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L'effondrement de la Très Grande Bibliothèque nationale de France

2000
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    Par Claudine Belayche
    Jean-Marc Mandosio.

    L'effondrement de la Très Grande Bibliothèque nationale de France

    Ses causes, ses conséquences

    Paris, Éditions de l'Encyclopédie des nuisances, 1999.- br - 75

    Cet ouvrage, de type pamphlet, posait question : écrit par un (ex) conservateur de bibliothèque, il ne pouvait être ignoré de nos collègues, même si son titre et les critiques qui lui ont été consacrées lors de sa sortie étaient modérément favorables !

    Au long de ses quelque 200 pages, l'auteur décrit un historique : celui de la TGB, devenue BnF, les aléas d'une histoire que l'on connaît décrite « de l'intérieur » par Jean Gattégno dans son dernier ouvrage, De la TGB à la 6M-b/s(Èditions du Cercle de la librairie, 1993). On pourra très difficilement contester à J.-M. Mandosio qu'il rappelle quelques vérités premières :

    • la préparation insuffisante du programme fonctionnel de !aBNF:
    • I'« énorme changement de dernière minute » dudit programme qui, d'une bibliothèque qui devait contenir 3 millions de documents, se trouvait du soir au matin devoir en rassembler le triple !
    • les interventions politiques diverses, et contradictoires, qui ont gêné l'avancement des travaux ;
    • le manque de clarté des objectifs.

    L'auteur doit être félicité pour sa revue de presse très complète, de Moeurs actuelles à Libération en passant par les magazines ou revues les plus variées. De même, les difficultés d'intégration de deux équipes (l'ex-EPBF, et la BN de Richelieu) sont montrées avec efficacité : l'absence de clarté sur les objectifs, des querelles de « chapelles » n'ont pas aidé à la sérénité !

    Le point fait sur les problèmes de l'ouverture, du haut-de-jardin mais surtout du rez-de-jardin, montre une information prise aux sources les plus internes de la BnF. Certes, le rapport Poirot est largement utilisé, ainsi que les informations parues sur les sites Web des grévistes de décembre 1998, mais aussi des informations syndicales. Pour tout cela il faut lire cet ouvrage, qui présente des informations nécessaires.

    Là où nous suivrons moins son auteur, c'est sur le postulat que l'informatique, les fichiers numérisés, c'est beaucoup moins bien que les bons vieux catalogues dans leurs tiroirs. Oui, quand un fichier informatique est mal (ou n'est pas) indexé, le document est perdu. Bien sûr, quand une fiche est dans son tiroir, elle en bougera difficilement... et encore. Mais il faudrait aussi dire les erreurs d'intercalation (pour ceux qui ont pratiqué, d'excellents souvenirs), le nombre peu élevé de renvois, de rappels, de vedettes matière (cela par simple absence de temps pour reprographier les fiches et les intercaler en nombre trop important). Il me semble que l'hostilité systématique à l'informatisation des fichiers fait perdre à cet opuscule une partie de sa crédibilité technique.

    En revanche, l'analyse faite d'une partie « fonctionnelle » du progiciel d'accès à la BnF, et en particulier au rez-de-jardin, mérite attention. Très schématiquement, J.-M. Mandosio analyse le processus de réservation de place, d'entrée-sortie du bâtiment, de surveillance des sacs et mouvements des lecteurs, le comparant à celui fait pour des réservations de places d'avion : ce raisonnement a une argumentation intéressante.

    Effectivement, comme dans un avion, le lecteur est pris en charge, suivi « à la trace » pendant son parcours, conduit de façon univoque vers une place (et une seule) à laquelle il est lié pendant toute une session de travail, quels que soient ses souhaits de « transversalité » de recherches dans les différentes salles, de réinstallation ailleurs pour des raisons pratiques ou... de confort. Comme dans les avions, la mobilité est impossible. Là, effectivement, la prégnance du système logiciel informatique est plus que pesante et a entraîné des dysfonctionnements quotidiens dont les usagers se sont amèrement plaints.

    Les citations et extraits d'interviews de responsables sur ce sujet sont éloquents, et font immanquablement penser aux tristes débuts de Socrate, le système de réservation de la SNCF, qui firent les beaux jours de la critique (et les mauvais jours des voyageurs). Ce qui est montré là, c'est que la mise en fiche des lecteurs, leur « catalogage » dans un usage strict et unique de la bibliothèque, est une grossière erreur de conception. Nous le savons : aujourd'hui, pour le même usager, les usages diffèrent dans le temps, et leur repérage trop rigide ne peut qu'amener des désagréments qui ne rendent pas l'usage de la bibliothèque confortable.

    Or, outre la recherche et la qualité des documents offerts par une bibliothèque, les conditions de travail et d'accueil y sont fondamentales, au risque de voir le public en choisir une autre. À cela aussi, les architectes doivent être attentifs, comme les responsables bibliothéconomiques d'un projet !

    Peut-être - l'auteur avance cette hypothèse - l'usager n'a-t-il pas été assez mis au centre des préoccupations des programmateurs ; ce qui ne veut pas seulement dire faire de coûteuses études, mais regarder vivre une bibliothèque et écouter les personnels au contact des lecteurs. Tout cela est dans le rapport Poirot, et n'attend que d'être résolu !