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Vers une bibliothèque publique et universitaire : l'exemple de Valence

1995
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    Par Claudine Belayche
    Esther Cattant

    Vers une bibliothèque publique et universitaire : l'exemple de Valence

    Villeur-banne : ENSSIB, 1995. - 87 p. ISBN 2-910227-05-7.

    Intéressante initiative que cette publication par l'ENSSIB d'un mémoire réalisé en 1993 lors d'un stage d'été à la médiathèque publique et universitaire de Valence (MPUV). Il faut le prendre comme tel, et non comme l'étude lourde ou la monographie complète qui resterait à faire sur la genèse et le fonctionnement de cette expérience, devenue réalité, d'intégration d'une bibliothèque universitaire dans une bibliothèque municipale existante.

    Les participants de l'un des préséminaires du congrès ABF de Dunkerque, en 1990, avaient entendu l'exposé de Martine Blanc-Montmayeur sur la mise en place du projet. Cette genèse est rappelée en détail, les volontés politiques et les engagements financiers des différentes collectivités territoriales chiffrées, et c'est un intérêt majeur de ce document : le chapitre premier, Université - réseau documentaire : genèse et structuration », pourrait aussi s'intituler des volontés politiques pour aboutir » : elles sont nombreuses, convergentes, déterminées à lever tous les obstacles et à se donner les moyens financiers (très importants, vu le nombre d'étudiants concernés).

    L'auteur montre clairement, par un suivi détaillé, comment la ville de Valence, à partir de la création d'une fonction BU » à la médiathèque publique, la fait évoluer vers une BU dans la BM ; cette intégration, résultat d'un partenariat avec les conseils généraux de Drôme et d'Ardèche montre en creux - on y reviendra - le peu d'implication du SICD de l'université de Grenoble.

    Ainsi ces volontés politiques territoriales s'appliquent-elles à doter la médiathèque municipale de moyens supplémentaires - en postes budgétaires, en locaux adaptés et agrandis - tels que l'étudiant de Valence est de ceux qui, en France, bénéficient des meilleurs ratios (encadrement bibliothécaire / étudiant, en mètres carrés / étudiant).

    Le chapitre II examine, avec un recul de deux années (19921993), le fonctionnement à cette date. L'exposé est touffu, le plan n'est peut-être pas assez maîtrisé, la présentation aurait été plus lisible en présentant des tableaux chiffrés (pp. 36 à 49) qui auraient facilité les comparaisons à des ratios nationaux. Mais il s'agit bien d'un mémoire, et c'en sont les limites. Les informations qui y figurent restent passionnantes, par ce qui est dit, et ce qui ne l'est pas. J'en distinguerai quelques points : implication des enseignants dans cette nouvelle médiathèque publique universitaire : faible, difficile... - travail en réseau avec les autres bibliothèques du réseau », installées dans l'IUT, les instituts spécialisés... il y a une réelle difficulté d'intégration - formation du personnel, jamais suffisante - ouverture au public : trop faible encore...

    J'aurais évidemment attendu des réponses à deux questions cruciales : quelle évolution globale des publics de la MPUV, en termes de fréquentation, d'utilisation des services, et en relation avec l'effet de brassage des publics affiché comme l'un des objectifs du projet ? Quelle perception de l'intégration par les personnels de la médiathèque, et des autres bibliothèques associées ?

    Les réponses données sont partielles, mais permettent quelques remarques, grâce aux tableaux figurant en annexe :

    a Il n'y a pas eu (elle était en projet en 1993) d'étude systématique sur la mutation des publics entre 1991 et 1993 ; on dispose des chiffres d'une enquête par sondage effectuée par le cabinet TEN-ERA sur les habitants de Valence et leurs bibliothèques. Déjà, et ce n'est pas une surprise, collégiens, lycéens, étudiants fréquentaient la MPV très majoritairement (70 %) et en étaient les plus satisfaits (satisfaits et très satisfaits : 95 %), les 35-59 ans l'étant le moins ( !...).

    Cette expérience ne va-t-elle pas accroître le fossé étudiants très satisfaits / actifs peu satisfaits ? Cette question formulée dans le chapitre III, « Essais de prospective ,, se pose à toutes les BM aujourd'hui (cf. l'intervention de Jean-Claude Le Dro à la journée ABF du 6 février 1995 sur les médiathèques).

    a Enquête auprès du personnel, faite par l'auteur, avec l'aval du directeur de la MPUV : 26 % de réponses, soit sur un effectif de 51 agents, 13 réponses ( ?). Ce taux m'a semblé inquiétant, sous réserve d'inventaire. La non-réponse des « secteurs non impliqués directement semblerait vouloir dire que, si greffe il y avait, elle n'aurait pas pris : les étudiants n'empruntent-ils pas de disques ou de vidéo ? Cette intégration ne change-t-elle donc rien à leurs pratiques culturelles ? Étonnement à lire que la moyenne d'emprunt d'un étudiant se situe en dessous de 15 livres par an (pour les étudiants inscrits à la MPUV) : la mission lecture étudiante a encore du travail...

    Esther Cattant ne cèle, en conclusion, aucune des questions fondamentales liées à cette création : relations futures avec les SICD de l'université de Grenoble (hiérarchiques pour le personnel affecté à Valence, fonctionnelles s'il s'agit d'une véritable délocalisation, et autres), place relative faite aux différents publics de la MPUV (les étudiants « chassent-ils les autres publics ? Les personnels peuvent-ils autant s'impliquer dans la lecture publique stricto sensu ? Quelle évolution sera possible quand s'installeront à Valence des enseignants de deuxième et troisième cycles universitaires : la médiathèque pourra-t-elle, devra-t-elle suivre ?

    Toutes questions que se posent nombre de collègues confrontés, ou participant directement, à des créations d'antennes délocalisées dans leur ville ou leur département, ou même en forte association avec leurs bibliothèques. Ce texte ouvre des pistes de réflexion nombreuses, et provoquera toutes sortes de conclusions.

    NB : une petite inexactitude statutaire à corriger. Il ne peut être question, comme il est dit par deux fois, de transformer un poste de conservateur territorial en poste de conservateur d'État. Il s'agit, plus rigoureusement, de la création d'un poste du corps d'Etat par le ministère et de son affectation à la médiathèque universitaire de Valence, sous l'autorité du directeur du SICD de Grenoble-II.