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    Par Claudine Belayche
    Anne-Marie Bertrand

    Les Villes et leurs bibliothèques

    Légitimer et décider, 1945-1985

    Paris, Cercle de la librairie, 1999. - [coll. Bibliothèques). ISBN 2-7654-0745-2. - br. 250 F.

    Cet ouvrage est issu de la thèse soutenue par Anne-Marie Bertrand à l'université de Versailles-Saint-Quentin en septembre 1998, sous la direction de Pascal Ory, spécialiste de l'histoire culturelle. Thèse d'histoire, cet ouvrage est dans la droite ligne de ceux que l'auteur a publiés depuis plusieurs années, recherches continues autour des politiques municipales, des « acteurs et enjeux des bibliothèques »...

    Il s'agit bien pour son auteur de retracer depuis la fin de la guerre une histoire croisée :

    • des politiques successives de l'État concernant le soutien aux bibliothèques municipales (BM), avec leurs stagnations, leurs revirements, leurs hésitations...
    • des attitudes diverses selon les villes, selon les moments, des politiques municipales entre désintérêt et forte implication pour le développement de bâtiments.

    Le critère explicité par Anne-Marie Bertrand est de considérer la décision de construire un bâtiment à usage de bibliothèque comme une marque, pour l'État comme pour les villes, d'une volonté d'agir en faveur de la lecture publique. De ce point de vue, elle étudie le paysage des BM sinistrées après guerre et pendant encore de nombreuses années, la grande stagnation des équipements. Les citations de rapports d'inspecteurs généraux sont des moments très significatifs des blocages de toute initiative.

    D'un côté, l'État ne peut offrir aux communes d'aide incitative aussi alléchante que pour une salle polyvalente ou un stade (de 1945 à 1972). De l'autre, les communes qui ne sont pas poussées par leurs habitants vers ce type d'investissement ont tant d'autres soucis... Ce n'est que lorsque des deux côtés, la convergence des changements, se fera que se débloquera une situation passablement retardataire, dénoncée par le Rapport sur la lecture publique de 1968, et par nombre de missions de l'inspection générale ou de la direction des bibliothèques.

    Le mérite de cet ouvrage est de prendre des exemples précis, tirés d'archives, pour mettre en valeur les différentes réactions des collectivités. Dire aussi que l'action incitative de l'État, appuyée sur des subventions, est nécessaire mais non suffisante pour développer une politique locale. C'est quand elle vient à point, dans un contexte local préparé, que la décision se prendra, difficilement, car le maire doit aussi convaincre ses propres colistiers de l'utilité et de la nécessité de cet équipement.

    On y retrouvera aussi les ambiguïtés de la politique de l'État qui, sans moyens suffisants, doit faire des choix entre développer les bibliothèques universitaires après 1968, développer les bibliothèques centrales de prêt, créées en 1945 mais réellement existantes « au compte-gouttes » : trente-cinq ans après l'ordonnance créatrice, dix-sept restaient encore à construire !

    On trouvera aussi dans cet ouvrage quelques lignes sur les projets de loi esquissés, jamais portés sur l'agenda ministériel, jamais réellement politiquement appuyés... On y lira l'importance de la conviction d'un directeur du livre et de la lecture, Jean Gattégno, qui se fit missionnaire du développement de la lecture publique et usa de toute sa force de conviction pour porter et supporter des projets.

    Enfin on pourra lire dans cette thèse, au-delà des politiques publiques décryptées, écrites (pas toujours), que, dans le domaine qui nous intéresse, les hommes et les femmes qui les ont défendues, appliquées, parfois interprétées, ont beaucoup compté, qu'ils ou elles ont pris des positions dépassant parfois largement leurs compétences strictement déléguées...

    C'est peut-être ainsi que l'histoire avance !