Index des revues

 
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    Par Claudine Belayche
    Marianne Briault
    Corinne Leblond
    Frank Meï
    Valérie Reymond.

    Les Médiathèques et leurs publics

    Enquêtes dans le Rhône, Arles et Chambéry

    Villeurbanne : ENSSIB, 1996. ISBN 2-910227-10-3. Prix : 120 F.

    Cette nouvelle livraison des Presses de l'ENSSIB présente quatre études réalisées par des élèves de l'école, pendant leur stage d'étude en 1995. Une thématique commune, déclinée selon des lieux et des procédures différentes, toutes tentant de préciser le profil des usagers de bibliothèque, de leurs motivations, de leurs attentes, etc.

    Ces quatre études sont chacune présentées par le responsable de l'établissement de stage, qui en fait une courte analyse et surtout présente le sens de la demande, dans le contexte de la bibliothèque étudiée : les approches sont très différentes.

    Ainsi, à Chambéry, Marie-Claire Brun tire argument de l'étude pour souhaiter un approfondissement du concept de « médiathèque avec intégration des supports, en s'interrogeant sur les évolutions des publics, et celles des personnels (j'y reviendrai) ; à Arles, notre collègue - fidèle à une de ses constantes idées - a demandé aux stagiaires de vérifier quelques idées « reçues » ou usuelles...

    Chaque étude a ses qualités, il n'est pas ici lieu d'en discuter. Je regretterais seulement que l'éditeur n'ait pas jugé bon de nous donner les textes des questionnaires, ou des guides d'entretien proposés, car l'on sait en ces matières combien la façon de poser les questions et leur libellé même induisent des réponses divergentes. Dans l'ensemble, également, on aurait souhaité que les résultats aient été plus exploités en croisement, et les comptages " bruts par catégorie SP, par âge, etc., mis en perspective avec certaines réponses sur les comportements de lecture (je pense en particulier à Arles). Bien sûr, il ne faut pas oublier que ces mémoires d'étude se déroulent en moins de trois mois, et ne peuvent être aussi lourds que des thèses.

    Enfin, des repères bibliographiques nous auraient aidés, surtout dans le cas où sont cités mémoires ou thèses non publiés largement, et rapidement évoqués dans les textes des auteurs.

    Cela posé, la lecture suivie de ces quatre études induit des conclusions très intéressantes. Dans les bibliothèques de grandes villes, on note une évolution notable des pratiques de fréquentation, des types de documents demandés, des types d'usages : cela ne fait que confirmer les nombreuses études récentes sur les publics des médiathèques. La stratégie d'une offre différente, plus ouverte sur le monde contemporain, a effectivement diversifié le public des bibliothèques, même si les usages sont différenciés selon les catégories d'âge, de profession, de niveau d'étude.

    La comparaison avec les petites bibliothèques du Rhône n'en est que plus éclairante : l'offre étant restée très « traditionnelle en terme de choix de documents (beaucoup plus de fiction que de documentaires), de type d'accueil, de qualification professionnelle des gestionnaires de bibliothèque, les publics gardent une configuration ancienne, proportion importante de jeunes lecteurs (< 12 ans) sur prescription, faible représentation des 14-30 ans, forte présence des personnes au-dessus de 55 ans : caractéristiques presqu'inverses de celles d'Arles ou de Chambéry. Évidemment, il aurait fallu une comparaison plus fine entre les populations « à desservir et les usagers réels.

    La dernière étude (Arles) s'attache à un sujet « serpent de mer": pourquoi les usagers ne se réinscrivent-ils pas ? Pourquoi des taux de fidélisation si faibles : 40 % de lecteurs inscrits non réinscrits. F. Meï a tenté de retrouver d'anciens inscrits de la bibliothèque d'Arles, d'identifier leurs attentes déçues, leurs raisons. Quelques réponses éclairantes sur les formalités de réinscription, les horaires d'ouverture, les collections mal adaptées, mais surtout, semble-t-il, les changements de rythmes de vie, de situation familiale... En d'autres termes, les aléas de la vie !

    Autre remarque qui confirme les conclusions d'A.-M. Bertrand dans son dernier ouvrage Bibliothécaires face au public, la perception par les personnels des nouveaux comportements des usagers : à plus de 80 %, les usagers se déclarent capables de se débrouiller seuls, 15 % ont besoin des conseils ou de l'aide des agents de la bibliothèque. Les bibliothécaires semblent le regretter amèrement, comme si cela représentait une régression, ou une négation, de leur utilité professionnelle. La généralisation du libre accès aux collections, la formation des utilisateurs, provoquent des résultats inattendus...

    Cette parution nous permet de mettre en perspective nos propres pratiques, nos propres observations, de tenter d'autres expériences. En cela, il est utile que cette micro-édition existe (notons que le procédé Docutech de Rank Xeros a été utilisé pour cette édition).