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La salle de lecture pour enfants de la bibliothèque d'Etat de littérature étrangère à Moscou

1994
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    La salle de lecture pour enfants de la bibliothèque d'Etat de littérature étrangère à Moscou

    Par Olga Nikolaevna Mâeots, Responsable du secteur enfants
    Par Catherine Counot, Centre culturel français de Moscou
    Par Odile Belkeddar, trad., dir bibliothèques de Pantin

    La bibliothèque d'État de littérature étrangère M.I. Roudomino (VGBIL) est l'une des plus importantes bibliothèques pour adultes de Russie. Elle possède un fonds de plus de 5 millions de volumes en 140 langues et a été créée en 1922 à l'intention des spécialistes mais aussi du grand public.

    La VGBIL assure depuis toujours des fonctions de recherche et de lecture publique. En 1990, elle a mis une nouvelle section en service : une salle de lecture pour enfants et adolescents de cinq à seize ans.

    Pour quelles raisons une bibliothèque de cette taille, entièrement consacrée jusqu'alors aux adultes, s'ouvre-t-elle aux enfants ?

    Du fait d'abord de l'existence d'un fonds pour enfants très riche en albums et documentaires étrangers, ainsi qu'en traductions (50 000 volumes environ) ; pourtant personne ne s'y était jamais vraiment intéressé, les nouvelles acquisitions relevaient du hasard et personne n'avait évalué la véritable valeur de ce fonds. Ceux qui demandaient de temps à autre les livres pour enfants étaient des enseignants (plus fréquemment issus de l'enseignement supérieur que du primaire), des traducteurs et quelques chercheurs en littérature enfantine (très rarement des éditeurs), des parents (essentiellement dans un but de distraction personnelle). La présentation de plusieurs expositions de livres pour enfants avait, dans un deuxième temps, montré tout l'intérêt de la collection possédée par la VGBIL.

    Par ailleurs, la fermeture des sections pour enfants et adolescents dans les plus importantes bibliothèques publiques de Moscou (remplacées par des bibliothèques spécialisées pour la jeunesse fonctionnant indépendamment des bibliothèques pour adultes) empêche souvent les jeunes de trouver les livres dont ils ont besoin. Et dans notre bibliothèque, les enfants ne sont pas limités aux seuls livres de la salle de lecture en accès direct, ils peuvent demander les livres de la réserve générale ; un lecteur de cinq ans a les mêmes droits qu'un adulte. Nous avons décidé de rejeter le système cloisonnant le secteur jeunesse en fonction de l'âge et nous efforçons d'encourager au maximum chez l'enfant le sens de l'initiative.

    Nous souhaitions aussi, en créant cette salle, renouer avec la tradition de la lecture en famille. L'exemple des parents est, nous semble-t-il, la stimulation la plus efficace pour rapprocher l'enfant du livre ; en lisant avec ses parents, l'enfant se met à son insu à considérer le livre comme une chose importante et sérieuse qui, en outre, procure du plaisir. Beaucoup d'enfants viennent avec leurs parents et, même si chacun vaque à ses occupations, la possibilité leur est offerte de communiquer, de discuter de leurs lectures, d'échanger leurs impressions. Dans de nombreuses familles, parents et enfants souffrent de n'avoir rien à se dire.

    Enfin, bien sûr, nous savions qu'en installant ce secteur pour enfants, nous nous donnions les moyens d'éduquer nos lecteurs adultes de demain.

    Cette ouverture a été précédée d'un long travail de préparation ; un programme spécial fut conçu, prévoyant, à côté des services habituels, l'organisation de différentes activités, conférences et cours pour enfants de tous âges dont les grandes lignes sont :

    • l'aide à l'apprentissage des langues étrangères ;
    • l'enseignement de l'histoire des cultures et littératures mondiales et de la géographie ;
    • l'initiation à l'histoire de l'art ;
    • la présentation d'expériences pédagogiques de par le monde dans tous ces domaines ;
    • des publications concernant la littérature enfantine, la création d'une collection d'ouvrages professionnels de référence ;
    • la collaboration avec des éditeurs et traducteurs afin d'augmenter le nombre des traductions d'oeuvres du monde entier.

    Des premiers pas difficiles

    La mise en oeuvre de ce programme nous a confrontés à une série de problèmes ; la majorité (80 %) des livres de cette salle sont en langues étrangères (anglais, français, allemand, espagnol, italien et autres) et si leur lecture est un plaisir, elle exige également un travail ardu. Nous avions la crainte que les enfants ne viennent comme ils le feraient à une exposition, juste pour feuilleter de jolis livres et regarder de belles images.

    D'autre part, de nombreux enfants n'étaient pas préparés psychologiquement à la lecture autonome dans une bibliothèque pour adultes. Cette grande bibliothèque est très différente de celles qu'ils connaissent avec ses règles strictes, ses lourdes procédures de réservation d'un livre, ses volumineux fichiers. Il existait donc un réel danger que le jeune lecteur se décourage devant les premières difficultés ou l'attente interminable des livres, et quitte la bibliothèque à jamais.

    D'heureuses découvertes

    Pour surmonter ces obstacles, nous avons essayé d'unir les efforts des bibliothécaires, enseignants et parents.

    Afin de faciliter chez l'enfant la lecture en langue originale, de soutenir ses premières tentatives d'appropriation d'une langue peu familière, nous avons disposé les livres sur les rayonnages par niveau de difficulté : les albums en bas, les textes plus complexes en haut. Une bibliothécaire sélectionne tout particulièrement des livres au texte simple, au sujet attirant et aux illustrations dignes d'intérêt. Il est très important d'aider l'enfant à lire son premier livre ; de lui donner confiance en ses propres capacités. Il est conseillé que les adultes (parents ou bibliothécaire) lisent au début avec l'enfant en lui expliquant les mots inconnus puisque les enfants ne savent pas encore se servir d'un dictionnaire.

    Nous avons remarqué combien il est important pour les jeunes lecteurs d'avoir de vrais livres anglais, français, allemands, véritables messagers de cultures et pays qu'ils ne connaissent pas encore. Lorsqu'il apprend une langue à l'école, l'enfant a rarement l'occasion de la pratiquer, les dialogues que l'enseignant s'efforce de susciter au sein de la classe lui semblent souvent artificiels et « faux et la possibilité effective de séjourner à l'étranger n'est pas offerte à tout le monde. C'est là qu'interviennent les livres.

    Nous cherchons à coopérer avec les enseignants. Un professeur peut amener ses élèves à la bibliothèque et y animer lui-même une séance. La bibliothécaire l'aide alors à choisir les livres et les supports audio ou vidéo. D'autres bibliothécaires de la salle pour enfants organisent des visites pour les nouveaux venus à la VGBIL, où ils les informent des modalités d'utilisation et des services offerts.

    Nous accueillons volontiers en stage les futurs enseignants. Nous leur présentons les méthodes de langues les plus récentes, les livres pour enfants et leur montrons comment rendre un cours amusant et attrayant en utilisant la bibliothèque. Nous sommes toujours ravis de les compter ensuite parmi nos fidèles lecteurs.

    Différents « ateliers remportent un vif succès auprès des enfants et des parents et sont une aide précieuse pour amener les enfants à la lecture, comme ceux des groupes d'apprentissage de l'anglais, du français pour les enfants de tous les âges. Pour préparer leurs cours, les enseignants ne manquent pas de tenir compte de l'apport « spécifique » de la bibliothèque : les livres leur servent de manuels et d'incitation à des lectures complémentaires. Les exercices terminés, du temps est laissé aux enfants pour du travail personnel. Il est fréquent qu'un enfant y trouve un tel intérêt qu'il veuille lire encore plus longtemps à la bibliothèque. Les activités menées à bibliothèque sont apparentées à celles d'un centre de loisirs, c'est pourquoi la nouveauté de la procédure ne les effraie ni ne les étonne, l'adaptation se fait spontanément.

    En conclusion

    Quatre années se sont écoulées depuis l'ouverture de cette salle de lecture pour enfants. Il est maintenant possible de dire sans hésitation que les enfants ont adopté le lieu. Les samedis et dimanches, la salle devient trop petite avec ses 90 à 100 lecteurs, mais personne ne tourne les talons, nous trouvons un coin pour chacun. Nous constatons - et en tant que bibliothécaires cela nous paraît important - que les enfants ne viennent pas uniquement pour les livres de jeunesse mais aussi pour le fonds général, notamment en histoire, art, histoire et critique littéraires, philosophie.

    La majorité de notre public est constitué d'élèves de grandes classes, de douze à seize ans, et en plus de leur intérêt pour les livres, ils viennent pour nos dernières acquisitions en matériel audio, vidéo et logiciels qu'ils apprennent à utiliser beaucoup plus rapidement que les adultes. Les collègues des autres secteurs sont stupéfaits : les enfants lisent des livres qui ne sont pas accessibles à bien des adultes ! Il n'y a rien d'étonnant à cela : c'est précisément pendant la jeunesse que s'élabore la conception du monde, c'est une période de quête, et c'est tant mieux si les livres peuvent accompagner un adolescent le long de ce chemin difficile.

    Cette année nous avons mis en service une carte de prêt et désormais les enfants peuvent continuer leurs lectures à domicile. Cela a été possible grâce aux nombreux dons de plusieurs pays.

    Nos ateliers de langues et nos conférences ont de plus en plus de succès. Nous en sommes venus à préparer nos propres programmes et méthodes. Nous partageons volontiers nos expériences avec des enseignants et bibliothécaires, organisons des rencontres professionnelles et recevons en stage des collègues d'autres bibliothèques. De nombreuses bibliothèques créent sur notre exemple un rayon en langues étrangères.

    Échanges internationaux

    Nous accordons une grande attention à la promotion des meilleurs livres étrangers pour enfants, nous coopérons avec les éditeurs, leurs indiquons les meilleurs titres à traduire en russe. Nous en traduisons nous-mêmes par l'intermédiaire de notre propre maison d'édition née à la bibliothèque sous le nom de Roudomino. En 1994, le journal de critique littéraire Diapason, que nous éditons également, a consacré un numéro spécial à la production pour enfants. Nous organisons en collaboration avec des spécialistes étrangers des expositions, des séminaires par lesquels nous informons notre public des dernières tendances de la littérature enfantine à l'étranger. En 1994 se sont tenues deux expositions : en avril, la Fondation des livres pour enfants de Grande-Bretagne a présenté : « Les meilleurs livres de l'année 1993 », et en novembre, les éditions an-glo-saxonnes Dorling Kindersley, spécialisées en ouvrages de référence et manuels, ont présenté leur production. A ces deux occasions, des séminaires ont été proposés à toutes les personnes intéressées.

    En septembre, le directeur de la Bibliothèque internationale de Munich (BIM), Andréas Bode, a visité notre bibliothèque sur l'invitation de la VGBIL ; il a séjourné à Moscou et Saint-Péters-bourg. Son exposé passionnant sur les nouvelles tendances de l'illustration a été suivi par des bibliothécaires, enseignants, critiques d'art et éditeurs. A. Bode a également parlé des activités de sa bibliothèque et a incité ses collègues russes à prendre part à toutes les manifestations internationales organisées par la BIM.

    Les bibliothécaires de notre secteur enfants ont développé des relations professionnelles avec de nombreux collègues étrangers. De fructueux échanges d'informations se sont instaurés avec la Suède, la Finlande, la Bibliothèque internationale de Munich, le centre de la Joie par les livres en France, des bibliothécaires de Grande-Bretagne, des États-Unis, de Pologne. La VGBIL est un membre actif de la section russe de l'IB-BY. Ces contacts nous permettent de compléter rapidement notre fonds, en premier lieu par de précieux guides et périodiques professionnels. La salle de lecture devient progressivement un véritable centre de documentation sur la littérature étrangère. Nous coopérons également avec des bibliothèques de notre pays : bibliothèques de province, maisons du Livre pour enfants de Moscou et de Saint-Pétersbourg, le musée du Livre pour enfants et nous nous efforçons de les faire participer à des activités internationales.

    Nous recherchons de nouveaux contacts et établirons volontiers de nouvelles relations ; nous serons heureux de répon,dre à toute demande d'informations. Nous espérons que nos liens avec les bibliothécaires français se multiplieront et rêvons d'accueillir en nos murs une exposition de livres français contemporains.