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Congrès des bibliothèques et bibliothécaires suisses sur l'avenir des bibliothèques

1997

    Congrès des bibliothèques et bibliothécaires suisses sur l'avenir des bibliothèques

    Par Claudine Belayche

    L'édition 1997 du congrès de l'Association suisse des bibliothèques et bibliothécaires correspondait au centième anniversaire de cette association, qui regroupe établissements (représentés comme tels) et bibliothécaires, en leur nom propre, bibliothèques de lecture publique, bibliothèques scolaires (très nombreuses) et bibliothèques d'université.

    Le congrès annuel réuni à Zurich regroupait quelque 600 inscrits dans le Kongresshaus (centre des congrès), pour des conférences plénières et des ateliers nombreux, en parallèle, relatifs au thème général choisi : «Bilan sur l'avenir des bibliothèques: une profession en mutation'.

    L'exposition professionnelle, dans les halls du centre, permettait de voir démontrés des produits bibliothéconomiques, particulièrement des logiciels de gestion de bibliothèques inconnus en France (généralement d'origine germanique), des fournisseurs de mobilier, des fournisseurs de documents. L'organisation générale - qui respectait les horaires très stricts annoncés pour les conférences et tables rondes - donnait le temps de participer à des démonstrations et de prendre des contacts.

    La conférence de Jacques Neyrinck, professeur à l'Ecole polytechnique de Lausanne, portait sur « Le bon usage des systèmes de communication». Après une introduction sur l'intérêt de la numérisation de l'information, dans tous les domaines, J. Neyrinck nous brossa un tableau futuriste (mais à quel terme?) sur tous les avantages qu'il y aurait à utiliser à leur maximum les instruments des réseaux : télétravail, téléenseignement, télé-renseignement, remplissage de documents à domicile, suppression progressive des transports terrestres et routiers,...

    Bref, selon M. Neyrinck, il deviendrait de plus en plus inutile de se déplacer physiquement pour des démarches, des rencontres, puisque des visioconférences remplaceraient les rencontres dans une salle, la transmission d'informations sur le Web remplacerait la poste traditionnelle et le courrier sous enveloppe (tellement lent),...

    En bibliothèque, ces transformations techniques et sociales se traduiront par une modification fondamentale des métiers : le bibliothécaire sera d'abord un informaticien, capable de gérer et d'organiser des bases de données. Faudra-t-il même plus d'une bibliothèque mondiale, virtuelle, serveur international d'informations, sur lequel seront branchés les usagers à distance?

    L'intervenant cita les thèses de Negro-ponte, évoquées dans Pour une société sans papier, qui propose une réorganisation des relations sociales qui tienne compte de ces transformations, et une inversion des priorités d'investissements publics :

    • * moins d'investissement dans le BTP, pour mettre en place des réseaux optiques,
    • * augmenter le coût des transports terrestres et diminuer le coût des télécommunications,
    • * organiser la disparition complète de la poste,
    • * organiser des banques de données nationales et internationales,
    • planifier rigoureusement la diminution du temps de travail pour tous,
    • * et organiser une véritable démocratie directe par inte-ractivité sur le réseau.

    En un mot, il s'agit d'une autre culture à penser et à mettre en oeuvre!

    Sur ce, le conférencier nous quitta... pour une autre conférence dans un autre amphithéatre... nous privant d'un débat qui eût été animé, si j'en crois les discussions qui suivirent entre congressistes.

    Les aprés-midis étaient consacrés aux ateliers. Bien sûr, le programme chargé obligeait à choisir entre plusieurs ateliers, rencontres en petits groupes, de longue durée (3 heures) où après une introduction sur le sujet, la parole est aux réflexions, contributions, débats entre les participants.

    J'en suivis deux : « bibliothécaire de lecture publique : métier spécifique? » et "la formation des bibliothécaires en Suisse".

    Bibliothécaire de lecture publique : métier spécifique

    Question qui nous est familière également : la question semble devenir plus aigüe avec l'irruption de nouvelles technologies en bibliothèque, les BP étant - en Suisse - défavorisées par rapport aux bibliothèques d'étude et de recherche plus équipées en matériel informatique et de connexions réseaux. Madame Piot, animatrice du débat, présenta les 8 thèmes de la formation de base à laquelle a abouti la réflexion de la Communauté des bibliothécaires de lecture publique (CLP), association couplée à la BBS; formation destinée aux gestionaires de petites bibliothèques (de 50 à 200 heures) dans un souci de professionnalisation des agents de tous types de bibliothèques.

    La question d'un « noyau dur de compétences fut abordée, bien sûr, et furent données les références aux travaux de B. Seibel, A. Kupiec,... La question est posée, en particulier parce que la formation en Suisse est commune aux archivistes, documentalistes et bibliothécaires.

    Quelle spécificité? quelle polyvalence? comment ne pas rester, comme le dit un intervenant, «superficiel' ?

    Madame Deschamps, professeur à l'école de Genêve, présenta brièvement son travail de DEA (université de Lyon III) sur «la construction de l'identité professionnelle à travers les travaux de diplômes de l'école depuis 1922 » : quelques conclusions, sur l'identité sociale des bibliothécaires en construction continue, la nécessité pour construire cette identité d'une formation professionnelle forte, le parallélisme des sujets de diplômes avec l'évolution du métier.

    Ce travail sera bientôt disponible à la lecture.

    Le débat fut animé, varié, se porta sur les nouvelles technologies et la place que les BP peuvent occuper (doivent?) dans la diffusion des nouveaux supports de l'information...

    La formation des bibliothécaires en Suisse

    Sujet de débat qui a traversé tout le congrès, la question de l'année étant la création d'une nouvelle filière dite «hautes écoles spécialisées" (HES), qui devront délivrer après trois années d'études un diplôme homologué au niveau européen, reconnu par les employeurs, et reconnu par l'Office fédéral. Cette reconnaissance est, selon Yolande Estermann, qui animait cet atelier et présentait la réforme, un acquis fondamental de la profession qui manquait de diplômes de haut niveau sur l'ensemble de la confédération helvétique. Toute une construction est en cours d'être finalisée, nouveaux programmes, de nouvelles maquettes" un peu dans l'urgence, mais aussi en donnant du temps (terme final de la réforme : 2003). La situation sera donc pendant quelques années en période transitoire, demandera aux responsables pédagogiques des efforts d'adaptation, de modulation,... et à l'association une présence sur ce terrain pour veiller à la qualité de la mise en place de cette réforme. Beaucoup de points restent en débat, alors que la rentrée devrait avoir lieu en 199 ...

    Les responsables de l'école de Genève se montrent très pragmatiques, faisant des propositions, participant à des groupes de travail, tout en préparant l'année scolaire prochaine. Leur projet pédagogique sera d'aller vers un enseignement de niveau décisionnel - plus de réflexion, plus d'aide à la décision - et peut-être un peu moins strictement technique de base... cela rappellera certainement des réflexions en France sur les formations bibliothéconomiques !

    Tout cela était fort intéressant, la confrontation avec d'autres pratiques est révélatrice de similarités : ce n'est probablement pas un hasard que dans tous les pays une réflexion de fond soit en cours sur les formations, contestées par les étudiants, mises en cause par les employeurs,... marque de mutations profondes de la profession, dans une société elle-même en restructuration, où les certitudes ne sont plus aussi affirmées sur les missions et les moyens.

    Réflexions très sérieuses, qui trouvèrent des moments de détente très agréables dans une soirée cabaret » où deux jeunes femmes, musiciennes polyvalentes et polyglottes, nous firent apprécier leurs talents de chanteuses, accordéonistes, trompettistes... dans une bonne humeur communicative. Elles furent applaudies vivement.