portrait chloé dumas - arnaud dubos -

 
Chloé Dumas est directrice de la bibliothèque universitaire et de la Direction environnement pédagogique à CY Cergy Paris Université et responsable de la commission pédagogique de l'ADBU.
Arnaud Dubos est responsable de la mission Intelligence Artificielle au sein de la Direction des transitions et prospective de l'Enssib.

Rencontre avec Chloé Dumas et Arnaud Dubos, intervenants en formation continue à l'Enssib

L'Enssib a lancé un nouveau cycle de trois formations continues courtes, à distance, consacré aux enjeux et défis informationnels. A l'occasion de la deuxième formation "Comment accéder à une information de qualité ?" organisée le 5 novembre 2026, nous avons rencontré les deux intervenants, Chloé Dumas et Arnaud Dubos.



1. Savoir identifier une information de qualité : quelles compétences vous semblent déjà partagées par les citoyens, les usagers, et lesquelles vous semblent devoir être activement développées ?
Chloé : Il est très difficile de répondre à cette question tant le rapport à l’information, foisonnante, est complexe. Il me paraît important de situer ce rapport à l’information dans le cadre d’un cursus universitaire. Savoir évaluer l’information, les sources de l’information est une compétence nécessaire pour tout étudiant pour réussir ses études et avoir des clefs en tant que citoyen. 
Arnaud : Nous disposons tous d’intuitions pour juger une information : sa source, sa date, sa vraisemblance ou sa concordance avec ce que nous savons déjà. Ces réflexes sont utiles, mais ils peuvent être insuffisants. « Une information de qualité » ne se réduit pas à une information fiable : elle doit être en plus, pertinente, contextualisée et correspondre au besoin auquel elle répond. Les bibliothèques peuvent accompagner le passage de ces intuitions vers une démarche plus explicite et méthodique, jusqu’à une véritable compétence informationnelle.

 
2. L’IA est très utilisée pour rechercher de l’information : quels risques présente cette pratique et comment le focus va aborder cet usage ?

Chloé : L’IA n’est qu’un outil. Le risque est certainement de le considérer comme plus que cela. Comme tout outil, il est nécessaire d’en comprendre le fonctionnement pour identifier ses forces et ses faiblesses et ainsi l’utiliser à bon escient. L’idée est de voir quelles compétences liées à l’utilisation de l’IA sont aujourd’hui enseignées dans les BU et comment. 
Arnaud : L’IAg n’a pas inventé les erreurs, les biais ou la désinformation. Mais elle change la manière d’accéder à l’information : là où un moteur de recherche nous conduit généralement vers des sources, une IA générative nous fournit directement une réponse et peut regrouper en une seule interaction recherche, sélection, hiérarchisation et synthèse. Mais synthétiser n’est pas une opération neutre : cela suppose de sélectionner, d’écarter et de hiérarchiser l’information. Le focus abordera donc à la fois les risques et les apports de ces outils, en interrogeant ce qu’il est utile de faire soi-même, ce que l’IA peut aider à faire ou à apprendre, et ce qu’il est raisonnable de lui déléguer.

 
3. Qu’auront appris les participants à l’issue de la formation, qu’ils travaillent en BU ou en BM ?

Chloé : L’objectif est que les participants connaissent, à l’issue de la formation, les outils propres à l’écosystème dans lequel ils évoluent : référentiel de compétences, outils à leur disposition… L’idée est d’adopter quelques bons réflexes ! 
Arnaud : Ils repartiront avec des repères et des exemples concrets pour mieux accompagner leurs publics dans la recherche et l’évaluation de l’information, avec ou sans IAg. Nous verrons comment l’IAg peut aider à développer certaines compétences informationnelles sans remplacer le cheminement qui permet de les acquérir, et comment l’intégrer dans des actions de formation et de médiation.


4. Quelle question aimeriez-vous que vos usagers se posent davantage ?
Chloé : D’où vient cette information ? Qui la produit ? 
Arnaud : « « Est-ce que cet outil m’aide à mieux savoir-faire… ou seulement à ne plus avoir besoin de savoir-faire ? »
L’erreur et la désinformation sont les risques les plus visibles à court terme, qu’elles viennent d’une IA générative, d’un moteur de recherche ou d’une autre source. Mais à plus long terme, un autre risque peut apparaitre : ne plus exercer certaines compétences au point de les affaiblir. Pour les compétences informationnelles, cette perte serait problématique, car elle pourrait réduire notre capacité à chercher, vérifier, confronter et finalement exercer notre esprit critique

 

 

Propos recueillis par Natalia Leclerc, 
Responsable de la mission des Enjeux et défis informationnels
 à l'Enssib
Le 20 octobre 2026