Index des revues

 
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    Par Michèle Behr
    frère Michel Albaric
    Jacques Mignon, collaboration

    L'édition religieuse en France

    Mal connu du grand public, le secteur religieux de l'édition est complexe et riche d'un long passé. Il est animé d'une volonté militante de diffusion des idéaux apostoliques des Églises auxquelles appartiennent ou se rattachent les éditeurs.

    Les auteurs étudient essentiellement les éditions d'obédience catholique car ce sont les plus nombreuses et les mieux implantées. Cette approche permet d'étudier le secteur sur une longue période et ce n'est pas le moins intéressant.

    Les chiffres qui accompagnent l'étude situent le secteur dans le monde éditorial français par des rapports étonnants et éclairent les informations historiques et culturelles de ce chapitre. La faiblesse relative du secteur et son dynamisme intellectuel et militant, s'ils semblent contradictoires, sont la spécificité de toute la pensée religieuse en France.

    Quelques idées fortes transparaissent tout au long du texte. La nécessaire relation avec l'appareil ecclésial a mis en péril certaines maisons d'édition et sont parfois dommageables à la politique éditoriale ; cependant l'appartenance d'éditeurs à des institutions religieuses (Assomptionnistes, Dominicains...) leur a permis de survivre à des périodes de crise au cours desquelles d'autres ont disparu. L'histoire des grandes maisons d'édition religieuse met aussi en relief la longue durée de leur existence (tableau page 288s).

    D'autres éléments sont en filigrane dans ce chapitre : le premier est la difficulté de différencier les tendances de ce que l'on appelle « littérature religieuse ». Le danger que comporte le rôle du magistère catholique dans la vie de ces maisons d'édition est évoqué à plusieurs reprises. Comme les limites de l'ouverture intellectuelle des éditeurs religieux qui pratiquent largement l'oecuménisme mais qui excluent de cette ouverture tous les nouveaux mouvements religieux et le rôle prescripteur de toute une presse religieuse pour un public qui compte «au nombre des meilleurs lecteurs français» (p. 282), tout en disposant de relativement peu de moyens, est mis en relief de manière intéressante.

    L'analyse des niveaux éditoriaux souligne la diversité du secteur religieux, aussi varié que la demande du public qui recherche autant une information théologique qu'un soutien pour sa foi. Les ouvrages de référence, nombreux dans ce domaine, ont permis le maintien d'éditeurs dont le catalogue est très réduit mais qui sont d'une grande importance pour les chercheurs en sciences humaines.

    La dernière partie de l'article évoque, avec une inquiétude de professionnel, les relations houleuses entre la hiérarchie et les éditeurs qui, comme libraires et bibliothécaires, ont parfois l'impression que le livre n'intéresse que peu cette hiérarchie. L'évolution de la société fait naître une demande culturelle par rapport à la religion qui n'est pas toujours satisfaite par les éditeurs ; elle rend aussi inévitable un rapprochement oecuménique pour revitaliser l'édition religieuse, outil de propagation de la foi et outil de réflexion sur celle-ci.

    L'article de Michel Albaric, fouillé et précis, est une mine de renseignements pour les lecteurs. On peut cependant regretter qu'un ouvrage de cette valeur laisse passer des coquilles : comme page 297 la « traduction de Segond » qui devient la « traduction de Second » , et le nom de « Danièle Hervieu-Léger estropié en « Hervie-Léger (p. 306), broutilles certes, mais regrettables.