Quelle est la différence entre action culturelle et médiation culturelle ?

Question

Quelle est la différence entre action culturelle et médiation culturelle ?

Réponse

Date de la réponse :  19/05/2011

Précisons d’emblée que ces notions peuvent revêtir différentes acceptions selon le contexte et le moment ; elles revêtent ainsi un sens spécifique pour les bibliothécaires.

De manière générale, la médiation relève de l'action culturelle mais elle constitue une action spécifique. Elle peut prendre des formes très diverses. La médiation postule que la culture n'est pas accessible à chacun immédiatement : pour la rendre accessible, on a recours à l'intercession de médiateurs (informateurs, accompagnateurs, pédagogues) et de procédures de médiation (textes explicatifs, balisages, modes d'emploi).

Pour les bibliothécaires, la notion de médiation peut désigner des fonctions spécifiques, la médiation des collections ou des services de la bibliothèque (une fonction de médiateur du livre est apparue à la fin des années 90, actuellement on assiste à la montée en puissance de la notion de médiation numérique), mais elle correspond plus généralement à "une certaine vision que les bibliothécaires se font de leur métier", alors que "l’action culturelle désigne plus largement un projet" (Cf. infra).

Les pages 11 à 16 du mémoire suivant sont consacrées à la distinction entre « Animation», « médiation » et « action culturelle » :
THIRIET, Mathilde. La formalisation de l'action culturelle : réflexion à partir de l'exemple de la Médiathèque de l'agglomération troyenne. Mémoire d'étude DCB, enssib, 2004 [en ligne]. Disponible sur : http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/notice-788 (consulté le 19/05/2011)
Voilà comment Mathilde Thiriet présente la médiation :
"Le terme de médiation est plus récent dans le vocabulaire des institutions culturelles, et la médiation en bibliothèque est devenue un sujet d'actualité dans les années 1990. Cette notion reste assez floue, parce qu'elle recouvre deux réalités. D'une part, elle peut être vue comme une manière particulière pour les bibliothécaires de penser la relation aux usagers et entre les usagers et la bibliothèque ; d'autre part, elle se définit également dans un dispositif expérimental, mis en place par le Ministère de la Culture en 1992, qui crée le statut de « médiateur ».
Le problème se pose donc en fait sur le plan de la compétence. Si la médiation relève d'une spécialisation et d'une professionnalisation, elle est une compétence particulière, distincte, de certains personnels de la bibliothèque. Mais si elle est cette conception, précédemment évoquée, de relation entre publics et bibliothèque, elle ne peut faire l'objet d'une professionnalisation et d'un statut. Et les bibliothécaires ont ainsi souvent vu d'un mauvais œoeil l'arrivée des « médiateurs », dont ils estimaient exercer eux aussi les compétences.
Il semble néanmoins que l'on doive prendre le terme de médiation dans son acception la plus générique, et la définir comme une attitude qu'’adoptent les personnels de bibliothèque vis-à-vis à la fois des services et des missions de la bibliothèque tels qu'ils les conçoivent, et des publics. La médiation est une manière d'être dans son métier, faisant appel à des qualités de contact, de disponibilité. Elle est cette position de « passeur » entre publics et bibliothèque, dans laquelle nombre de bibliothécaires se reconnaissent. On peut ainsi estimer qu'elle guide tout le travail, même interne et quotidien, et qu'elle est mise en œuvre dans chacune des activités du bibliothécaire, comme une action ordinaire, continue. Là où l'animation peut être caractérisée par la brièveté, l'événement, le fractionnement, la médiation peut l'être par la continuité.
La notion de médiation correspond finalement à une certaine vision que les bibliothécaires se font de leur métier. Une série de fonctions nouvelles sont en effet venues étendre le champ de compétence du bibliothécaire, à mesure qu'ont évolué offre et public des bibliothèques, de même que cette évolution a mené pour une part à la multiplication des animations. Le « service de la demande » met désormais en rapport une offre plus complexe et complète et une demande qui ne peut plus être traitée sur le mode de la connivence comme avec un public restreint et homogène. Le métier de bibliothécaire relève donc désormais pleinement de la médiation."

L’action culturelle est clairement distinguée de la médiation dans ce passage :
« Alors que l’animation est plutôt définie par un ensemble de pratiques, et la médiation par une « attitude », par une position vis-à-vis du public et des collections, l’action culturelle désigne plus largement un projet. On peut la penser comme une construction cohérente des différentes animations, ou plus précisément comme l’inscription de ces activités dans une réflexion plus large, dans un véritable projet de service. L’action culturelle fait la synthèse entre des animations qui sont de l’ordre de la pratique, et la médiation, qui est plutôt une conception du rôle des bibliothécaires dans la relation entre publics et bibliothèque.
L’action culturelle peut ainsi se définir comme la vision qui permet d’ordonner et de mettre en œuvre, dans les pratiques d’animation, le rôle de médiateur que se donnent les bibliothécaires. Elle est la réflexion et le discours sur lesquels se fondent à la fois ces activités et cette fonction de médiation. Bernard Huchet rappelle ainsi qu’elle « procède avant toute autre chose d’un discours, elle est la présentation publique d’un propos que l’établissement doit construire ». L’expression « action culturelle » contient donc dans sa signification l’idée de cohérence, l’idée d’un projet argumenté, qui engage la bibliothèque dans son ensemble. »

Pour aller plus loin :

COME, Delphine. La médiation culturelle en bibliothèque aujourd'hui légitimité, missions et perspectives / Delphine Côme ; sous la dir. d'Emmanuèle Payen [S.l.] : [s.n.], 2004
Delphine Côme reprend l'idée évoquée par Mathilde Thiriet, selon laquelle le « bibliothécaire est par définition un médiateur culturel, puisqu'il est le passeur entre des collections et des lecteurs. Tout l'art des bibliothécaires consiste à prendre en compte les conditions de réception dans l'élaboration de l'offre, sans pour autant céder sur la qualité des contenus à transmettre ».

Cordialement,

Le Service questions? réponses! de l'enssib

MOTS CLES : Services et publics : Action culturelle