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    Par Claudine Belayche
    BPI, le British Council, Ed
    Goethe Institut, Ed

    Regards croisés et perspectives

    Bibliothèques publiques en Europe: actes du Colloque

    les 5 et 6 novembre 1998. - Paris : Centre Georges Pompidou, BPI, 2000. - (BPI en actes). - ISBN 2-84246-044-8. - br. 110 F

    Deux ans après la tenue à Paris de ce colloque international sur les bibliothèques publiques en Europe, en paraissent les actes : délai un peu long, mais la lecture de ces textes reste passionnante et les thèmes abordés n'ont en rien perdu de leur actualité. En effet, les deux journées reprises ici, dans les interventions et en synthèse de débats, ont traité de sujets « lourds » comme le rôle des bibliothèques dans la société de l'information, le rôle social des bibliothèques, la formation des bibliothécaires. Tous sujets qui, évidemment très influencés par le développement rapide des technologies numériques, n'y sont pas soumis totalement.

    Le cadrage général fait par Giuseppe Vitiello, responsable au Conseil de l'Europe de la politique des archives et du livre, montre chiffres à l'appui le regard que les pays européens - y compris de l'est de l'Europe - portent aujourd'hui sur l'évolution de leurs bibliothèques et leur intégration dans la société. C'est peu de dire que la France, si l'on excepte le patrimoine, n'est pas vraiment dans le peloton de tête pour le développement d'une politique documentaire générale (que l'Unesco appelle PGI), pour la réflexion et la mise en oeuvre du rôle des bibliothèques dans la lutte contre l'« analphabétisme numérique», (voir Bulletin de l'ABF, n° 187) G. Vitiello présente également les directives en cours sur l'adaptation des législations du droit d'auteur aux outils de diffusion numérique,... peu de changement à cette date, encore que la « 3edirective » attendue soit en cours de finalisation.

    Quelles perspectives d'évolution pour les B.P. ? À leur tour, Margaret Haines, Barbara Lison et Anne Marie Bertrand brossent le tableau (incertain) de l'avenir des établissements, de leur évolution prévisible/souhaitable ? des adaptations nécessaires. Je dois dire que la partie « la bibliothèque comme lieu d'intégration sociale » est très significative de la manière qu'ont les Allemands, les Danois, les Anglais, les Français, d'aborder un tel sujet : les cas concrets présentés par les responsables de bibliothèques entendus concernent pour l'Allemagne le rôle d'intégration sociale et les différents services que doit offrir la bibliothèque à tous. Pour les Danois, c'est l'intégration des populations immigrées qui est mise en avant avec une bibliothèque entièrement dédiée aux langues étrangères (60 langues, 8 alphabets, avec logiciel multilingue spécifique) qui joue le rôle de centre de prêt, aide et assistance technique aux bibliothèques pour leurs acquisitions, et va chercher les livres dans les pays d'édition eux-mêmes. Le but ultime étant qu'un immigré sera intégré dans le pays quand il sera intégré aussi dans la bibliothèque, car la fréquentation de la bibliothèque est en soi un signe de pleine citoyenneté.

    L'exemple de la bibliothèque de Reggio Emilia, en Italie, est fabuleux même s'il reste totalement exceptionnel : la bibliothèque touche la moitié de la population, succès que sa responsable attribue au libre accès quasi intégral (cela fit scandale !), à la qualité professionnelle, à l'informatisation, et à la décentralisation. Que la discothèque de la ville utilise des pseudo-cartes de bibliothèque pour sa publicité nous rend heureux.

    Martine Blanc Montmayeur pour la France fait état des centres de documentation sociale, des efforts des bibliothèques pour desservir des publics en difficulté, mais remarque aussi que ces efforts sont parfois battus en brèche par d'autres institutions qui voient les bibliothèques comme « concurrentes » sur un terrain qu'elles jugent leur : sur la recherche d'emploi. Le partenariat n'est pas toujours une évidence pour tous !

    Les exposés, et le débat qui suit les interventions, sur les formations de bibliothécaires montrent que le sujet est sensible partout, et sujet à évolution. J'ai apprécié la façon dont la Suède pose la question de la formation des enseignants ! Les réponses apportées par le directeur de l'ENSSIB - exclusivement sur l'intégration des technologies informatiques - en revanche, m'ont laissée sur ma faim !

    Beaucoup d'autres choses, mais je ne peux me priver de laisser comme Martine Poulain le mot de la fin à notre collègue anglais : « La British Library a proposé un abonnement de 300 livres. La réaction a été aussitôt négative et on a décidé de trouver le financement ailleurs », puis à notre collègue italienne : « les bibliothécaires doivent faire de la résistance parce que les usagers paient déjà la bibliothèque : il n'est donc pas question qu'ils la paient deux fois ».

    Ouvrage passionnant, roboratif, qui ouvre des horizons de réflexion et d'action. Lecture absolument recommandée.