont orientées vers le développement et le système d’information et j’ai alors managé le pôle web-ENT au sein de la DSI.

2/ Parallèlement à vos fonctions, vous avez soutenu une thèse de doctorat avec Ghislaine Chartron au CNAM. Comment avez-vous décidé de vous engager dans un tel projet ?
En ce qui concerne la thèse, j’ai commencé à intégrer, dans les années 2006 – 2007, des réseaux de normalisation et, en fréquentant différents cercles, j’ai rencontré Ghislaine Chartron lors d’une journée d’études. J’ai tout de suite été séduit par son discours qui donnait une grande part à l’ingénierie, notamment documentaire. Après plusieurs mois d’échanges, Ghislaine Chartron m’a proposé une thèse, commencée en 2009 à Lyon puis poursuivie au CNAM. J’ai ainsi pu m’investir dans une démarche réflexive sur mon propre travail d’administrateur d’outil informatique documentaire et prendre de la hauteur sur dix années de changements importants, liés à l’imposition de standards provenant du web ou encore à la mutualisation. C’était également l’époque où les bibliothèques s’inquiétaient légitimement d’une baisse de leur fréquentation. Tous ces éléments m’ont incité à engager un travail de réflexion. Dans ma thèse, j’ai voulu montrer les efforts que les bibliothèques avaient engagés pour se positionner dans la sphère du web et les vagues d’informatisation parfois très coûteuses qui avaient été réalisées pour rendre le service le plus pertinent aux usagers. Mon travail consistait à la fois en un état des lieux technique, une étude sur l’évolution des métiers et un bilan sur la relation entre l’implémentation des technologies du web et les résultats dans les recherches d’informations, notamment avec les technologies du web sémantique et l’élaboration du modèle conceptuel FRBR. Finalement, ma thèse a cherché à démontrer que les bibliothèques, très habituées à manipuler des formats structurés, avaient beaucoup plus de chances de relever le défi de l’influence du web que d’autres communautés.

3/ Compte tenu de votre parcours et de vos activités professionnelles, quel intérêt présente un événement tel que la Biennale du numérique ?
Un événement comme la Biennale du numérique témoigne de l’implication de différents acteurs et d’une approche interprofessionnelle. Ainsi, pour qu’une notice soit terminée, elle doit passer entre les mains de différents acteurs et parfois même « voyager » à l’international. Il est intéressant de connaître tous les contributeurs impliqués dans la production de l’information. Outre ce caractère interprofessionnel, la Biennale du numérique s’adresse également à un public non spécialiste, ce qui en fait un lieu d’échange nécessairement fertile qui nous amène à sortir de notre périmètre habituel. Enfin, un tel événement nous conduit à nous interroger sur le service rendu, à nous centrer sur l’usager, positionné comme consommateur.

4/ Le thème de cette 5e édition de la Biennale du numérique porte sur la convergence du secteur du livre vers le web. Comment vous positionnez-vous par rapport à ce thème de la convergence ?
De mon point de vue, la question de la convergence s’étale dans le temps et recoupe trois aspects différents. Tout d’abord, j’ai été témoin d’une convergence dans l’emploi des technologies via mon expérience de chargé de cours dans plusieurs universités, notamment à Médiadix en formation professionnelle, mais aussi dans des programmes de formation initiale en Sciences de l’information (Montpellier3, Le Cnam). Depuis toutes ces années, je vois les pratiques polarisées par les outils proposés par le web, qui font évoluer le travail de signalement et développent des approches transverses. Il faut avoir en tête qu’au tournant des années 2000, les bibliothécaires étaient encore maîtres des formats qu’ils utilisaient alors que, désormais, ce sont les formats issus du web qui l’ont emporté.
J’ai ensuite vécu la convergence des pratiques et des objectifs en participant à l’IABD (Interassociation archives bibliothèques documentation) il y a une douzaine d’années, notant un rapprochement des métiers. Cette convergence implique l’adoption de formats et de protocoles interopérables, la modélisation en XML, et finalement, l’harmonisation des pratiques des professionnels de l’info-doc.
Enfin, en me rapprochant des acteurs de la normalisation à la BnF, j’ai pu observer un effort particulier qui visait la convergence, sans doute inspiré par la publication en 2008 du rapport Patino sur le livre numérique[1]. Ce rapport a en tout cas donné lieu à une réflexion dans ce sens et incitait à l’émergence d’un workflow pour assurer plus de fluidité entre les données issues de l’édition et des bibliothèques, à la convergence des outils utilisés par les deux communautés professionnelles, et au développement de l’interopérabilité pour faciliter la récupération de données, notamment à des fins de réduction des coûts.

5/ Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?
Oui, j’aimerais parler du web sémantique et évoquer la convergence ou le terrain d’entente qu’il semble y avoir désormais entre les communautés de développeurs et les bibliothécaires ou encore les éditeurs. Je saisirai l’occasion de mon intervention du 19 novembre pour élargir le propos à ce sujet. Enfin, j’aimerais développer un point de vue nourri par un certain recul sur l’un des facteurs importants incitant à la convergence, en examinant comment les approches centrées utilisateurs ont influencé l’évolution des services numériques et réformé leur conception.


[1] B. Patino, Rapport sur le livre numérique, Ministère de la Culture et de la Communication, juin 2008. 

 
Propos recueillis par Emmanuel Brandl le 4 octobre 2019