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    Par Claudine Belayche
    Baptiste Marrey, écrivain public

    Éloge des bibliothèques

    Paris, Helikon, 2000. - (Medialibre). - ISBN 2-9509327-2-X. - br. - 89 F

    Baptiste Marrey suit depuis longtemps le monde du livre, de la librairie (on se souvient de son Éloge de la librairie avant qu'elle ne meure) et des bibliothèques. Nombre de fois, on l'a entendu parler avec chaleur, et sans complaisance, des bibliothèques, de leur rôle dans la diffusion du livre et sa promotion, mais aussi de leurs carences, de leurs lacunes... et disons encore des lacunes dans la formation et les compétences des bibliothécaires.

    Voilà qu'aujourd'hui il a décidé de prendre la plume, poussé par le débat ouvert autour du droit de prêt. Cet ouvrage de 235 pages se compose de trois parties : « Éloge en dix points », « Le futur du livre, ou quelques propositions concrètes et de passionnantes et indispensables « Annexes ».

    La première partie est un ensemble très documenté sur les bibliothèques. Car l'auteur, avant de se laisser aller à ses habituelles réflexions personnelles, a souhaité - et réussi à - proposer une étude chiffrée, argumentée, sur les bibliothèques universitaires, municipales et départementales. Il a ainsi lu et exploré les rapports du CSB, les rapports statistiques des ministères, le rapport Lachenaud sur les BU... et les chiffres qu'il regroupe à sa façon sont bien intéressants, vus et analysés de l'extérieur.

    De même, en grand connaisseur de l'édition et de la librairie, il nous brosse un tableau impressionniste, et pourtant documenté aux meilleures sources (les statistiques du SNE et de Livres Hebdo), de l'édition et des concentrations en cours, de la diffusion-distribution, elle aussi hyperconcentrée, et détaille les masses critiques qui font le commerce du livre en France aujourd'hui. Pourtant, j'ai une divergence avec lui sur le calcul du droit d'auteur dans le cas d'un livre vendu avec remise : il écrit que l'auteur est lésé, et je crois qu'il s'agit d'une erreur (l'éditeur, pas plus que l'auteur, ne sait la destination du livre après vente au libraire. Le contrat d'auteur ne se réfère qu'au « prix public » !).

    On ne manquera sous aucun prétexte « L'enlèvement de la bibliothécaire, ou portrait de mal-aimées », dans lequel, avec tendresse et esprit critique, il fait un portrait (pas toujours faux) de nos collègues - on les retrouve « hussardes en jeans de la République », ce qui fera plaisir à beaucoup - et montre la vie quotidienne des bibliothécaires dans les quartiers dits « difficiles » !

    Le chapitre sur les sociétés de répartition de droits, qui fera grincer des dents, est peu complaisant pour icelles : Baptiste Marrey a suivi dans la presse les démêlés de plusieurs sociétés d'auteurs avec leurs mandants, certains leur faisant un procès ; il défend les droits des auteurs, sous réserve qu'ils soient défendus dans la transparence, ce qui n'est semble-t-il pas le cas dans toutes les sociétés de gestion de droits aujourd'hui. Ce chapitre ne lui fera pas que des amis ! Dans les débats actuels, les principes de fonctionnement de la SOFIA et de la SCAM nous renseigneront très utilement !

    Le chapitre conclusif de cette première partie est un plaidoyer pour une « charte de la lecture publique » où il rappelle que, de tous les établissements culturels ouverts depuis trente ans, les bibliothèques sont certainement celles qui, avec des limites, ont le mieux réussi la démocratisation culturelle. Il était bon de le redire, face à certaines contre-vérités qui essaiment ici où là.

    Des propositions concrètes :

    • Former les bibliothécaires et les libraires dans les mêmes écoles pour assurer une véritable interprofession dès le début, ce qui faciliterait ensuite le travail par-tenarial.
    • Soutenir les bibliothèques qui se donneraient comme objectif de constituer et conserver des fonds de littérature contemporaine solides, et organiser ce réseau : ce seraient des « bibliothèques art et essai ».
    • * Créer des « centres de documentation sociale », à vocation multiple (proposition du rapport Pingaud, 1982) : là, il me semble que cette idée promue dès les années 1980 a trouvé dans nombre de villes une certaine réalisation. Que ce soit dans les bibliothèques elles-mêmes ou dans des partenariats organisés par les villes.
    • "Enfin, donner aux bibliothèques un statut d'établissement public, ce qui susciterait selon l'auteur un « changement d'état d'esprit ».

    Pour tout cela, des moyens financiers seraient à prendre sur des taxes touchant les best-sellers ou les livres adaptés en films ou à la télévision !

    Les annexes sont aussi importantes à lire que le corps du texte, car elles regroupent des textes repris dans des publications parfois confidentielles et des articles de journaux : un article de J. Lindon, in Le Monde, sur le droit de prêt ; un article remarquable, publié dans le magazine de la SGDL, sur... les difficultés pour les auteurs de récupérer leurs droits auprès de leurs éditeurs ! Mais aussi des chiffres sur les pratiques culturelles des Français, le commerce et la diffusion du livre. Enfin, la boucle se ferme sur les relations entre bibliothèques et libraires autour des marchés publics et des remises !

    On y trouve beaucoup d'autres choses : la lecture de ce livre est indispensable, pour le style militant de son auteur, pour sa sincérité, et aussi pour les arguments et documents qu'il nous livre en étai de sa réflexion !