Index des revues

 
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    Par Anne-Marie Bertrand
    Marie-Françoise Bisbrouck, dir
    Daniel Renoult, dir

    Construire une bibliothèque universitaire

    De la conception à la réalisation

    Paris : Cercle de la Librairie, 1993. (Bibliothèques). ISBN : 2-7654-0518-2. Prix : 395 F.

    Après une longue période de vaches très maigres, les bibliothèques universitaires font de nouveau l'objet de l'intérêt du ministère chargé de l'enseignement supérieur, aiguillonné par le sévère "rapport Miquel" (1) . Les budgets de fonctionnement augmentent, des postes sont créés (dégelés, disent les mauvaises langues) et l'on recommence à construire. Le plan Université 2000, contractuel entre l'Etat et les collectivités territoriales qui apportent chacun 16 milliards de francs, est la garante de la durée de cet effort. Pour les bibliothèques universitaires, il prévoit de construire 35 000 places supplémentaires.

    Construire, donc. Oui, mais : les trois-quarts des bâtiments actuels ont été construits entre 1955 et 1975 ; la vogue des tours-silos et du tout-magasin est terminée ; les instructions de 1962 sur l'organisation duale des salles sont obsolètes ; le libre-accès aux livres et la classification Dewey sont désormais conseillés ; le nombre d'étudiants a presque doublé depuis vingt ans (696 000 en 19711972, 1 236 000 en 1991-1992) ; les OPAC et les CD-ROM se multiplient, tandis qu'apparaissent des collections de films ou de didacticiels... Devant une telle métamorphose des techniques et des besoins, le savoir ancien sur les constructions de bibliothèques universitaires qui "s'était progressivement perdu", dit Daniel Renoult, est de toutes façons inopérant. C'est un autre savoir qu'il faut construire.

    La DPDU a réalisé et diffusé en mai 1991 un premier rapport : Bibliothèques universitaires : principes et méthodes de programmation, qui marquait le renouveau des travaux de réflexion en ce domaine. Ce livre-ci, co-dirigé par Marie-Françoise Bisbrouck et Daniel Renoult, est la continuation de ces premiers travaux, sous une forme développée et plus attrayante.

    C'est en effet un fort volume de 300 pages, abondamment illustré de photos comme de plans et graphiques, qui nous est proposé. Elaboré par une équipe de bibliothécaires, architectes, programmistes et ingénieurs, il se veut d'abord pratique : abordant successivement les missions des bibliothèques universitaires, la programmation quantitative et qualitative, le montage et la réalisation du projet et les caractéristiques techniques du bâtiment. il apportera. entre autres. des informations concrètes sur les concours d'architecture, sur la protection contre l'incendie ou sur le dimensionnement des places de consultation (18 schémas proposés 1), comme sur la ré-utilisation des bâtiments existants, l'équipement mobilier, les problèmes d'éclairage ou. bien sûr. les modalités de calcul de surface des différentes zones. Cette volonté d'être concret se manifeste également dans la place accordée aux exemples : 35 pages pour trois exemples de programmation (Paris VIII-Saint-Denis, Montpellier-Droit. Institut Pasteur) et 40 pages pour quatre réalisations étrangères (Boston, Kassel. Stock-holm et Groningen).

    Cet ouvrage, dont la filiation avec La Bibliothèque dans la ville est évidente (comment ne pas faire cette remarque ?), s'avérera extrêmement utile à tous les acteurs des projets de construction de bibliothèques universitaires.

    Mais il est également très intéressant pour l'amateur de bibliothèques publiques à qui, avec quelque perversité, l'ABF a confié cette critique. Très intéressant pour ce qu'il nous dit des bibliothèques universitaires et pour ce qu'il nous en laisse deviner. A cet égard, c'est la première partie de l'ouvrage, moins technique, qui est la plus instructive. Qu'y constate-t-on ?

    D'abord, une certaine prudence. Si l'on considère que la taille d'une bibliothèque universitaire doit être fonction de l'importance de ses collections et du nombre de places de travail offertes, il va de soi que ces deux chiffres sont ici primordiaux. Or, ils sont traités très brièvement, l'un comme l'autre. Daniel Renoult parle seulement d'un seuil minimal initial de 50 000 documents et 1000 à 2500 titres de périodiques pour 5000 utilisateurs (p. 24), ce qui semble bien peu. Quant à Isabelle Crosnier, elle propose (p. 57) trois hypothèses de programmes en fonction du nombre de places (1 pour 3, pour 5 ou pour 7 étudiants). Etonnée de cette apparente indécision, j'ai poursuivi ma lecture et constaté que Paris VIII-Saint-Denis programmait 1 place pour 13 étudiants (1875 places pour 25 000 étudiants) et Montpellier-Droit 1 place pour 5 (2 000 places pour 10 000 étudiants). La situation actuelle serait, elle, de l'ordre de 1 place pour 17 étudiants (70 000 places pour 1 236 000 étudiants). Devant de tels écarts, on comprend que la prudence soit de mise.

    J'ai ensuite noté l'effort pédagogique qui sous-tend cet ouvrage et qui, en creux, est révélateur des freins et blocages actuels : Daniel Renoult et Marie-Françoise Bisbrouck plaident ainsi tour à tour pour la fonctionnalité du bâtiment (p.l6 - on peut supposer que les aléas du concours de Jussieu y sont pour quelque chose), pour le rôle culturel de la bibliothèque universitaire (p. 23), pour une vision résolument prospective (p. 40), pour la réorganisation des services (p. 84), pour le libre accès (p. 16 et 97), pour l'extension à de nouveaux services, médiathèques de langues, didac-thèques. audiovisuel (p. 101).

    Et j'en viens à mon troisième étonnement : et si ce livre cherchait à faire adopter par les bibliothèques universitaires ce qui. croit-on. a entraîné le succès des bibliothèques municipales. des locaux vastes et accueillants, le libre accès, le multi-média. l'action culturelle ? Ce discours persuasif est en effet appuyé par des suggestions de visites de bibliothèques universitaires étrangères et de bibliothèques publiques françaises (p. 85) et par les exemples plusieurs fois cités de la BPI et de La Villette. Car l'objectif à atteindre, outre l'amélioration du service rendu, est bien l'augmentation de la fréquentation : si actuellement 61,4% des étudiants sont inscrits dans une bibliothèque universitaire, le seuil de 80% est visé à moyen terme, "l'horizon à long terme devant tendre vers 100%" (p. 50). Les bibliothèques universitaires sont donc invitées à augmenter leur attractivité, notamment en empruntant le chemin déjà suivi par les bibliothèques municipales et en instaurant "un espace généreux et convivial" (p. 92).

    On appréciera ce savoureux hommage - peut-être pas involontaire. Mais, on se posera également cette question : l'exemple des bibliothèques publiques françaises peut-il devenir un modèle ? Le décloisonnement des médias, la déségrégation des publics, la diversité des services, la multiple validité des usages, la gratuité intellectuelle, la bibliothèque comme espace de sociabilité, les étudiants en bénéficient comme usagers de leur bibliothèque publique. Mais ils en connaissent aussi, trop souvent, les rayonnages dégarnis, le personnel débordé et les horaires bonzaï (cultures de petite taille). Alors, à s'inspirer des bons côtés des bibliothèques publiques, autant essayer aussi d'éviter leurs travers : derrière la façade, attention à la marche.

    Ces quelques remarques hors de propos n'enlèvent évidemment rien aux qualités éminentes de cet ouvrage.

    1. MIQIH (Andrel. les Bibliolhèques unheisiKiires - Furis La Documennuion 11>89 retour au texte