Bibliothèques et encyclopédisme

Question

Bonjour,
La notion d'encyclopédisme en bibliothèque municipale est-elle devenue obsolète avec Internet ?
Pouvez-vous aussi me rappeler le sens exact d'"encyclopédisme" en bibliothèque ?
Est-ce parler d'absolument tout ?
Merci

Réponse

Date de la réponse :  16/09/2014

Vous vous interrogez sur l’encyclopédisme en bibliothèque et plus précisément sur son éventuelle obsolescence dans le contexte numérique. Corollairement, un rappel du sens de cette notion d’encyclopédisme en bibliothèque ne vous semble pas superflu.

Pour ce qui est de la définition : l’encyclopédisme en bibliothèque fait référence aux missions d’accumulation de connaissances dans différents domaines, idéalement dans tous les domaines, missions adossées à un effort de classification et destinées à offrir à chacun et à tous un même socle de connaissances. Le sens de cette notion a évolué avec le temps en lien avec la bascule qui s’est opérée entre la place de la collection et la place des publics. Aujourd’hui, les politiques orientées Publics en bibliothèques étant prédominantes, nous avons plutôt tendance à considérer l’encyclopédisme comme un encyclopédisme relatif au sens où cela correspondrait à l’accumulation de connaissances dans l’ensemble des domaines adaptés aux publics cibles. Encyclopédisme relatif qui est défini par une politique documentaire http://www.enssib.fr/le-dictionnaire/politique-documentaire

C’est ce que l’on pouvait déjà comprendre de l’article 7 de la Charte des bibliothèques du Conseil supérieur des bibliothèques, du 7 novembre 1991 http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/1096-charte-des-bi...
Extrait :
"Art 7 - Les collections des bibliothèques des collectivités publiques doivent être représentatives, chacune à son niveau ou dans sa spécialité, de l’ensemble des connaissances, des courants d’opinion et des productions éditoriales. Elles doivent répondre aux intérêts de tous les membres de la collectivité à desservir et de tous les courants d’opinion, dans le respect de la Constitution et des lois. Elles doivent être régulièrement renouvelées et actualisées. Les collections des bibliothèques universitaires et spécialisées doivent également répondre aux besoins d’enseignement et de recherche des établissements en cohérence avec les fonds existants et avec ceux des bibliothèques appartenant au même ensemble ou à la même spécialité. D’une manière générale, chaque bibliothèque doit élaborer et publier la politique de développement de ses collections et de ses services en concertation avec les bibliothèques proches ou apparentées."

Et ce qui sera affiné dans le Code de déontologie du bibliothécaire, adopté lors du conseil national de l’Association des bibliothécaires français (ABF), le 23 mars 2003 http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/1989-code-de-deont...
Extrait : « 2 – La collection : Le bibliothécaire favorise la réflexion de chacun par la constitution de collections répondant à des critères d’objectivité, d’impartialité, de pluralité d’opinion. Dans ce sens, il s’engage dans ses fonctions à :
- Ne pratiquer aucune censure, garantir le pluralisme et l’encyclopédisme intellectuel des collections.
-Offrir aux usagers l'ensemble des documents nécessaires à sa compréhension autonome des débats publics, de l'actualité, des grandes questions historiques et philosophiques.
- Appliquer les dispositions législatives et réglementaires concernant les collections, ainsi que les décisions de la justice, sans se substituer à celle-ci, notamment celles qui interdisent la promotion de toute discrimination et de toute violence.
- Assurer la fiabilité des informations, œuvrer à leur mise à jour permanente et à leur conformité à l’état présent des connaissances scientifiques.
- Organiser l’accès aux sources d’informations pour les rendre disponibles, y compris à distance, selon les normes professionnelles en vigueur.
- Faire connaître et mettre en valeur les collections, les ressources, les services dans le respect de la neutralité du service public.
- Faciliter la libre circulation de l’information. »

Internet vient-il remettre en question l’encyclopédisme de la bibliothèque ?

À lire cet article d'Anne-Marie Bertrand (paru il y a plus de 10 ans), Internet semble remettre en cause la notion d’encyclopédisme :
Les 25 ans de la BPI, Anne-Marie Bertrand. Bulletin des bibliothèques de France, n° 1, 2003 http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2003-01-0129-011
Extrait : « La première table ronde portait sur l’encyclopédisme, « un concept fondateur malmené », malmené, on s’en doute, par Internet. « Est-ce qu’Internet change radicalement la donne ? », fut la question initiale posée par Valérie Tesnière (Bibliothèque nationale de France, BnF). Oui, sembla lui répondre Robert Damien. Oui, car Internet rompt le pacte de lecture en œuvre depuis Gutenberg. Désormais, « le livre se transforme en texte », « il ne disparaît pas, il se surmultiplie » : les nouvelles techniques de lecture multiplient les outils de lisibilité. « À chacun son encyclopédisme, à chacun son parcours » : mais si chacun « s’auto-encyclopédise», il n’y a plus besoin d’institution, de médiateur, de conseiller, de bibliothécaire. Ce nouveau savoir lire engendre un moment de solitude : « Où sont les équipes, les équipements, les équipages pour cette navigation ? » Dans un registre évidemment moins lyrique, Claire Dartois (BPI) fit la même réponse. Oui, Internet change la donne de l’encyclopédisme et fait apparaître de nouveaux enjeux. S’élevant contre une « vision magique d’Internet », elle évoqua les questions qui se posent en matière de hiérarchisation et découpage des connaissances, de fiabilité scientifique, d’accès, et de sélection – car une collection reste toujours une sélection. Avec les sélections de signets, dit-elle, les bibliothécaires cherchent à recréer un encyclopédisme virtuel. Mais les problèmes d’accès, conclut-elle en adaptant une formule d’Antoine Prost, font qu’on assiste plutôt à une démographisation du savoir encyclopédique qu’à sa démocratisation. »

Patrick Bazin parle également de la crise du modèle encyclopédique dans un article de 2004 :
Plus proches des lointains, Patrick Bazin, Bulletin des bibliothèques de France, n° 2, 2004 http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2004-02-0008-002

Ce que l’on peut peut-être penser est qu’Internet ne vient pas remettre en cause l’ambition encyclopédique de la bibliothèque, mais qu’il vient modifier la manière d’y parvenir. De plus, si l’on pose Internet en concurrent de la bibliothèque et non comme une proposition complémentaire, le socle de connaissances communes sous-jacent à cet encyclopédisme est évidemment remis en question.

Nous avons tenté de répondre à votre question bien que cela soit plus un sujet de dissertation qu’une question nous permettant d’apporter une réponse définitive. Il faut donc prendre cette réponse comme de la matière à penser.

Pour aller plus loin, la réflexion devrait porter sur l’impact de la non conservation du patrimoine numérique ou sur les enjeux de l’open access (le libre accès à la littérature scientifique et aux documents de la recherche). En effet, quels impacts sur l’ambition encyclopédique de la bibliothèque ?
Sur le sujet, vous pouvez lire par exemple :
- Charte sur la conservation du patrimoine numérique, UNESCO, 17 octobre 2003 http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/60274-charte-sur-l...
- Déclaration de l’IFLA sur le libre accès à la littérature scientifique et aux documents de la recherche, 5 décembre 2003 : http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/1972-declaration-d...

Cordialement,
Le service Questions? Réponses! de l'enssib

MOTS CLES : Collections : Politique documentaire