Michel Foucault a-t-il écrit sur les bibliothèques?

Question

Bonsoir,
Michel Foucault a-t-il écrit sur la bibliothèque (nature, fonction, etc.) ? Si oui, pouvez-vous m'indiquer les références ?
Je vous pose cette question suite à la lecture de l'article "Le néolibéralisme, la démocratie et la bibliothèque comme espace radicalement inclusif" : <http://library.ifla.org/835/7/200-huzar-fr.pdf>

Réponse

Date de la réponse :  11/12/2014

Nous n'avons pas connaissance de textes de Michel Foucault sur les bibliothèques. Nous vous livrons toutefois le résultat de nos investigations.

Cependant, comme votre question excède en partie le périmètre de notre service, vous pouvez pour plus de précisions solliciter l'aide de bibliothécaires spécialisés en philosophie, via le service de référence Rue des facs : http://www.ruedesfacs.fr/

Comme vous le savez probablement, Michel Foucault a beaucoup travaillé à partir d'archives pour ses recherches.
Dans Les mots et les choses (1966) et L'archéologie du savoir (1968), il présente sa démarche comme une archéologie des "conditions de possibilité" des connaissances (ou épistémè) à différentes époques, au travers de l'étude de l'archive (ensemble des discours prononcés à une époque donnée).
En 1968, dans "Sur l’archéologie des sciences", il indique que sa démarche "archéologique" vise à analyser les "conditions historiques qui rendent compte de ce qu’on dit ou de ce qu’on rejette, ou de ce qu’on transforme dans la masse des choses dites" et précise : "J'appellerai archive, non pas la totalité des textes qui ont été conservés par une civilisation, ni l'ensemble des traces qu'on a pu sauver de son désastre, mais le jeu des règles qui déterminent dans une culture l'apparition et la disparition des énoncés, leur rémanence et leur effacement, leur existence paradoxale d'événements et de choses."
Source : Sur l'archéologie des sciences. Réponse au Cercle d'épistémologie. Michel Foucault. Dits Ecrits tome I texte n°5

Dans "Le Vocabulaire de Foucault", Judith Revel cite ce passage pour présenter l'usage du terme d'archive par Michel Foucault et le commente ainsi :
"De l'Histoire de la Folie à L'Archéologie du savoir, l'archive représente donc l'ensemble des discours effectivement prononcés à une époque donnée et qui continuent à exister à travers l'histoire.
Faire l'archéologie de cette masse documentaire, c'est chercher à en comprendre les règles, les pratiques, les conditions et le fonctionnement. Pour Foucault, cela implique avant tout un travail de recollection de l'archive générale de l'époque choisie, c'est-à-dire de toutes les traces discursives susceptibles de permettre la reconstitution de l'ensemble des règles qui, à un moment donné, définissent à la fois les limites et les formes de la dicibilité, de la conservation, de la mémoire, de la réactivation et de l'appropriation.
L'archive permet donc à Foucault de se distinguer en même temps des structuralistes - puisqu'il s'agit de travailler sur des discours considérés comme événements et non pas sur le système de la langue en général -, et des historiens - puisque si ces événements ne font pas, à la lettre, partie de notre présent, « ils subsistent et exercent, dans cette subsistance même à l'intérieur de l'histoire, un certain nombre de fonctions manifestes ou secrètes ». Enfin, si l'archive est la chair de l'archéologie, l'idée de constituer une archive générale, c'est-à-dire d'enfermer dans un lieu toutes les traces produites, est à son tour archéologiquement datable ; le musée et la bibliothèque sont en effet des phénomènes propres à la culture occidentale du XIXe siècle."
Judith Revel termine son article en indiquant qu'à partir des années 70, Michel Foucault fait une utilisation très subjective de l'archive :
"À partir du début des années 70, il semble que l'archive change de statut chez Foucault. à la faveur d'un travail direct avec les historiens (pour Pierre Rivière, en 1973 ; pour L'Impossible prison, sous la direction de Michelle Perrot, en 1978 ; ou avec Arlette Farge, pour Le désordre des familles, en 1982), celui-ci revendique alors de plus en plus la dimension subjective de son travail (« Ce n'est point un livre d'histoire. Le choix qu'on y trouvera n'a pas eu de règle plus importante que mon goût, mon plaisir, une émotion»), et se livre à une lecture souvent très littéraire de ce qu'il appelle parfois « d'étranges poèmes ». L'archive vaut désormais davantage comme trace d'existence que comme production discursive, sans doute parce qu'en réalité Foucault réintroduit au même moment la notion de subjectivité dans sa réflexion. Le paradoxe d'une utilisation non historienne des sources historiques lui a en réalité souvent été ouvertement reproché."
Source : Le vocabulaire de Foucault. Judith Revel. Ellipses, 2002

Dans le domaine des sciences de l'information, le chercheur Olivier Le Deuff fait régulièrement référence à Michel Foucault, notamment dans son dernier livre, à paraitre fin décembre aux Presses de l'enssib :
La documentation dans le numérique. Olivier Le Deuff. Presses de l'enssib, 2014. Présentation : http://www.enssib.fr/presses/catalogue/la-documentation-dans-le-numerique

Cordialement,

Le service Questions? Réponses! de l'enssib

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