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L'identité professionnelle des documentalistes

1996
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    Par Claudine Belayche
    Christine Leteinturier

    L'identité professionnelle des documentalistes

    Le cas des médias

    Paris : ADBS éd., 1996. ISBN 2-901046-91-6. Prix : 300 F.

    Cet ouvrage est issu d'une thèse de doctorat soutenue par l'auteur en sciences de l'information. Il est important d'en lire le sous-titre : le cas des médias, - traduire le cas des entreprises de presse ou d'information. Il présente deux facettes indissociables, qui pourront intéresser différemment.

    Dans une première partie, l'auteur brosse le portrait du fonctionnement d'une rédaction, des relations entre journalistes et rédacteurs, et place de la documentation (pas encore du documentaliste) dans cet enchaînement. C'est la vie d'une rédaction qui nous est montrée là, et c'est bien intéressant.

    L'auteur, en effet, démontre combien le rôle, les missions, les fonctions du documentaliste sont proches, et pourtant différentes, de celles du journaliste. Et combien cette proximité rend le (ou la) documentaliste mal à l'aise, sur son identité professionnelle propre. Nous avons déjà lu une étude sur ce thème, concernant les bibliothécaires, profession en quête d'identité, tiraillés entre l'animation socioculturelle, la conservation, l'informatique, etc.

    Le court chapitre sur la dénomination de l'ADBS, passant d'association de « documentalistes » à celle de « professionnels de l'information et de la documentation » est tout à fait éclairant. Il est clair que l'affirmation d'une compétence professionnelle d'abord en différence, presqu'en réaction, - n'être ni des bibliothécaires, ni des archivistes - avant de l'être en positif, est difficile à vivre, en particulier dans le milieu étudié, celui des médias. En effet, que sont les journalistes ? des chercheurs d'information, des « professionnels de l'information » ?quelle différence donc avec le documentaliste ? On le voit, le malaise est grand, et cette fusion dans l'affirmation de fonctions - l'information, « la doc » - ne permet pas au documentaliste de se faire une place identifiée.

    Ces documentalistes ont rarement choisi ce métier ; peu de prédisposition familiale, plutôt une conjonction de hasards - le plus souvent heureux, aucune ne regrette absolument son choix - et d'aboutissement de choix par défaut. Néanmoins nul n'imagine de quitter cette voie, tout au plus d'y évoluer, encore que faire une arrière dans la documentation de presse semble bien difficile dans la conjoncture actuelle !

    Le dernier chapitre intéresse la vie associative. Quelle participation à des activités associatives ? ou de formation ? un peu faible : l'auteur y perçoit une marque d'individualisme, le fait également que le documentaliste se voit d'abord et avant tout dans son entreprise, et non comme membre d'un corps, d'un ensemble transversal. C'est dans sa collectivité employeuse qu'il se situe, presqu'exclusivement par rapport à ses relations de travail, bien qu'il déclare que tisser un réseau est fondamental dans ce métier. Ces contradictions nous rappellent quelque chose !

    L'auteur laisse percer une marque de pessimisme : comment dans ces conditions sortir de ce malaise d'identité ? Le documentaliste préfère-t-il privilégier ses relations interpersonnelles au sein du groupe où il travaille. Mettant en avant régulièrement la qualité nécessaire des relations avec ses usagers, cela devient le seul objectif, l'identité collective de la profession ; tout logiquement passe au second plan. L'ADBS est peu valorisée, les documentalistes peu engagés...

    Peut-être tout ceci n'est-il que la marque d'une société en pleine mutation, où chacun, chacune, cherche des marques personnelles et sociales. Cette société de l'information est-elle la moins à même de faciliter une claire identification des fonctions et de leurs opérateurs ? Cet ouvrage ne nous y aidera pas, mais démontre que le passage du document à l'information n'est certainement pas un facteur de simplification des rôles et profils. Il y a pour nous tous à méditer.